SOUDAN : Les responsables des homicides à Port-Soudan doivent être traduits en justice

Index AI : AFR 54/014/2005

ÉFAI

Lundi 31 janvier 2005

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a condamné ce lundi 31 janvier 2005 la force excessive
à laquelle les forces de sécurité ont eu recours, provoquant la mort de 20
personnes et en blessant de très nombreuses autres, après que des
manifestations eurent dégénéré ce week-end à Port-Soudan.

L’organisation a appelé le gouvernement soudanais à nommer immédiatement une
commission indépendante et impartiale pour enquêter sur les homicides de
Port-Soudan. Les personnes ayant eu recours ou ayant donné l’ordre d’avoir
recours à cette force meurtrière excessive devraient être déférées à la
justice.

« De nombreuses personnes tuées ou blessées, parmi lesquelles des enfants,
ne participaient à aucune manifestation et semblent avoir été attaquées
délibérément à leur domicile, a déclaré Kolawole Olaniyan, directeur du
programme Afrique d’Amnesty International. Le fait que des manifestants se
rendent coupables de vandalisme ne saurait en aucun cas justifier le recours
à la force meurtrière. »

Les forces de sécurité auraient utilisé des balles réelles lorsque la
manifestation aurait dégénéré en émeute samedi 29 janvier. Elles auraient
ensuite attaqué des maisons situées en dehors du parcours de la
manifestation en jetant, semble-t-il, des grenades à l’intérieur, blessant
leurs occupants, parmi lesquels se trouvaient des enfants.

Selon les principes adoptés par la communauté internationale, les organes
responsables de l’application des lois doivent mettre en place un éventail
de moyens aussi large que possible et avoir recours à des moyens non
violents avant de faire usage de la force ou d’armes à feu. Les agents ne
doivent avoir recours aux armes à feu que si les autres moyens restent sans
effet ou ne permettent pas d’escompter le résultat désiré. Les armes à feu
ne doivent être utilisées contre des personnes, après avoir donné un
avertissement clair, que si cela est absolument inévitable pour protéger des
vies humaines et lorsque des mesures moins extrêmes sont insuffisantes pour
atteindre ces objectifs. Lorsqu’ils ont recours à des armes à feu, les
responsables de l’application des lois doivent respecter et préserver la vie
humaine et s’efforcer de ne causer que le minimum de dommages et d’atteintes
à l’intégrité physique.

« Le recours excessif et sans discrimination à la force à Port-Soudan
contrevient aux normes internationales relatives au respect des droits
humains, qui disposent que les forces de sécurité ne peuvent recourir
intentionnellement à l’usage meurtrier d’armes à feu que si cela est
absolument inévitable pour protéger des vies humaines, a ajouté Kolawole
Olaniyan. Rien ne suggère que la vie des policiers ait été mise en danger
par des manifestants qui n’étaient armés que de bâtons et de pierres. »

L’organisation a exprimé son inquiétude quant aux informations selon
lesquelles des manifestations et des arrestations massives auraient eu lieu
à Kassala, également dans l’est du pays.

Complément d’information

Avant les violences de samedi, une manifestation pacifique avait eu lieu le
26 janvier à Port-Soudan, au cours de laquelle une série de revendications,
concernant notamment un partage équitable du pouvoir et l’égalité des
chances pour la population de la région, avaient été soumises au gouverneur
de l’État de la Mer rouge. Il semble qu’un grand nombre des manifestants
étaient des Beja de l’est du Soudan. Ils ont donné au gouverneur
soixante-douze heures pour répondre à leurs revendications. Les
manifestations qui ont eu lieu à Port-Soudan pour protester contre ce que la
population de l’est du pays perçoit comme une marginalisation font suite à
la crise au Darfour où plus 1,65 million de personnes ont été déplacées de
force et 50 000 autres tuées après que des groupes armés eurent protesté
contre la marginalisation des populations sédentaires dans l’ouest du pays.
À Port-Soudan, le mouvement de protestation semble avoir été déclenché par
les Beja, qui vivent dans les collines arides dans l’ouest de l’État de la
Mer rouge.

Un accord de paix global a été signé le 9 janvier 2005 pour mettre fin à
vingt et un ans de conflit dans le sud du Soudan entre l’Armée populaire de
libération du Soudan (APLS) et le gouvernement de Khartoum. Des groupes
marginalisés de l’ouest, du nord et de l’est du Soudan se sont senti exclus
de cet accord de paix.

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