Soudan/Tchad. Une action internationale est requise pour protéger les civils contre les attaques transfrontalières

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

AFR 54/028/2006 (Public)

Alors que les chefs d’État de l’Union africaine sont réunis à Banjul (Gambie) et que le Conseil de sécurité des Nations unies envisage le déploiement d’une force de maintien de la paix au Darfour, Amnesty International a appelé aujourd’hui la communauté internationale à lancer une action urgente destinée à protéger les populations civiles de l’est du Tchad contre les attaques transfrontalières menées depuis le Soudan.

« L’Union africaine et les Nations unies ont ici une occasion unique d’apporter une réponse coordonnée et efficace à la crise des droits humains qui sévit depuis si longtemps au Darfour. Cette crise s’étend désormais au Tchad et pourrait déstabiliser l’ensemble de la région. », a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International.

« Le gouvernement tchadien doit remplir son devoir de protection vis-à-vis de la population civile, et solliciter l’assistance d’une force internationale si nécessaire. »

Amnesty International a émis cet appel parallèlement au lancement d’un reportage vidéo révélant les destructions et les meurtres commis le long de la frontière du Tchad avec le Soudan, et d’un rapport analysant différentes atteintes aux droits humains dans la région. Ce rapport souligne également que les autorités tchadiennes et soudanaises n’assument pas leurs responsabilités face à la crise.

« De fait, le gouvernement tchadien a renoncé à son devoir de protection envers les personnes vivant près de la frontière avec le Soudan. Il a abandonné ces populations aux attaques des Janjawids et à l’exploitation des groupes armés soudanais opérant dans l’est du Tchad. »

« Le gouvernement soudanais laisse les milices janjawids attaquer les civils tchadiens, de l’autre côté de la frontière, en toute impunité. Les milices tuent, pillent et dépeuplent les terres situées le long de cette frontière. »

« Les Janjawids ciblent des populations pratiquement sans défense, et les gouvernements du Soudan ou du Tchad ne s’interposent pas. La communauté internationale doit agir immédiatement et efficacement, avant que la situation ne se dégrade davantage. »

« Le sommet de l’Union africaine, qui se tient cette semaine, doit envoyer un signal clair au Soudan : ce pays ne continuera pas à bloquer le déploiement d’une opération de maintien de la paix des Nations unies sans en subir les conséquences. L’Union africaine doit élaborer un programme d’action clair visant à faire pression sur le gouvernement soudanais. Un tel programme pourrait prévoir des sanctions, et également suspendre la décision autorisant le Soudan à présider l’Union africaine en 2007. »

Le Conseil de sécurité étudiera cette semaine les conclusions d’une mission d’évaluation des Nations unies concernant une opération de maintien de la paix au Darfour.

« La crise qui se développe au Tchad indique que le temps presse. Les membres du Conseil doivent afficher une plus grande fermeté envers le gouvernement soudanais, afin que celui-ci accepte l’intervention d’une mission de maintien de la paix au Darfour. Le mandat de cette mission comprendra la protection des populations et la capacité d’empêcher les incursions transfrontalières. »

« La tragédie qui frappe l’est du Tchad est une conséquence directe du conflit du Darfour. De ce fait, la communauté internationale se doit d’apporter une réponse à la crise humanitaire et à la crise des droits humains affectant les deux côtés de la frontière. »

« Le Conseil de sécurité ne doit pas seulement se montrer déterminé à pallier l’absence de protection des populations dans l’est du Tchad. Il doit s’y employer sans délai et ne pas attendre une réaction du gouvernement soudanais concernant le Darfour. Les civils vivant dans l’est du Tchad ont désespérément besoin de protection. Ils ne doivent pas être assujettis au rythme des négociations avec Khartoum.

« Si le vide politique et l’absence de protection persistent dans l’est du Tchad, une dégradation générale de la situation est à craindre », a ajouté Irene Khan.

Depuis septembre 2005, les attaques menées par les Janjawids dans cette partie du Tchad ont provoqué le déplacement de 50 000 à 75 000 personnes, qui se sont réfugiées à l’intérieur des terres. Environ 15 000 d’entre elles, sans autre voie pour fuir, se sont retrouvées au Darfour. N’ayant que peu ou pas d’accès à l’aide humanitaire, et recherchant désespérément une protection, les personnes déplacées peuvent alors être enrôlées par les groupes armés du Darfour basés dans l’est du Tchad.

Le rapport indique également qu’une coordination semble s’amorcer entre les Janjawids et les groupes armés tchadiens opérant au Darfour. Tandis que ces derniers lancent des attaques contre l’armée tchadienne d’un côté de la frontière, les Janjawids s’en prennent aux populations civiles de l’autre côté. Ils ciblent spécifiquement les tribus qui ne se sont pas alliées aux rebelles tchadiens.

Les attaques des Janjawids ont délibérément cherché à diviser les populations. Elles ont été dirigées contre les groupes les plus importants et les plus riches. Dans le même temps, des tribus de moindre importance ont fait alliance avec ces milices. En juin 2006, des chefs locaux de l’est du Tchad ont déclaré aux chercheurs d’Amnesty International qu’ils tentaient désespérément d’acquérir des armes pour se défendre contre les attaques. S’ils en obtiennent, les violences risquent de s’aggraver avec l’intensification des affrontements intercommunautaires.

Amnesty International a émis un certain nombre de recommandations, parmi lesquelles :

 le gouvernement tchadien doit protéger les populations civiles des zones affectées et solliciter au besoin l’assistance d’une force internationale afin de renforcer la sécurité dans les endroits où les réfugiés, les personnes déplacées et d’autres civils risquent de subir des attaques ;
 les Nations unies et l’Union africaine doivent exercer des pressions sur le gouvernement soudanais, afin que ce dernier accepte le déploiement d’une opération de maintien de la paix, et prenne des mesures pour empêcher les attaques transfrontalières des Janjawids ;
 les Nations unies doivent déployer une opération de maintien de la paix au Darfour. Cette mission doit être dotée d’un mandat lui permettant de protéger efficacement les populations. Par ailleurs, les Nations unies doivent étudier les moyens permettant d’assurer la sécurité des civils du côté tchadien de la frontière, en collaboration avec les autorités tchadiennes ;
 la communauté internationale doit fournir le soutien politique, financier et logistique nécessaire à la mission de l’Union africaine au Darfour, afin de renforcer sa capacité de protection des civils ;
 les Nations unies doivent mettre en place une commission d’enquête sur les attaques menées contre les civils dans l’est du Tchad, et en rendre publiques les conclusions et les recommandations ;
 les gouvernements du Soudan et du Tchad doivent coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale, afin que les responsables des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis au Darfour et au Tchad soient traduits en justice, et que les victimes obtiennent réparation.

« Ce qui se passe au Tchad rappelle les premiers temps du conflit du Darfour. Nous constatons des atteintes aux droits humains identiques, commises par les mêmes auteurs », a déclaré Irene Khan.

« Les graines des violences du Darfour ont été semées dans l’est du Tchad. Faute d’action urgente et cohérente aux deux côtés de la frontière, la communauté internationale s’expose à une sanglante récolte. »

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