SOUDAN - Un défenseur des droits humains arrêté à la veille de la remise de son prix international

Index AI : AFR 54/046/2005

Amnesty International appelle à la remise en liberté immédiate et sans condition de Mudawi Ibrahim Adam, arrêté hier à Khartoum à la veille de son départ pour l’Irlande où il devait recevoir un prix décerné par Front Line, la Fondation internationale pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, une organisation basée à Dublin.

Le prix doit être remis par Mary McAleese, présidente de l’Irlande, le 13 mai. Mudawi Ibrahim avait été choisi par un jury composé de membres des parlements irlandais et européen.

Des membres de la sécurité nationale et des services de renseignements ont arrêté Mudawi Ibrahim, ingénieur, père de quatre enfants et président de l’Organisation pour le développement social du Soudan (SUDO) à Khartoum le 8 mai. Deux autres membres de SUDO, Yasir Salim et son chauffeur, Abdallah Taha ont été arrêtés en même temps que lui. Tous trois sont détenus au secret sans avoir été inculpés ; ils se trouveraient dans le centre de la sécurité nationale situé au nord de Khartoum.

« Le gouvernement soudanais poursuit sa politique de harcèlement des défenseurs des droits humains et critiques du régime », a déclaré Kolawole Olaniyan, directeur du programme Afrique d’Amnesty International, qui a qualifié l’arrestation de Mudawi Ibrahim d’ « inacceptable ».

« Au moment où la Commission de révision de la Constitution nationale débat de la nouvelle constitution du Soudan, qui prévoit d’inclure une déclaration des droits et libertés, le gouvernement du Soudan pratique des arrestations arbitraires et détient sans procès des défenseurs des droits humains et autres critiques pacifiques de la politique du gouvernement, a déclaré Kolawole Olaniyan. Les services de sécurité soudanais considèrent à l’évidence que les droits humains sont affaire de rhétorique et non de pratique. »

Mudawi Ibrahim avait déjà été emprisonné pendant sept mois en 2004 après s’être rendu dans le Darfour. Il avait été de nouveau interpellé à Kordofan le 24 janvier de cette année et placé en détention à l’isolement, sans être inculpé et sans pouvoir consulter d’avocat ni prendre contact avec sa famille ou voir un médecin. Le 19 février, il avait entamé une grève de la faim, réclamant d’être inculpé ou remis en liberté ; on l’avait alors inculpé pour tentative de suicide, au titre de l’article 133 du Code pénal et hospitalisé. Le 3 mars, il était remis en liberté sous caution.

L’Organisation pour le développement social du Soudan s’est impliquée en faveur de discussions et d’une réconciliation entre les groupes parties au conflit au Soudan ; une réunion de réconciliation entre des groupes ethniques impliqués dans le conflit entre le Nord et le Sud du pays aurait été annulée après l’arrestation de Mudawi Ibrahim.

« Nous sommes évidemment très inquiets pour Mudawi Ibrahim, a déclaré Kolawole Olaniyan, mais il y a actuellement de très nombreux autres prisonniers d’opinion et détenus politiques, parmi lesquels beaucoup ont aussi été placés au secret sans avoir été jamais inculpés ni jugés. Plusieurs ont subi des actes de torture ou d’autres mauvais traitements depuis leur arrestation. Parmi eux se trouvent des personnes du Darfour, où les atteintes massives aux droits humains se poursuivent, des membres du Congrès beja de l’est du Soudan et des partisans de partis d’opposition politique comme le Congrès populaire. »

Parmi les personnes détenues se trouvent :

 Babiker Mohammed Abdallah Alim, avocat du Darfour, détenu depuis maintenant seize mois sans avoir été jugé ; il aurait subi des actes de torture. Après plus d’une année passée en détention, il n’a eu droit qu’à une visite - de son épouse.

 Mudather Suleiman Osman Bahr al-Din, dix-sept ans, étudiant de Zalingei, dans le Darfour, arrêté le 2 octobre 2004, apparemment parce qu’il aurait été fiché comme partisan de l’Armée de libération du Soudan. Il est détenu depuis dans la prison de Zalingei sans avoir été inculpé.

 Abdel Ghaffar Musa Farraj, étudiant, vingt-deux ans, détenu depuis février 2005 ; il aurait été enchaîné et frappé par des agents des services de renseignements pendant seize jours. Il a ensuite été transféré à Nyala et inculpé de crimes contre l’État.

 Abdel Rahim al-Buríay, membre du Congrès beja, employé au ministère de la Planification à Port Soudan, qui n’a pas reçu de visite de sa famille depuis le 1er février 2005, date à laquelle il a été placé en détention sans avoir été inculpé ; deux jours auparavant, les forces de sécurité avaient tiré à balles réelles, atteignant plus de vingt manifestants à Port Soudan, à l’est du pays.

Complément d’information

Un accord de paix global a été signé entre le gouvernement soudanais et le Mouvement Populaire de Libération du Soudan (MPLS) le 9 janvier 2005. L’application de l’accord de paix s’est fait lentement et la Commission nationale de révision de la Constitution n’a commencé que récemment à débattre d’un projet de constitution. Dans le Darfour, 1,86 million de personnes déplacées et 200 000 personnes réfugiées au Tchad se trouvent face à la perspective d’une nouvelle année à passer dans des camps, leur sécurité ne pouvant toujours pas être assurée dans les zones rurales. Amnesty International a appelé au renfort de la mission de cessez-le-feu de l’Union africaine afin de mieux protéger les civils.

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