SOUDAN : Viol systématique des femmes et des jeunes filles

Index AI : AFR 54/038/2004
ÉFAI

Jeudi 15 avril 2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

« Dans notre culture, c’est une honte ; les femmes cachent cela au fond de
leur cœur pour que les hommes ne l’apprennent pas », une femme interviewée
par Amnesty International.

D’inquiétantes informations parviennent depuis plusieurs mois de la région
du Darfour, dans l’ouest du Soudan ; elles font état du viol systématique de
centaines de femmes par les milices armées des Janjawid, soutenues par le
gouvernement ; ces informations illustrent la nécessité pour la communauté
internationale d’accentuer sa pression sur le gouvernement. Le gouvernement
soudanais doit prendre des mesures urgentes pour remédier à la crise
humanitaire et relative aux droits humains dans le Darfour, a déclaré
Amnesty International ce jeudi 15 avril 2004.

« L’accord de cessez-le-feu du 8 avril est une mesure importante mais qui
reste largement insuffisante, si le gouvernement n’accorde pas un accès
immédiat aux agences humanitaires et aux observateurs internationaux
chargés de veiller au respect des droits humains. Ceux-ci doivent comprendre
dans leurs rangs des observateurs formés pour traiter des problèmes relatifs
à la violence sexuelle.

« Nous avons reçu d’innombrables témoignages concernant des femmes violées
par les milices Janjawid. Les effets à long terme de ces crimes sont
visibles dans des pays comme le Rwanda, où beaucoup de femmes et d’enfants
ont été traumatisés et sont aujourd’hui porteurs de maladies sexuellement
transmissibles, notamment du virus du sida, après les viols systématiques
qui se sont produits pendant le génocide il y a dix ans. Nous avons
également reçu des informations non confirmées concernant l’enlèvement de
nombreuses femmes et jeunes filles qui seraient utilisées comme esclaves
sexuelles ou aides domestiques », a déclaré Amnesty International.

Des villages ont été attaqués dans la région de Tawila, entre le 27 et le 29
février 2004. Des résidents ainsi que des travailleurs humanitaires
extérieurs au village, notamment des personnels des Nations unies, ont fait
état du viol systématique des femmes et des enfants des écoles. Mukesh
Kapila, ancien coordonnateur humanitaire pour le Soudan, a déclaré : « 
Toutes les maisons, ainsi qu’un marché et un centre de santé ont été
totalement pillés ; le marché a été incendié. Plus d’une centaine de femmes
ont été violées, six sous les yeux de leurs pères qui ont ensuite été tués.
 »

En mars, un cheikh a déclaré aux Nations unies qu’à Mornei, dans le Darfour
occidental, jusqu’à seize femmes étaient violées chaque jour en allant
chercher de l’eau à la rivière. Les femmes n’avaient d’autre choix que de
continuer à se rendre à la rivière pour chercher de l’eau parce qu’elles
avaient peur que leurs maris ne soient tués s’ils y allaient à leur place.

L’étendue du problème n’a pas encore été pleinement établie ; ainsi que l’a
déclaré une femme, réfugiée au Tchad, à l’un des chercheurs d’Amnesty
International en janvier : « Dans notre culture, c’est une honte ; les
femmes cachent cela au fond de leur cœur pour que les hommes ne l’apprennent
pas ».

Les femmes sont en nombre disproportionné parmi les personnes déplacées
ayant cherché refuge dans les centres urbains de la région. Elles s’y
trouvent sous le contrôle des Janjawid et des forces gouvernementales et
risquent sans cesse de subir de nouvelles agressions sexuelles. Elles
souffrent également d’un manque chronique de nourriture, du fait des délais
imposés par le gouvernement soudanais pour accorder l’accès de la région aux
humanitaires. Actuellement on estime que cinquante pour cent seulement des
personnes déplacées bénéficient d’une assistance humanitaire.

« L’accès humanitaire et la protection des civils ne doivent pas dépendre de
l’évolution des pourparlers de paix de N’Djamena. La communauté
internationale doit accentuer sa pression sur le gouvernement soudanais pour
qu’il accorde libre accès aux humanitaires dans toute la région du Darfour
et qu’il autorise le déploiement d’observateurs internationaux chargés de
veiller au respect des droits humains dans la région », a déclaré Amnesty
International.

L’organisation est également préoccupée par le fait que la mission d’enquête
des Nations unies dirigée par Bacre Waly Ndiaye, responsable du Bureau du
haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies à New York, n’a pas
été autorisée à se rendre dans le Darfour, ce qui semble suggérer que le
gouvernement n’entend pas sérieusement se préoccuper de la crise des droits
humains dans la région.

Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale considère le viol comme
un crime de guerre et un crime contre l’humanité. Le Soudan est signataire
de ce Statut, la communauté internationale doit donc s’assurer que le Soudan
respecte ses obligations légales internationales.

Enfin, il est temps que tous les accords de cessez-le-feu et tous les
accords politiques engagent les signataires à respecter pleinement les
droits humains des femmes.

Amnesty International a lancé une campagne mondiale visant à mettre un terme
à la violence contre les femmes. Pour plus d’informations sur la campagne
Halte à la violence contre les femmes, veuillez consulter le site :
http://web.amnesty.org/actforwomen/index-fra

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