Swaziland. Les forces de sécurité portent atteinte aux droits fondamentaux de défenseurs des droits humains et de manifestants

DÉCLARATION PUBLIQUE

Index AI : AFR 55/004/2010

10 septembre 2010

Amnesty International condamne le recours illégal des forces de sécurité aux arrestations, à la détention et à la violence pour intimider les manifestants et perturber les rassemblements pacifiques qui ont eu lieu au Swaziland pendant la semaine du 6 septembre.

Pour tenter de réprimer les défilés de protestation organisés, les forces de sécurité ont procédé à des arrestations massives sans aucun fondement juridique. Elles ont détenu illégalement des défenseurs des droits humains, des dirigeants de l’opposition et des représentants de syndicats étrangers dans des postes et des véhicules de police. Elles ont saisi du matériel photographique, menacé et arrêté un journaliste tandis qu’un autre a été agressé. Elles ont également agressé des militants de la société civile swazis et étrangers, et menacé de leur faire subir d’autres violences.

D’après les témoignages reçus par Amnesty International, les policiers qui détenaient un syndicaliste étranger lui ont dit, au moment de son expulsion du Swaziland, qu’ils s’étaient « occupés de son ami Sipho Jele » et ont menacé de lui « faire la même chose » s’il leur causait des difficultés. Sipho Jele est mort dans des circonstances suspectes en mai 2010, alors qu’il était détenu par la police depuis quatre jours.

Les défilés organisés par la Fédération des syndicats du Swaziland (SFTU) et la Campagne pour la démocratie au Swaziland ont malgré tout eu lieu les 7 et 8 septembre, mais en présence de nombreux policiers et militaires. Le deuxième jour, les manifestants n’ont pas pu remettre à des représentants du gouvernement une pétition demandant des réformes politiques et économiques ainsi que le respect des droits humains car les policiers ont érigé des barrages et se sont montrés violents à l’égard de certains participants.

Deux syndicalistes et un dirigeant de l’opposition ont été agressés et détenus brièvement par la police. L’un des syndicalistes a reçu des coups portés avec le poing ou la paume de la main sur le visage et le corps, ainsi que des coups de botte. Des policiers lui ont tordu fortement les bras et les jambes en le traînant et en le poussant à l’intérieur d’un véhicule blindé. La veste du militant politique a été mise en pièces lorsque 30 policiers l’ont tiré pour tenter de l’extraire de la foule qui le protégeait, avant de le contraindre violemment à monter dans le véhicule. Selon les informations reçues par Amnesty International, l’un des policiers – qui l’aurait enlevé et torturé un an auparavant – l’a menacé verbalement.

Par ailleurs, l’organisation est préoccupée par le fait que le gouvernement, plutôt que de tenir les forces de sécurité pour responsables, semble avoir toléré leurs actes et accordé à la police davantage de latitude en suggérant d’utiliser la torture pour faire taire les voix dissidentes. Sibusiso Dlamini – Premier ministre et ministre de la Police – aurait déclaré le 8 septembre, lors d’une conférence de presse, que le recours aux actes de torture que constituent les coups sur la plante des pieds devait être envisagé pour punir les étrangers indiscrets et les dissidents. Le cabinet du Premier ministre n’a pas désavoué ces propos par la suite.

La Constitution du Swaziland et les traités régionaux et internationaux relatifs aux droits humains interdisent la torture. Il revient principalement au Premier ministre, en tant que chef du gouvernement, de veiller à ce que l’État remplisse son obligation d’empêcher cette pratique en toutes circonstances. Tout propos d’un représentant du gouvernement, en public ou en privé, « suggérant » de recourir à la torture constituerait une violation de la Convention des Nations unies contre la torture, à laquelle le Swaziland est partie, et une infraction au droit international qui s’applique de manière universelle. Les commentaires présumés du Premier ministre sont d’autant plus dommageables que la torture est régulièrement pratiquée depuis des décennies, et ce en toute impunité, par les forces de police du Swaziland.

Amnesty International appelle le gouvernement à déclarer sans équivoque qu’il est opposé en toutes circonstances à la torture et aux autres formes de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, à diligenter une enquête et à traduire en justice les responsables présumés des violations signalées, ainsi qu’à mettre fin au harcèlement et aux manœuvres d’intimidation visant des défenseurs des droits humains et des manifestants pacifiques.

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