SYRIE ET LIBAN : Les autorités doivent de toute urgence enquêter sur les affaires de décès en détention

Index AI : MDE 24/022/2003
ÉFAI

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Des informations font état de la mort récente en détention, dans les locaux
de la police syrienne, de Joseph Huways, ressortissant libanais ; les
autorités syriennes ont, par ailleurs, récemment nié la présence de détenus
politiques libanais en Syrie ; Amnesty International appelle donc les
autorités syriennes, ce jeudi 10 juillet 2003, à ouvrir une enquête sur
cette affaire et à autoriser les prisonniers à consulter un avocat, prendre
contact avec leurs familles et recevoir des soins médicaux.

Dans une déclaration reproduite par les médias le 5 juillet, le ministre de
l’Intérieur syrien a nié la présence de tout prisonnier politique libanais
en Syrie.

« Nous avons les noms d’un certain nombre de détenus politiques libanais
détenus en Syrie depuis des années ; maintenus au secret la plupart du
temps, ils ont été transférés du Liban en Syrie par les forces militaires
syriennes présentes au Liban , a déclaré Amnesty International.

« La mort de Joseph Huways, au cours de la troisième semaine de juin,
s’inscrit dans le cadre d’une politique systématique de mauvais traitements
des Libanais détenus en Syrie ; elle met en lumière l’incapacité chronique
des autorités syriennes à respecter la législation et les normes
internationales en matière de détention et de traitement des détenus
politiques incarcérés », a ajouté l’organisation.

Joseph Huways, quarante-trois ans, épileptique, est au moins le troisième
Libanais à mourir en détention depuis 1996. On lui aurait refusé tout accès
à des soins médicaux.

« Les autorités syriennes doivent ouvrir une enquête indépendante et
impartiale sur la mort de Joseph Huways ainsi que sur toutes les morts en
détention récentes de détenus politiques, conformément aux normes
internationales », a souligné Amnesty International.

Amnesty International a appelé les autorités syriennes à révéler ce qu’il
était advenu des nombreux Libanais « disparus » après leur interpellation au
Liban ou leur transfert en Syrie par des militaires ou les services secrets
syriens.

En dépit d’appels répétés, les autorités syriennes n’ont fourni aucune
explication au cours de toutes ces années sur les nombreuses affaires
concernant des ressortissants libanais détenus ou ayant disparu en Syrie.

« Les autorités syriennes doivent communiquer très rapidement les noms de
tous les Libanais détenus dans des prisons syriennes et les autoriser
immédiatement et sans restriction à prendre contact avec leurs familles et
leurs avocats, a déclaré Amnesty International.

« Il n’existe aucune base légale à l’arrestation et au transfert de
ressortissants libanais vers la Syrie, pays dans lequel ils sont détenus
sans avoir été jugés ou après des procès inéquitables. »

Amnesty International est inquiète pour la sécurité des détenus,
particulièrement au vu des informations récurrentes qui lui parviennent
concernant des actes de torture et des mauvais traitements ainsi que des
conditions de détention inhumaines. Certains détenus particulièrement en
danger ont été signalés, comme Shayk Alam el Din Hassan, soixante-six ans et
Milad Naoum al Khouri, soixante-quatre ans, détenus au secret depuis plus de
quatorze ans. L’organisation s’inquiète aussi de l’incapacité du
gouvernement libanais à aborder avec les autorités syriennes la question des
Libanais détenus ou disparus en Syrie.

« Les autorités libanaises doivent intervenir au sujet de tous les
prisonniers libanais détenus en Syrie, déterminer exactement qui est détenu
et dans quelles conditions, et en informer les familles des détenus, a
déclaré Amnesty International.

« L’incapacité du Liban à empêcher le transfert de personnes arrêtées sur
son territoire, de les protéger de la torture et de s’assurer qu’elles ont
la possibilité de contester la légalité de leur détention peut être décrite
au mieux comme une faute grave et au pire comme une approbation de ces
pratiques. »

Complément d’information

Adel Khalaf Ajjuri, prisonnier politique libanais, est mort dans la prison
de Sednaya en Syrie, le 22 septembre 1999, après neuf années de détention ;
on lui aurait refusé tout accès à des soins médicaux spécialisés. Selon les
autorités syriennes, un arrêt cardiaque serait à l’origine de sa mort mais
aucune autopsie n’a été pratiquée ni par les autorités syriennes ni par les
autorités libanaises. Joseph Zughayb, citoyen libanais, est mort en
détention en Syrie en 1996 dans des circonstances non élucidées. Radwan
Ibrahim est mort en détention au Liban peu après son transfert d’une prison
syrienne en décembre 2000. Il souffrait d’une infection rénale et
d’hypertension et n’aurait reçu aucun traitement.

En 2002, Amnesty International a reçu une lettre des autorités syriennes
confirmant la détention de George Ayub Shalawit et Tony Jirgis Tamer, tous
deux condamnés à quinze ans d’emprisonnement pour « espionnage » au profit
d’Israël. Un troisième détenu, Najib Yusuf Jamani, dont Amnesty
International avait soulevé le cas auprès des autorités syriennes, aurait
été condamné à mort pour les mêmes charges. On ne sait pas si la peine de
mort a été appliquée. On craint qu’il n’ait été victime d’une exécution
extrajudiciaire.

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