Communiqué de presse

Syrie. L’attaque au gaz de chlore ayant tué une famille entière constitue semble-t-il un nouveau crime de guerre

Les témoins d’une attaque présumée au gaz de chlore, qui s’est déroulée lundi 16 mars dans la soirée dans la région d’Idlib (nord de la Syrie), ont décrit à Amnesty International la fin tragique d’une famille entière, qui comptait notamment trois enfants âgés de moins de trois ans.

Des dizaines d’autres civils ont été exposés aux émanations toxiques de ce gaz lors de deux attaques à l’arme chimique semble-t-il lancées par les forces gouvernementales dans la ville de Sermine (province d’Idlib), dans la soirée du 16 mars.

« Ces attaques, qui ont coûté la vie à des civils, notamment à de jeunes enfants, montrent une nouvelle fois que les forces du gouvernement syrien commettent des crimes de guerre en toute impunité. La Cour pénale internationale doit être saisie de la situation en Syrie de toute urgence », a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

En tout, une centaine de personnes ont été exposées à des quantités toxiques de chlore après que des hélicoptères des forces armées syriennes ont largué quatre barils contenant ce gaz lors de deux attaques sur Sermine et près de Qmainass entre 21 h 15 et 23 heures lundi 16 mars, selon des témoins. Figurent parmi les blessés un petit nombre de combattants du groupe armée de l’Armée syrienne libre, mais la grande majorité sont des civils.

Un porte-parole de l’armée syrienne a nié toute responsabilité pour ces attaques.

Un médecin et un acteur de la protection civile ont déclaré à Amnesty International que les personnes touchées par cette attaque ne présentaient pas de blessures associées aux armes explosives, mais des symptômes caractéristiques d’une attaque à l’arme chimique - yeux rougis, souffle court, difficultés respiratoires, vomissements et importante production de salive.

Un acteur de la protection civile ayant répondu à l’appel à l’aide des occupants d’un logement proche du site de l’attaque à Sermine a expliqué à Amnesty International :

« L’odeur était horrible. Nous avons évacué des gens. On nous a dit qu’une famille vivait au sous-sol. Trois d’entre nous ont descendu les escaliers. J’ai pris une inspiration, et après une deuxième bouffée d’air, ma gorge était en feu, mes yeux ont commencé à brûler. Nous n’avions pas de masques. Nous n’avons pas de vêtements spéciaux. Je ne pouvais plus avancer. Je retenais mon souffle, mais ça devenait difficile. J’ai vu une femme sur les escaliers. Elle était bleue et ne respirait plus. Nous l’avons évacuée et une minute plus tard, l’équipe d’après est arrivée et a évacué l’autre famille. Ils portaient des masques, c’est pourquoi ils ont pu aller tout en bas. Ils ont évacué le père, la mère et trois bébés. Ils sont tous morts. »

Ces personnes étaient Warf Mohammad Taleb, sa mère Ayoush Hassan Qaq, son épouse Ala al Jati, et leurs trois enfants : Sara Taleb, Aisha Taleb et Mohamad Taleb.

Un militant local a mis en ligne vidéo filmée dans un hôpital à la suite des attaques. Elle montre un bébé agonisant nu sur une table, et les deux autres enfants Taleb, nus et inertes, amenés puis placés sur le corps de leur mère sur un lit d’hôpital.

En septembre 2013, après que des centaines de personnes sont mortes des suites d’une attaque présumée au gaz sarin à Ghouta, aux abords de Damas, le président syrien Bachar el Assad a adhéré à la Convention sur les armes chimiques et s’est engagé à détruire les stocks syriens d’agents chimiques interdits.

Cependant, un an plus tard, en septembre 2014, une mission d’établissement des faits diligentée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a recueilli des informations convaincantes confirmant qu’un agent chimique toxique avait été utilisé « de manière systématique et répétée » comme une arme dans des villages du nord de la Syrie en début d’année dernière.

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