Territoires palestiniens occupés. Les factions palestiniennes rivales doivent cesser de réprimer leurs opposants

Déclaration publique

Index AI : MDE 21/003/2008 -
ÉFAI

Amnesty International a appelé ce mardi 29 juillet les dirigeants palestiniens rivaux de Cisjordanie et de la bande de Gaza à mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires et à empêcher les actes de torture ou autres mauvais traitements de prisonniers.

L’organisation a lancé cet appel à la suite d’une nouvelle vague d’arrestations qui ont débuté après une série d’attentats à la bombe visant des membres du Hamas dans la bande de Gaza. Cinq membres du Hamas et un enfant de quatre ans ont été tués dans un attentat le 25 juillet. Depuis, les forces de sécurité du Hamas à Gaza ont arrêté plus de 200 partisans du Fatah, le parti dirigé par Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne (AP), tandis que les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie ont arrêté au moins 95 partisans du Hamas, en représailles manifestes aux arrestations des partisans du Fatah à Gaza.

Dans la bande de Gaza, les forces de sécurité du Hamas et les milices armées ont remis en liberté la plupart des personnes qu’elles avaient interpellées au cours de ces derniers jours, mais le nombre de détenus reste important. La plupart de ceux qui ont été arrêtés ont déclaré avoir été frappés et des dizaines de maisons, de bureaux et de structures des partisans du Fatah ont été mis à sac. En Cisjordanie, la plupart des personnes arrêtées sont toujours privées de tout contact avec le monde extérieur et les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ont mené des opérations commando et fermé des bureaux et des structures liés au Hamas.

Dans des lettres adressées au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et au dirigeant du Hamas Ismaïl Haniya, Amnesty International critique l’incapacité continue des deux parties à respecter les garanties légales contenues dans la Loi fondamentale palestinienne et la Loi relative à la procédure pénale, permettant ainsi le développement d’une politique de détentions arbitraires, de torture et mauvais traitements infligés aux détenus, des violations du droit à la liberté d’expression et d’association à la fois en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. L’organisation demande instamment aux deux dirigeants de prendre des mesures concrètes visant à faire cesser ces atteintes aux droits fondamentaux des personnes et à faire respecter par leurs forces les engagements internationaux en matière de droits humains.

Au cours de ces derniers mois, le Hamas a maintenu en détention des partisans du Fatah et autres opposants politiques en violation de la procédure fixée par le droit palestinien, qui prévoit notamment le droit pour tout détenu de voir la légalité de sa détention examinée par un procureur dans les vingt-quatre heures et par un juge au bout de soixante-douze heures. Les personnes arrêtées sont fréquemment soumises à des actes de torture et autres mauvais traitements pendant leur détention illégale et privées de tout contact avec le monde extérieur. Parmi les méthodes de torture, on peut citer les coups, la suspension par les poignets ou les chevilles et le maintien dans des positions douloureuses. Taleb Abou Sitta, un homme de soixante-douze ans, est mort le 27 juin 2008, le lendemain de son arrestation par les forces du Hamas après avoir été sévèrement battu au poste de police de Deir al Balah.

En Cisjordanie, les forces de l’Autorité palestinienne font montre de la même indifférence pour la procédure pénale et les garanties légales. Des personnes détenues par les forces de l’Autorité palestinienne pendant des périodes prolongées en violation du droit palestinien ont été remises en liberté sans avoir été inculpées grâce aux efforts d’avocats défenseurs des droits humains, mais ont été ensuite promptement arrêtées par les forces israéliennes et placées en détention. Les actes de torture et autres mauvais traitements par les forces de l’Autorité palestinienne, notamment les services de sécurité préventive et les renseignements généraux, sont fréquents ; leurs méthodes vont des coups au maintien dans des positions douloureuses en passant par la suspension par les bras ou les chevilles au plafond ou aux murs. Majd al Barghouthi, un imam de quarante-trois ans, est mort dans un centre de détention des renseignements généraux de Ramallah le 22 février 2008, huit jours après son interpellation, après avoir été sévèrement battu, notamment alors qu’il était suspendu par des chaînes à la fenêtre de sa cellule.

Le gouvernement de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et le Hamas qui administre de fait la bande de Gaza continuent de restreindre le droit des Palestiniens à la liberté d’expression et de réunion, notamment en ayant recours à une force injustifiée et parfois meurtrière contre les manifestants. Au cours de ces derniers mois, les services de sécurité du Hamas et les milices armées dans la bande de Gaza ont dispersé par la force plusieurs manifestations et autres rassemblements publics du Fatah, tandis qu’en Cisjordanie, les partisans du Hamas sont, pour beaucoup, passés dans la clandestinité de peur de se faire arrêter par les forces de l’Autorité palestinienne ou les forces israéliennes. Le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie ont tous deux interpellé des journalistes, interdit des journaux et des chaînes de télévision favorables à l’autre partie.

Ceux qui s’opposent au Fatah en Cisjordanie et ceux qui s’opposent au Hamas dans la bande de Gaza vivent à présent dans une atmosphère de peur et beaucoup de ceux qui ont été interpellés et torturés par les forces de sécurité de l’autre partie n’osent pas témoigner de ce qui leur est arrivé ou, s’ils parlent de ce qu ‘ils ont subi, craignent de décliner leur identité.

Cela n’est pas surprenant. À ce jour, ni l’Autorité palestinienne en Cisjordanie ni le Hamas dans la bande de Gaza n’ont fait en sorte que les auteurs présumés d’atteintes aux droits humains n’aient à rendre compte de leurs actes, laissant se développer un climat d’impunité qui ne sert qu’à encourager de nouveaux abus.

La récente vague de violences à Gaza, ainsi que les arrestations systématiques en représailles et autres actions menées par le Hamas et les forces de l’Autorité palestinienne font resurgir le spectre des violences entre factions du Hamas et du Fatah qui avaient coûté la vie à plus de 300 Palestiniens en 2007.

Il est impératif et urgent que les dirigeants des deux parties prennent des mesures concrètes pour permettre aux Palestiniens d’exercer leur droit à la liberté d’expression et de réunion, veiller à ce que nul ne soit arrêté simplement pour avoir soutenu une faction d’opposition, faire en sorte que les forces de sécurité respectent les garanties légales inscrites dans le droit palestinien et protègent les détenus des actes de torture et autres mauvais traitements et s’assurer que les auteurs présumés d’atteintes aux droits humains aient à répondre de leurs actes devant la justice.

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