Communiqué de presse

Togo : Les autorités doivent garantir le droit de manifester avant les élections

Alors que le Togo s’achemine vers des élections présidentielles le 25 avril prochain, les autorités doivent garantir le respect de la liberté de réunion et la liberté d’expression, et ne tolérer sous aucun prétexte l’utilisation excessive de la force comme celle observée le mois dernier, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

Des éléments nouveaux obtenus par Amnesty International révèlent que des gendarmes et des militaires ont tiré à balles réelles sur des manifestants le 25 mars dernier lors d’un rassemblement dans la ville de Gléi, 160 km au nord de la capitale Lomé, faisant au moins 30 blessés, dont une femme et un enfant, et une vingtaine de personnes arrêtées. Plusieurs des manifestants auraient subi des mauvais traitements lors de leur transfert à la prison, un homme sera mort un jour après avoir été libéré.

« Le fait que les services de sécurité aient ouvert le feu à balles réelles et de manière indiscriminée sur des manifestants constitue une utilisation excessive, scandaleuse et inacceptable de la force », a déclaré Francois Patuel, chercheur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest.

« Même si les manifestations n’étaient pas directement liées aux élections, ces violences entachent la période pré-électorale au Togo et démontrent la nécessité de respecter le droit des personnes à se réunir et s’exprimer librement. Les auteurs de ces violations doivent être identifiés et présentés à la justice ».

Le 25 mars, des gendarmes et des militaires ont chargé une foule d’une centaine d’élèves en utilisant des balles réelles, en frappant plusieurs personnes avec des coups de poing, de pied et des matraques au niveau de leurs jambes, de leur tête et de leurs bras. Les élèves se sont rassemblés spontanément afin de protester contre la tenue d’examens malgré la rupture de leur cursus scolaire par les mouvements sociaux dans le pays. Ils ont été rejoints par des étudiants et des enseignants.

L’armée a été appelée en renfort quand un groupe de manifestants a lancé des pierres sur les gendarmes, faisant plusieurs blessés dans les rangs des forces de l’ordre. Les gendarmes et militaires ont poursuivi des personnes fuyant la scène dans des maisons et des commerces, blessant plusieurs de leurs occupants dans les assauts.

« J’étais dans une chambre avec ma sœur quand, vers 13 heures, un soldat a défoncé la porte et nous a frappés. Un soldat me donnait des coups pendant que les autres battaient ma sœur. Ils nous ont par la suite arrêtés », a déclaré une victime à Amnesty International.

Selon les témoignages reçus par Amnesty International, de nombreux éléments indiquent que la gendarmerie et l’armée auraient tiré à balles réelles avec des fusils automatiques et des fusils à pompe sur une foule de plusieurs centaines d’individus, y compris des personnes manifestant pacifiquement et d’autres se trouvant sur les lieux. Amnesty International s’est entretenu avec plusieurs victimes et certains de leurs proches, et a rendu visite à des personnes arrêtées lors de la manifestation, notamment à la prison d’Atakpamé au nord du pays.

Le gouvernement sous-estime le bilan des blessés

Le gouvernement a publié un communiqué officiel faisant état de 23 blessés légers. Or, sur la base des témoignages recueillis par Amnesty International, ainsi que des feuilles de soins et des carnets médicaux de victimes, il apparaît qu’au moins une trentaine de personnes auraient été blessées dont un enfant d’une dizaine d’années atteint par balle à l’épaule gauche et une femme de 71 ans, non-voyante, qui aurait été battue par les forces de sécurité ayant fait irruption à son domicile.

Vingt personnes, dont huit élèves âgés de 16 à 22 ans ont été arrêtées. Elles ont confié à Amnesty International avoir subi des mauvais traitements pendant leur transfert à la prison d’Atakpamé, n’ont pas été informées des faits qui leur étaient reprochés et n’ont pas eu accès à un avocat. Leurs familles n’ont été prévenues de leur détention que plusieurs jours après leur arrestation. Sept personnes ont été libérées le 31 mars et les autres le 15 avril.

Les familles des détenus ont pu les rencontrer à la prison d’Atakpamé et observer leurs blessures, dont des contusions et hématomes sur tous leurs corps. Certains ont fait part à leurs proches de douleurs violentes à la tête et de vomissements. Malgré les demandes des familles aux autorités pénitentiaires, les détenus n’ont pas reçu de traitement médical adéquat.

Mener une enquête approfondie sur les circonstances de la mort d’une personne

Le père d’une famille de cinq enfants arrêté lors de ces manifestations est décédé dans la nuit du 16 au 17 avril dernier, au lendemain de sa libération. Ses proches ont déclaré à Amnesty International que les autorités de la prison refusaient de lui prodiguer des soins adéquats et de lui faire parvenir les médicaments amenés par sa famille. Selon ses proches, il ne prenait pas part à la manifestation.

« Il est regrettable de constater que les conditions de détention au Togo ne respectent pas les standards internationaux et semblent régulièrement être la cause de décès. L’absence ou la fourniture tardive de soins médicaux continue de mettre la vie des détenus en danger », a déclaré François Patuel.

« Les restrictions croissantes à la liberté d’expression imposées en cette période préélectorale au Togo font apparaître des failles choquantes dans le bilan global des droits humains dans le pays. A l’approche des élections, les autorités doivent donner des instructions claires aux forces de l’ordre de ne faire usage de la force qu’en dernier ressort et uniquement lorsque cela est rendu strictement nécessaire par les circonstances, et de s’abstenir de tout usage excessif de la force ».

Complément d’information

Le Togo est depuis plusieurs semaines en proie à des mouvements sociaux suite à l’échec des négociations entre le gouvernement et des syndicats sur une série de revendications sociales. Plusieurs manifestations, prévues par la Synergie des Travailleurs du Togo (STT), une centrale syndicale, dans la capitale Lomé, les villes de Kara et de Dapaong (nord) ont été interdites. Ces manifestations avaient des objectifs distincts, mais les organisateurs souhaitaient utiliser l’opportunité de la période électorale pour interpeller l’opinion publique et les autorités avant les élections présidentielles du 25 avril 2015.

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