Trois étudiants condamnés pour un SMS

· Une délégation d’Amnesty International au Cameroun remettra les lettres aux autorités
· Le procès en appel, qui a été repoussé à plusieurs reprises, est prévu pour le 15 juin

Plus de 300 000 lettres et pétitions de personnes du monde entier ont été envoyées au président camerounais Paul Biya pour lui demander de libérer trois étudiants condamnés chacun à 10 ans d’emprisonnement, par un tribunal militaire, pour avoir fait circuler une plaisanterie sur Boko Haram par SMS, a déclaré Amnesty International mercredi 24 mai.

Dans le cadre de la campagne Écrire pour les droits 2016 d’Amnesty International, plus de 310 000 actions ont été menées par des personnes du monde entier pour demander la libération immédiate de Fomusoh Ivo Feh et de ses amis Afuh Nivelle Nfor et Azah Levis Gob.

Les trois étudiants ont été déclarés coupables de « complicité d’insurrection » et de « non-dénonciation d’actes terroristes » le 2 novembre 2016. Ils ont fait appel de leur déclaration de culpabilité et de leur peine. Le procès en appel a été repoussé à plusieurs reprises et est maintenant prévu pour le 15 juin.

« Ces étudiants n’ont fait que partager une plaisanterie, et pourtant, avec cette déclaration de culpabilité et cette peine, ils pourraient passer dix ans derrière les barreaux et voir leurs perspectives d’avenir détruites. Ils sont toujours en prison et leur sort est incertain », a déclaré Alioune Tine, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

« Nous nous joignons aux plus de 310 000 personnes dans le monde qui demandent aux autorités camerounaises de libérer ces étudiants, de les autoriser à retrouver leur famille et de leur permettre de réaliser leur rêve de pouvoir continuer leurs études et trouver un emploi. »

Des célébrités comme Richard Branson et Patrick Mboma (un ancien joueur de football camerounais et joueur préféré de Fomusoh Ivo) ont envoyé des lettres aux autorités et des messages de solidarité à Fomusoh Ivo et ses amis en prison et ont publié des messages sur Twitter à propos de cette affaire.

En décembre 2014, Fomusoh Ivo a reçu d’un ami un SMS disant : « Boko Haram recrute des jeunes à partir de 14 ans. Conditions de recrutement : 4 matières au GCE, y compris la religion. » Le message de son ami était destiné à souligner qu’il est très difficile de trouver un bon travail si l’on n’a pas de bons diplômes, et disait sur le ton de la plaisanterie que même le groupe armé Boko Haram n’embauche pas si l’on n’a pas réussi ses examens.

Fomusoh Ivo a transféré ce message à Afuh Nivelle Nfor, qui l’a alors envoyé à Azah Levis Gob. Un de leurs enseignants a vu ce SMS, après avoir confisqué le téléphone, et l’a montré à la police. Fomusoh Ivo et ses amis ont tous les trois été arrêtés. Ils ont été transférés à la prison de Yaoundé le 14 janvier 2015 et ont été maintenus en détention avec les jambes entravées au niveau des chevilles.

Ils ont été inculpés le 3 mars 2015 au titre du Code pénal et du Code de justice militaire camerounais. Ils sont restés entravés au niveau des chevilles pendant quatre mois et les entraves n’ont été retirées que lorsque leurs avocats ont déposé une demande auprès du juge d’instruction en avril 2015.

« Fomusoh Ivo et ses amis doivent être libérés immédiatement et sans condition. Les condamnations au nom de la sécurité nationale pour des motifs fallacieux tels que ceux-ci ne sont pas la solution pour assurer la sécurité d’un pays », a déclaré Alioune Tine.

« Les autorités camerounaises ont le devoir de protéger la population des violations des droits humains commises par Boko Haram, mais elles doivent le faire tout en respectant elles-mêmes les droits humains. Toutes les personnes emprisonnées injustement doivent être libérées. »

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