Turquie : Des élections après deux années de répression intense contre les droits humains

Un grand nombre de personnes sont affectées par la répression qui a suivi la tentative ratée de coup d’État de juillet 2016, notamment les journalistes, les fonctionnaires, la communauté LGBTI, ainsi que les défenseurs et défenseures des droits humains tel que le président honoraire d’Amnesty Turquie, Taner Kılıç.

« Les répercussions de la répression ayant suivi la tentative ratée de coup d’État en Turquie continuent de dévaster les vies d’un grand nombre de personnes, dont Taner Kılıç, qui a passé plus d’un an derrière les barreaux », a déclaré Gauri Van Gulik, directrice pour l’Europe d’Amnesty International.

« En se prévalant de l’état d’urgence, les autorités turques ont entrepris, de manière délibérée et méthodique, de démanteler la société civile, d’enfermer les défenseurs des droits humains et les journalistes, de fermer des organisations et de créer un climat de peur étouffant. »

Le 24 juin, des élections présidentielles et législatives ont eu lieu en Turquie. Depuis la tentative ratée de coup d’État de juillet 2016, la situation des droits humains en Turquie, déjà peu réjouissante, n’a cessé de se détériorer. Dans une série de rapports, Amnesty International a mis en avant de graves violations des droits humains, notamment :

Attaques contre la société civile

« En se prévalant de l’état d’urgence, les autorités turques ont entrepris, de manière délibérée et méthodique, de démanteler la société civile, d’enfermer les défenseurs des droits humains et les journalistes, de fermer des organisations et de créer un climat de peur étouffant », a déclaré Gauri Van Gulik, directrice pour l’Europe d’Amnesty International.

Plus de 1 300 ONG ont été fermées de manière permanente, en raison de liens peu précis avec des groupes « terroristes ». Il s’agit entre autres de nombreuses ONG qui faisaient un travail essentiel en aidant des groupes comme les victimes de violences sexuelles et fondées sur le genre, les personnes déplacées et les enfants.

Le calvaire du président d’Amnesty continue après plus d’un an de tourment

Le personnel d’Amnesty International fait partie des personnes victimes de la répression. Taner Kılıç, le président honoraire d’Amnesty International Turquie a passé plus d’un an en prison pour appartenance à une organisation terroriste, une accusation sans fondement.

« Les preuves de l’innocence de Taner sont éclatantes. Sa détention est une grossière injustice qui révèle le système judiciaire biaisé en Turquie et la froide volonté du gouvernement de poursuivre tous ceux et celles qui œuvrent à la défense des droits humains », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Dans un cruel retournement de situation, le tribunal a ordonné la libération de Taner en janvier 2018, avant de revenir sur sa propre décision quelques heures plus tard.

La fille de Taner, Gülnihal Kılıç, décrit la douleur de sa famille :
« Ce n’est pas quelque chose qui devient normal avec le temps. Pour nous au contraire, chaque jour qui passe, l’emprisonnement de mon père est plus difficile à supporter que la veille. »

Répression des journalistes

Un climat de peur étouffant a envahi le paysage médiatique en Turquie depuis la tentative de coup d’État. Plus de 150 journalistes et autres professionnels des médias sont actuellement emprisonnés et au moins 180 organes de presse ont été fermés.

« En Turquie, se met en place une politique visant à supprimer le journalisme indépendant. En trois ans, la Turquie est devenue le pays qui emprisonne le plus grand nombre de journalistes, certains étant condamnés à la détention à perpétuité simplement pour avoir fait leur travail », a déclaré Gauri Van Gulik.

Purges de fonctionnaires

Le licenciement de plus de 100 000 employés du secteur public en Turquie est arbitraire et a des conséquences catastrophiques sur leurs vies et leurs moyens d’existence. Des dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles des médecins, des policiers, des enseignants, des universitaires et des soldats, qualifiés de « terroristes » et bannis de la fonction publique, luttent désormais pour joindre les deux bouts.

« Licencier arbitrairement 100 000 personnes et les qualifier de “terroristes” est comparable à un anéantissement professionnel de grande échelle et s’inscrit clairement dans la vaste purge lancée contre les opposants politiques réels ou présumés », a déclaré Andrew Gardner, chercheur sur la Turquie à Amnesty International.

Les marches des fiertés LGBTI menacées

Ces trois dernières années, les autorités turques ont interdit les marches des fiertés LGBTI à Istanbul. Depuis novembre 2017, tous les événements LGBTI à Ankara, la capitale turque, font l’objet d’une interdiction généralisée de pour une durée indéterminée.

Un militant a déclaré à Amnesty International : « Au vu de la répression générale qui s’abat sur la liberté d’expression, les espaces de liberté où les personnes LGBTI peuvent être elles-mêmes se font rares. Elles n’entrevoient aucun espoir, aucun avenir. Beaucoup parmi nous ont quitté le pays ou envisagent de partir. »

La prochaine marche des fiertés d’Istanbul est prévue pour le 1er juillet.
Pour en savoir plus : Turquie. L’interdiction de la Marche des fiertés d’Istanbul est le dernier coup porté à la liberté d’expression et de réunion pacifique

Allégations crédibles de torture et d’autres formes de mauvais traitements

Le 6 juin, un tribunal d’Istanbul a ordonné la libération de 14 étudiants de l’Université du Bosphore (Boğaziçi), placés en détention provisoire pour des accusations de « propagande pour une organisation terroriste » parce qu’ils avaient manifesté contre l’opération militaire menée par la Turquie à Afrin, en Syrie. Leurs allégations de torture et d’autres mauvais traitements doivent faire l’objet d’enquêtes.

Amnesty International appelle également les autorités turques à diligenter une enquête rapide, impartiale, indépendante et efficace sur les allégations de recours à une force excessive, de torture et d’autres mauvais traitements perpétrés par des policiers contre un groupe de lycéens et d’étudiants, à la suite d’une manifestation pacifique à Istanbul le 8 juin 2018.

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