UE : Crise des réfugiés

Mardi 20 juin, alors que la Journée mondiale des réfugiés était célébrée dans le monde entier, on apprenait une nouvelle fois qu’au moins 120 personnes s’étaient noyées au large des côtes libyennes. Leur mort porte le nombre total de personnes ayant péri en tentant de traverser la Méditerranée centrale à plus de 1 800 depuis le début de l’année.

C’est dans ce contexte sinistre que les dirigeants européens se réunissent mercredi et jeudi à Bruxelles pour discuter de l’immigration. Il ne fait aucun doute que chacun d’eux déplorera ces dernières victimes. Néanmoins, malgré leur discours d’inquiétude, le centre de leur discussion ne sera pas l’importance de sauver des vies. Il s’agira plutôt des moyens de réduire le nombre de personnes arrivant en Europe, en renforçant la coopération avec les pays africains pour juguler l’immigration clandestine.

Non seulement cette stratégie accentue la disparité entre pays développés et en développement pour ce qui est du nombre de réfugiés qu’ils accueillent, mais elle met à mal l’image de porte-drapeau des droits humains que veut donner l’Union européenne.

Au lieu d’offrir aux réfugiés et aux migrants la possibilité d’éviter de franchir des frontières illégalement, en créant des routes sûres et légales pour se rendre en Europe et en améliorant les conditions dans les camps de réfugiés, l’UE se focalise sur le renforcement des contrôles frontaliers et la multiplication des retours dans les pays d’origine.

Quelles que soient les sommes que les États européens investissent dans des projets d’aide internationale censés lutter contre les causes premières des déplacements, en réalité, les dirigeants de l’UE ont jusqu’à présent largement privilégié les projets qui créent des obstacles aux migrations, et utilisé l’aide internationale comme moyen de pression pour forcer les gouvernements africains à contribuer à leur mise en œuvre.

La méthode qui semble avoir leurs faveurs actuellement pour résoudre la crise des migrants est l’« externalisation ». Elle consiste à faire appel aux pays d’où viennent les réfugiés et les migrants ou par lesquels ceux-ci transitent pour renforcer les contrôles frontaliers, ou bien à faire porter à d’autres pays la responsabilité de les protéger.

Les politiques d’« externalisation » augmentent le risque de violations des droits humains, en particulier si les mesures de contrôle des frontières sont encouragées politiquement (notamment par des promesses d’aide internationale) et facilitées techniquement (par la formation et la fourniture de matériel) dans des pays où le bilan en matière de droits humains est problématique.

Ces politiques peuvent finir par encourager ou favoriser les renvois forcés, les expulsions collectives, la détention arbitraire, les mauvais traitements et d’autres graves violations des droits humains. De plus, l’investissement dans de telles mesures ne garantit même pas les résultats escomptés en termes de diminution des arrivées irrégulières. En l’absence d’autres solutions, les personnes qui fuient les conflits, les persécutions et la pauvreté tenteront toujours de fuir par le seul moyen dont elles disposent, en plaçant leur vie entre les mains de passeurs peu scrupuleux.

Un exemple déplorable de ce fonctionnement dans la pratique est la coopération de l’UE avec la Libye. Les dirigeants européens ont renforcé la coopération avec les gardes-côtes libyens, en les formant et en leur fournissant des navires, dans l’espoir de stopper les traversées de la Méditerranée, en dépit des avertissements soulignant que ces mesures favoriseraient et même alimenteraient les violations des droits humains. Ils envisagent à présent de soutenir la capacité de contrôle des frontières sud du pays par les autorités libyennes.

Ils ne tiennent pas compte du fait que la Libye n’a même pas de plan concret pour améliorer la protection des droits humains. Les réfugiés et les migrants sont placés automatiquement en détention et les personnes qui ont besoin d’une protection internationale n’ont aucune perspective de demande d’asile, car il n’existe pas de cadre juridique en matière d’asile en Libye.
En donnant aux gardes-côtes libyens le pouvoir d’intercepter des réfugiés et des migrants en mer et de les renvoyer en Libye, la politique européenne expose des milliers de personnes à des violations indescriptibles dans les centres de détention où elles sont envoyées dès qu’elles posent le pied à terre, enfermées indéfiniment et soumises à la torture, à des coups, à des viols ou à des formes d’exploitation aux mains de gardiens.

Par ailleurs, comme nous l’avons constaté lors de nombreuses interceptions en mer au cours des derniers mois, les gardes-côtes libyens ignorent les protocoles élémentaires de sécurité et les normes internationales et ont souvent ouvert le feu pendant des opérations de sauvetage en mer. Les réfugiés et les migrants sont mis en danger tandis que l’UE détourne les yeux. Pendant ce temps, le nombre de traversées illégales et de décès en mer continue d’augmenter.

Si cet exemple de la façon dont la coopération peut conduire à des conséquences involontaires mais prévisibles est certainement le plus inquiétant, ce n’est toutefois pas le seul. À la recherche de solutions rapides pour réduire l’immigration, les gouvernements européens élaborent encore d’autres mesures - comme le fait de déclarer certains pays « sûrs » pour les retours - qui augmentent le risque de violations des droits humains. Ils sont tellement déterminés à atteindre l’objectif de réduction des arrivées qu’ils sont prêts à bafouer les droits de femmes, d’hommes et d’enfants qui cherchent désespérément la sécurité en Europe.

Les dirigeants de l’UE ont l’occasion de revenir sur cette politique. A minima, ils doivent s’abstenir de toute forme de coopération qui pourrait laisser des réfugiés et des migrants bloqués dans des pays où ils sont exposés à des violations des droits humains. Ils doivent évaluer et aborder les risques en termes de droits humains qui pourraient découler des politiques d’externalisation actuelles.

Cependant, un changement radical est nécessaire. Au moment où ils se penchent sur leurs politiques migratoires extérieures, les dirigeants européens doivent cesser de s’intéresser uniquement à l’objectif à court terme de diminution des traversées. Il faut en revanche un programme audacieux pour soutenir la protection des droits humains dans les pays d’origine et de transit et pour mettre des routes sûres à disposition des réfugiés et des migrants potentiels.

De telles mesures apporteraient une solution plus sûre et ordonnée que les dangereuses traversées clandestines et permettraient ainsi de détourner les réfugiés et les migrants des réseaux criminels qui se nourrissent de leur désespoir. Ce n’est qu’à ces conditions que la tragédie des vies perdues en mer appartiendra au passé et que les droits de femmes, d’hommes et d’enfants vulnérables seront réellement protégés.

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