Un Irakien doit être jugé après 11 ans de détention mais les charges retenues contre lui sont forgées de toutes pièces

15 mars 2011

Amnesty International a exhorté les autorités de la région semi-autonome du Kurdistan irakien à libérer immédiatement un homme devant être jugé cette semaine sur la base d’accusations de terrorisme forgées de toutes pièces après avoir passé 11 ans en détention.

Walid Yunis Ahmad, également connu sous le nom d’Abu Khubeib, comparaîtra jeudi 17 mars. Bien qu’il soit maintenu en détention de manière continue depuis 2000, aucune charge n’a été retenue contre lui jusqu’à il y a environ six mois, lorsqu’il a été accusé d’avoir commandité des attentats terroristes à Dohuk depuis sa cellule. Il a été inculpé au titre de la loi antiterroriste de 2006 et encourt une peine de 15 ans de prison.

« Walid Yunis Ahmad risque désormais d’être emprisonné pour une longue période sur la base d’accusations forgées de toutes pièces après avoir été maintenu en détention tout à fait illégalement pendant plus de 10 ans par les Asayish, les forces de sécurité du Kurdistan irakien, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. Nous craignons que son procès ne soit qu’une manœuvre visant à la fois à justifier sa longue période de détention et à la prolonger. »

« Nous exhortons le gouvernement de la région kurde à abandonner les poursuites et à le relâcher immédiatement, mais aussi à lui accorder des réparations pour ses années de détention sans procès et pour les actes de torture et autres formes de mauvais traitements qu’il a subis. »

Les inquiétudes à son propos sont exacerbées par certaines informations selon lesquelles, dans le cas d’une déclaration de culpabilité, le tribunal ne prendrait pas en compte la longue période qu’il a déjà passée en détention au moment de prononcer sa peine. Tout cela parce qu’il a été détenu illégalement pendant 10 ans, au mépris du droit irakien.

« Walid Yunis Ahmad risque désormais d’écoper d’une peine de prison, châtiment résultant directement de son incarcération illégale par les Asayish. Ceci constitue ni plus ni moins un renversement de la justice. »

Walid Yunis Ahmad a été arrêté le 6 février 2000 par les Asayish à Erbil, la capitale de la région kurde, alors qu’il se trouvait à bord d’une voiture devant le déposer chez lui au retour d’une réunion du Mouvement islamique du Kurdistan, un parti d’opposition légal. Selon certaines informations, le véhicule contenait des explosifs. Walid Yunis Ahmad a toujours nié en avoir eu connaissance. Le conducteur a lui aussi été arrêté mais a été libéré sans inculpation.

Les accusations portées contre lui s’appuient sur des renseignements semble-t-il fournis à un juge d’instruction par des « informateurs secrets » dont l’identité n’a pas été révélée. L’avocat de la défense de Walid Yunis Ahmad n’aura pas la possibilité de les interroger au tribunal.

Les éléments livrés par ces « informateurs secrets » sont en relation avec deux épisodes distincts, sans lien entre eux, survenus neuf ans après l’arrestation de Walid Yunis Ahmad, lors desquels des explosifs ont été découverts à Dohuk en 2009.

Aucune arrestation n’a été effectuée en relation avec ces affaires et les personnes ayant signalé la découverte d’explosifs auraient nié connaître Walid Yunis Ahmad.

Au cours de sa détention, Walid Yunis Ahmad a reçu la visite de son épouse dans le cadre d’un dispositif de sécurité strict, mais de personne d’autre, et il n’y a aucune trace des lettres qu’il aurait écrites depuis la prison.

À la suite de son arrestation en février 2000, il a été soumis à une disparition forcée pendant trois ans avant que sa famille ne découvre qu’il était incarcéré. Il aurait par ailleurs été torturé, maintenu à l’isolement et transféré de prison en prison.

Il se trouve désormais à la prison des Asayish dans la ville de Duhok. Des délégués d’Amnesty International lui ont rendu visite à Erbil en juin 2010.

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.