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Un rêve impossible se réalise

Par María José Eva Parada, chercheuse d’Amnesty International chargée de l’Amérique du Sud

Lorsque Carlos Mareco, un dirigeant de la communauté indigène sawhoyamaxa, a appris que, après une douloureuse bataille judiciaire longue de deux décennies, son peuple pourrait enfin revenir sur ses terres ancestrales, il n’a pas pu retenir ses larmes.

« Nous, les indigènes, ne pleurons que quand nous avons obtenu notre liberté. Aujourd’hui, c’est comme si nous sortions d’une prison ; nous sommes si nombreux à pleurer car il y a tant d’émotion », a-t-il déclaré.

Pendant des années, Carlos Mareco et sa communauté ont vécu sur une bande de terre dangereusement étroite au bord d’un grand axe routier.

Mercredi 11 juin, le président du Paraguay, Horacio Cartes, a promulgué une loi approuvant l’expropriation de plus de 14 400 hectares de terrain dans la région du Chaco et restituant ces terres aux Sawhoyamaxas. En signant ce texte, l’État paraguayen a commencé à réparer certains des préjudices subis par cette communauté depuis des générations.

Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai rendu visite aux Sawhoyamaxas.

Je suis arrivée en 2012. J’aurais facilement pu manquer les habitations branlantes si je n’avais pas été avec certains de nos collègues de Tierraviva, l’ONG paraguayenne qui a accompagné les Sawhoyamaxas dans leur lutte pour leurs terres. Ils savaient exactement où s’arrêter.

Nous avons rencontré quelques-unes des 160 familles qui composent la communauté. Elles vivaient sur une étroite bande de terre près de la route Concepción-Pozo Colorado. La seule chose qui séparait la communauté des terres que ses ancêtres avaient habitées pendant des générations était une clôture construite par l’homme revendiquant la propriété du terrain.

La scène était choquante – mais leur courage, admirable.

Hommes et femmes, jeunes et vieux, luttaient pour survivre avec presque rien. La nourriture et l’eau étaient rares. Les températures atteignaient les 40 °C. Tout le monde était terrifié par les énormes camions qui passaient à toute allure devant les fragiles maisons en bois où ils habitaient.

Les gens à qui j’ai parlé, qui sont si souvent traités comme des citoyens de seconde zone, n’auraient jamais cru que le Congrès paraguayen débattrait des besoins des peuples indigènes, et encore moins que le président se prononcerait un jour en leur faveur.

Mais cette semaine, l’impossible s’est finalement produit – le président a promulgué une loi permettant aux Sawhoyamaxas de revenir sur leurs terres ancestrales.

« Nous vivions au bord de la route, dans des conditions terribles. Plusieurs membres de la communauté sont morts d’accidents ou de maladies. Personne ne nous respectait. À présent, nous sommes victorieux. Je suis très heureuse mais je pleure car ma grand-mère, mon père et de nombreux autres membres de ma famille n’ont pas eu la chance que j’ai aujourd’hui de profiter de nos terres. Je suis reconnaissante envers tout le monde ! », a déclaré Aparicia González, membre de la communauté sawhoyamaxa.

Le chemin de la victoire a été long. La bataille judiciaire des Sawhoyamaxas a débuté en 1991 quand cette communauté a saisi la justice pour faire reconnaître ses droits sur plus de 14 000 hectares de terres ancestrales dans deux zones aujourd’hui appelées Retiro Santa Elisa et Estancia Michi, dans le nord du Paraguay.

Quinze ans après, n’ayant obtenu aucune réponse positive des autorités, elle a porté plainte auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme et de la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui a statué en sa faveur en 2006.

Depuis 2009, les membres d’Amnesty International au Paraguay et dans le monde entier font pression sur les autorités pour qu’elles résolvent la situation et fassent en sorte que les Sawhoyamaxas puissent retourner chez eux.

Les terres jouent un rôle essentiel pour toutes les communautés indigènes. Sans elles, leur mode de vie et leur survie même sont menacés. Sans terre, elles ne peuvent pas cultiver de nourriture, chasser et perpétuer leurs traditions culturelles. Sans terre, elles peuvent à peine survivre et encore moins prospérer.

Cette nouvelle est presque incroyable, et pas seulement pour les Sawhoyamaxas.

Selon les statistiques officielles, le Paraguay compte environ 108 600 citoyens indigènes, soit 1,7 % de la population, mais ce chiffre pourrait être largement sous-estimé.

La plupart sont invisibles car ils sont victimes de discrimination et contraints à vivre dans des conditions épouvantables. En comparaison avec le reste de la population paraguayenne, les niveaux de pauvreté et d’illettrisme sont beaucoup plus élevés chez les peuples indigènes.

D’autres communautés indigènes se battent encore. Les Yakyes Axas attendent également de revenir sur leurs terres, après un jugement rendu en leur faveur par la Cour interaméricaine des droits de l’homme en 2005 et un accord conclu avec le propriétaire du terrain en 2012. Ils attendent que l’accès à ces terres soit dégagé.

Aujourd’hui, les Sawhoyamaxas célèbrent une victoire historique. Il ne nous reste plus qu’à voir combien de temps les nombreuses autres communautés qui luttent pour leurs droits fonciers devront attendre.

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