Communiqué de presse

Une crise s’annonce pour les réfugiés somaliens après que le Kenya a ordonné la fermeture du camp de réfugiés de Dadaab

Renvoyer de force près de 350 000 réfugiés en Somalie serait contraire aux obligations du Kenya en vertu du droit international et mettrait des centaines de milliers de vies en danger, a déclaré Amnesty International jeudi 16 avril.

Dadaab, le plus grand camp de réfugiés au monde, est situé dans le nord-est du Kenya. Il se trouve à une centaine de km de Garissa, où 147 personnes, dont 142 étudiants, ont été tuées à l’université le 2 avril lors d’une attaque revendiquée par le groupe islamiste extrémiste Al Shabab. La décision de fermer les camps a été présentée comme une mesure de sécurité en réaction à cette attaque.

« L’attentat de Garissa met en évidence la nécessité pour le gouvernement de mieux garantir la sécurité de sa population. Mais cela ne doit pas être accompli en exposant au danger des personnes que le Kenya a le devoir de protéger », a déclaré Muthoni Wanyeki, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands lacs.

Samedi 11 avril, William Ruto, le vice-président kenyan, a déclaré que le gouvernement avait dit au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés que celui-ci devait fermer le camp de réfugiés dans les trois mois et renvoyer ses résidents en Somalie, sans quoi le Kenya s’en chargerait lui-même.

Le gouvernement somalien n’a aucun véritable contrôle sur de nombreuses zones du sud et du centre de la Somalie. Violence et insécurité généralisées persistent sur place et les résidents sont fréquemment les victimes d’attaques aussi bien aveugles que ciblées. Si les réfugiés sont renvoyés dans ces zones, ils risquent de subir des violations des droits humains, telles que des viols et des meurtres, ainsi que des manœuvres d’extorsion. Bien qu’il soit difficile d’identifier les responsables des attaques contre des civils dans tous les cas, on estime que toutes les parties au conflit mènent ce type d’attaques.

Aux termes du droit international, les États ont l’obligation absolue de ne pas renvoyer une personne dans un pays où elle risque d’être victime de violations des droits humains. Cette obligation est connue sous le nom de principe de non-refoulement. Le Kenya est partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et à la Convention de l’Organisation de l’Union africaine relative aux réfugiés, adoptée en 1969. Les réfugiés sont en outre protégés par la Loi kenyane sur les réfugiés de 2006, qui interdit leur retour forcé dans des pays où leur sécurité n’est pas garantie et où ils risquent d’être persécutés.

L’annonce du vice-président survient alors que les services kenyans de sécurité harcèlent de manière persistante des réfugiés somaliens ou autres. L’an dernier, la communauté somalienne a été prise comme bouc émissaire et beaucoup de ses membres ont été victimes de violations des droits humains durant l’opération Usalama Watch, une opération de sécurité lancée en avril 2014 à la suite de deux attaques menées par des inconnus le mois précédent.

Des milliers de personnes ont été arrêtées, persécutées, maltraitées ou rackettées ; des gens ont été placés de force dans des camps de réfugiés. Plusieurs centaines de personnes ont été renvoyées de force en Somalie. À la connaissance d’Amnesty International, aucun Somalien arrêté au cours de ces interventions n’a été inculpé d’une quelconque infraction liée à des faits de terrorisme.

Ce n’est pas la première fois que des projets visant à renvoyer les réfugiés en Somalie sont évoqués. En novembre 2013 les gouvernements du Kenya et de la Somalie et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ont signé un accord tripartite pour l’établissement d’un programme de rapatriement volontaire des réfugiés somaliens. Le coup d’envoi de la phase pilote a eu lieu en décembre 2014.

Pour que les retours de réfugiés dans leur pays d’origine soient légaux, ils doivent être véritablement volontaires, c’est-à-dire qu’ils doivent être dénués de pressions indues et garantir la sécurité et la dignité des rapatriés. Amnesty International a découvert que le harcèlement et les mauvais traitements persistants que les services kenyans de sécurité font subir aux réfugiés somaliens ont amené de nombreuses personnes à envisager de retourner en Somalie. Lorsque les gens estiment qu’ils n’ont pas d’autre solution que de rentrer chez eux, il ne s’agit pas d’un choix volontaire, et cela peut s’apparenter à un retour forcé.

Amnesty International exhorte le gouvernement kenyan à respecter ses obligations en vertu du droit national et international, et à garantir la protection des réfugiés et demandeurs d’asile somaliens à Dadaab et ailleurs dans le pays, comme il le fait depuis des décennies avec générosité.

Complément d’information

Le camp de réfugiés de Dadaab a été établi en 1991 et accueille plus de 350 000 réfugiés et demandeurs d’asile, principalement en provenance de Somalie, mais également d’Éthiopie, du Soudan, de République démocratique du Congo, d’Érythrée, du Soudan du Sud et du Burundi, entre autres.

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