Une enquête indépendante est nécessaire sur la mort de plusieurs manifestants en Syrie

22 mars 2011

Amnesty International a appelé les autorités syriennes à diligenter une enquête indépendante sur la mort d’au moins six manifestants antigouvernementaux alors que les troubles se poursuivent dans la ville méridionale de Deraa.

Quatre hommes sont morts quand les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants vendredi 18 mars. Un autre homme a été abattu dimanche et une sixième personne, dont il a été dit qu’il s’agissait d’un jeune de 12 ou 13 ans, est morte hier après avoir inhalé du gaz lacrymogène dimanche. De très nombreuses autres personnes ont été blessées par des tirs ou du gaz lacrymogène et un plus grand nombre encore ont été arrêtées.

Comme cela a été le cas dans d’autres pays de cette région du monde, les manifestants demandent une plus grande liberté politique, la fin de la corruption et, à Deraa, la libération de plus d’une trentaine de mineurs, dont un grand nombre sont âgés d’une dizaine d’années, qui sont détenus depuis plusieurs semaines pour avoir écrit sur un mur « le peuple veut la chute du gouvernement ».

« Une enquête exhaustive sur ces décès doit être menée sans tarder et les personnes soupçonnées d’être responsables d’homicides illégaux doivent être déférées à la justice », a déclaré Philip Luther, directeur adjoint d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

« Le recours à la force meurtrière par les forces de sécurité syriennes contre des manifestants qui, selon toute vraisemblance, ne mettaient pas la vie d’autres personnes en danger est totalement inacceptable. Les citoyens doivent être autorisés à se réunir et à manifester de manière pacifique. »

Les forces de sécurité ont tiré du gaz lacrymogène sur des milliers de personnes à Deraa lundi lors des funérailles du cinquième manifestant à être tué, Raid al Karad. Le mouvement de protestation a gagné la ville voisine de Djassem.

Les manifestations semblent avoir été généralement pacifiques même si le feu a été mis à au moins deux bâtiments gouvernementaux vendredi après le premier homicide.

Samedi, l’agence de presse gouvernementale SANA a déclaré que le ministère de l’Intérieur avait nommé une commission d’enquête sur les violences.

« Nous ne disposons d’aucune information sur cette commission, mais le fait qu’elle semble dépendre directement du ministère dont les forces sont soupçonnées d’être responsables de ces décès remet sérieusement en question son indépendance », a déclaré Philip Luther.

« Seule une enquête indépendante et impartiale peut permettre de faire toute la lumière sur les faits. »

Les quatre hommes qui sont morts vendredi à la suite des manifestations sont Adnan Akrad, Wissam Ayyash, Ayham al-Hariri et Mahmoud al Jawabreh. La jeune personne qui est morte lundi s’appellerait Mumin Munzer al Masalmeh.

Il est très rare en Syrie qu’une véritable enquête soit menée sur un homicide imputable aux forces de sécurité. Dans les rares cas où les autorités syriennes ont annoncé une enquête, très peu d’informations ont été rendues publiques sur la nature de cette enquête, son étendue et ses conclusions.

En juillet 2008, la SANA avait annoncé qu’une enquête allait être menée sur les violences survenues ce mois-là dans la prison militaire de Saydnaya et au cours desquelles au moins 52 prisonniers auraient disparu.

Bien qu’Amnesty International se soit enquise à plusieurs reprises à ce sujet, les autorités syriennes n’ont jamais rendu publique aucune information sur cette enquête et n’ont jamais indiqué si quiconque avait été déféré à la justice pour ces agissements.

En mars 2004, les forces de sécurité ont tué au moins 36 personnes, des Kurdes pour la plupart, lors de violences dans le nord-est du pays. Il semble qu’aucune enquête n’ait jamais été menée sur ces événements.

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