Communiqué de presse

Une femme sur quatre violée par son partenaire : un sondage d’Amnesty International révèle l’ampleur du viol en Belgique

Grâce à un sondage d’opinion réalisé en janvier 2014 auprès de 2 000 Belges par Dedicated, Amnesty International — avec l’aide de SOS Viol, publie ce jour une approche chiffrée de la réalité du viol en Belgique et lance une grande campagne intitulée « Quand c’est non, c’est non ».

Le nombre de viols dénoncés auprès de la police a augmenté de 20 % entre 2009 et 2011, passant de 3 360 à 4 038, soit plus de 11 plaintes par jour pour cette dernière année.

Mais ce chiffre ne reflète qu’en toute petite partie la réalité du viol dans notre pays. De nombreuses victimes n’osent pas porter plainte, tandis que d’autres ne savent tout simplement pas qu’elles peuvent le faire, ou comment le faire. Par ailleurs, nombreuses sont celles qui ignorent que le viol entre partenaires est punissable, par exemple.

Afin d’approcher la réalité de la situation de façon plus complète, Amnesty International a donc décidé avec l’aide de SOS Viol de procéder à un sondage (*) auprès des Belges sur le sujet.

Quels sont les chiffres-clés du sondage ?
25,6% : c’est le pourcentage de Belges qui de l’avis des personnes sondées ont à un moment ou à un autre de leur vie été exposés à une ou plusieurs violences sexuelles jugées graves ;
56% des Belges connaissent dans leur entourage au moins une personne qui est ou a été victime de violences sexuelles graves ;
• en réalité, 46 % des personnes que nous avons interrogées (hommes et femmes) sont ou ont été victimes de violences sexuelles jugées « graves » au cours de leur vie. La réalité est donc plus élevée que l’estimation globale moyenne (25,6%) de l’ampleur du phénomène des violences sexuelles ;

Chez les femmes, nous avons mesuré les pourcentages suivants pour les principaux types de violences sexuelles jugées les plus graves :
25 % se sont fait et/ou se font encore harceler physiquement dans des lieux publics ;
24,9 % se sont fait et/ou se font imposer des relations sexuelles forcées par leur partenaire/conjoint ;
15 % ressentent qu’on a essayé ou qu’on essaye encore actuellement au moins occasionnellement d’amoindrir leurs défenses via de l’alcool ou de la drogue pour abuser d’elles ;
13% se sont fait violer et/ou se font encore actuellement violer (autre que par leur partenaire/conjoint) ;
7 % se font et/ou se sont fait agresser/abuser sexuellement par un adulte alors qu’elles étaient encore mineures ;
7 % se sont vu imposer des relations sexuelles par leur supérieur hiérarchique sur le lieu de travail ;
• En moyenne, un quart (24,4%) des femmes qui sont et/ou ont été exposées à ces violences sexuelles graves « banalisent » ces violences (c’est-à-dire qu’elles ne les considèrent pas ou plus comme « très graves » ou « graves »). En d’autres mots, pour un quart des victimes de violences sexuelles graves, la ou les agressions qu’elles subissent et/ou ont subies est/sont de leur point de vue « compréhensibles » ou « acceptables » ;
• les victimes ne se plaignent le plus souvent pas : à peine 16 % des victimes de violences sexuelles graves ont déposé plainte à la police. 40% n’ont jamais entrepris la moindre démarche, même celle de s’en confier à une/des connaissances ;
• la confiance envers les institutions/instances en charge de l’accueil des victimes est très faible ; ces institutions sont peu consultées ;
• les auteurs de violences sexuelles graves ne seraient que très rarement (8,8%) confrontés à la justice et pour ainsi dire jamais (1,6%) condamnés. Le sentiment d’impunité est donc « généralisé ».

« Ces résultats montrent la gravité du problème, et la nécessité d’une approche coordonnée et d’ampleur dans la lutte contre ces violations terribles des droits fondamentaux, insiste l’organisation de défense des droits humains. Les dégâts infligés par ce fléau, comme le montre l’enquête, sont inacceptables car ils marquent à vie les victimes. Il est temps de renforcer tant la prévention que l’aide aux victimes et le suivi judiciaire des plaintes déposées par les trop rares victimes qui osent se manifester ».

Amnesty International appuie les actions lancées par les associations de femmes à ce propos et propose une série de recommandations aux différents niveaux de pouvoir en Belgique.

« Il est effrayant de constater le manque de moyens octroyés à l’aide de première ligne aux personnes touchées par ce problème en Fédération Wallonie-Bruxelles, constate Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International Belgique francophone. Il est plus que temps que les services qui se dévouent littéralement à l’aide aux victimes, comme SOS-Viol, se voient attribuer un minimum de moyens pour répondre à la demande et se faire connaître auprès du grand public. On ne peut pas affirmer sa détermination à lutter contre le viol et laisser dans l’ombre des associations qui doivent lutter en permanence pour survivre ».

Pour Amnesty, il est important aussi de prendre une série de mesures qui permettent de lutter contre l’impunité des auteurs et qui garantissent un accompagnement des victimes tout au long du processus judiciaire, depuis l’accueil au commissariat jusqu’au tribunal.

« Comme le rappelle la ministre de l’Intérieur elle-même, 90% des victimes n’osent pas porter plainte aujourd’hui, constate Karen Moeskops, directrice d’Amnesty International Vlaanderen. Cela montre à quel point il reste du chemin à parcourir ».

L’organisation lancera le 6 mars une grande campagne en Belgique, intitulée « Quand c’est non, c’est non » afin de sensibiliser l’opinion à la question du viol et des violences sexuelles. L’association a développé toute une gamme de matériel que ses membres et groupes locaux vont diffuser dans les mois qui viennent.

Amnesty International a également réalisé avec SOS Viol un dépliant destiné au grand public et intitulé « En cas de viol : que dire ? que faire ? ». Il contient les informations pratiques pour les victimes ou ami-e-s des victimes : « Nous avons constaté que malheureusement plus de 40% des personnes ayant souffert ou souffrant de violences sexuelles n’osent en parler à personne, rappelle Philippe Hensmans. Et quand elles en parlent, c’est à une amie ou une collègue. Il est capital qu’un maximum de personnes aient accès à ces informations. C’est la raison pour laquelle nous essayons de diffuser ces dépliants dans un grand nombre d’endroits, comme pour la brochure contre les violences conjugales, que nous avions distribuées à plus de 1,2 millions d’exemplaires ».

Comme le reste du matériel, ce dépliant est disponible gratuitement et en quantité sur www.moncorpsmesdroits.be.

(*) Le sondage a été réalisé en janvier 2014 par internet sur un échantillon strictement représentatif de 2.000 Belges âgés de 18 à 75 ans, sous la direction de Marc Dumoulin et de José Arias, de Dedicated.

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