VÉNÉZUÉLA : La sécurité ne doit pas être assurée au détriment des droits humains

Index AI : AMR 53/014/02

Si les mesures sécuritaires prises par les autorités vénézuéliennes ne sont pas strictement conformes aux normes internationales relatives aux droits humains, elles ne peuvent qu’aggraver l’instabilité, la polarisation et la violence qui affectent la société, a déclaré aujourd’hui Amnesty International.

Quelques heures avant que ne débute la manifestation prévue aujourd’hui sur la place de la Meritocracia, à Chuao (Caracas), qui fait partie des nouvelles " zones de sécurité " récemment décrétées par les pouvoirs publics, l’organisation de défense des droits humains a souligné la nécessité pour ces derniers de garantir le respect des droits fondamentaux des participants et de veiller à ce que les forces de sécurité ne recourent pas de nouveau à une force excessive.

Amnesty International s’avoue préoccupée par la récente création, aux termes d’un décret présidentiel, de " zones de sécurité " qui couvrent de vastes étendues urbaines allant bien au-delà des sites publics ou militaires qu’elles sont censées protéger.

" Outre le fait que leur existence limite de manière injustifiée le droit de manifester et de se déplacer, l’instauration de ces "zones de sécurité" suppose un renforcement du rôle de l’armée dans leur surveillance, ce qui risque de créer des conditions propices à de graves violations des droits humains ", a déclaré Amnesty International.
L’organisation a ajouté que les autorités vénézuéliennes doivent, face à d’éventuelles menaces d’atteinte à la sûreté publique, assumer la responsabilité qui est la leur de garantir le respect impartial des droits fondamentaux de la personne et la primauté de la loi.

Toute mesure de sécurité limitant des droits aussi essentiels que le droit à la liberté d’association, de réunion et d’expression devra répondre aux critères définis par les normes internationales et figurant dans la Constitution vénézuélienne. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques dispose en effet que l’exercice de ces droits ne peut faire l’objet que de restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique.

De même, toute violation des droits humains commise au nom de la sécurité publique devra faire l’objet d’une enquête rigoureuse et impartiale. " L’impunité ne fait que perpétuer le cycle de la violence, aggravant l’insécurité ", a ajouté Amnesty International.

Il convient de rappeler dans cette conjoncture l’arrêt récemment rendu par la Cour interaméricaine des droits de l’homme concernant les réparations dues à la suite des violations des droits fondamentaux commises lors du caracazo, le soulèvement de 1989. Dans cet arrêt, la Cour souligne la responsabilité qui incombe à l’État d’enquêter sur ces événements et de punir tous les responsables, ainsi que d’accorder aux familles des victimes des réparations à la hauteur du préjudice subi. Elle insiste en outre sur l’obligation pour l’État vénézuélien d’éviter que ne se reproduisent des faits similaires, en veillant à ce que tout plan d’action ou toute intervention des forces de sécurité en cas de troubles à l’ordre public se fasse dans l’entier respect des droits humains.

" L’État vénézuélien doit se conformer à la lettre à toutes les conditions énoncées dans cet arrêt historique ", a affirmé Amnesty International.

L’organisation de défense des droits humains a également rappelé que le phénomène de l’impunité ne se limitait pas aux événements du caracazo, mais qu’elle caractérisait en fait le fonctionnement de la justice vénézuélienne à tous les niveaux.

" Les atteintes aux droits humains perpétrées lors des événements survenus entre le 11 et le 14 avril n’ont toujours pas été éclaircies de manière satisfaisante ", a rappelé l’organisation. " La vérité et la justice sont deux piliers fondamentaux de l’État de droit et le fait de ne pas enquêter sur une infraction avec toute la diligence requise peut être interprété comme un signe de tolérance à l’égard des responsables.

" D’autres affaires récentes mettent à l’épreuve la capacité ou la volonté des autorités de faire aboutir dans les meilleurs délais des enquêtes approfondies et impartiales ", a poursuivi Amnesty International, citant l’assassinat d’Armando Douglas García et de Carlos Ramón Parra, deux paysans tués le 19 septembre au sud du lac de Maracaibo, et l’agression dont a été victime à Caracas, le 21 du même mois, une équipe de la chaîne de télévision Globovisión.

Amnesty International a instamment prié les autorités vénézuéliennes de faire la lumière sur ces événements et de punir équitablement les responsables.

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