Les plus de 55 ans victimes de maltraitances, de discrimination et de préjugés en raison de leur âge

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Ce mercredi 29 septembre, à l’approche de la Journée internationale des personnes âgées [2] (1er octobre), Amnesty International rend publics les résultats d’un nouveau sondage réalisé par l’institut IPSOS sur l’âgisme à l’encontre des personnes âgées de plus de 55 ans en Belgique francophone. Ce sondage montre notamment que plus d’un aîné sur quatre (27 %) est confronté à au moins un type de maltraitance et que sept sur dix sont victimes de préjugés en raison de leur âge.

« Compte tenu des enseignements que nous apporte ce sondage et des témoignages qui nous sont parvenus, il est essentiel qu’une réelle prise de conscience s’opère quant à l’âgisme envers les aîné·e·s »

« Les résultats de ce sondage sont très interpellants. Ils indiquent que l’âge est un puissant facteur de discrimination dès que l’on dépasse les 55 ans et montrent à quel point l’âgisme est répandu dans notre société, explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International. Omniprésent, ce phénomène passe néanmoins largement inaperçu et n’est pas vraiment contesté. Pourtant, les stéréotypes et les préjugés liés à l’âge ont des conséquences graves, comme l’exclusion des aîné·e·s de notre société et la banalisation des discriminations, de la négligence et de la violence envers eux·elles. »

Maltraitances et discrimination

Le sondage indique en effet que l’âge est l’un des principaux motifs de discrimination chez les personnes de plus de 55 ans — devant les compétences numériques, les croyances religieuses, la langue, le sexe, le handicap, l’origine ethnique, la couleur de la peau, la situation professionnelle, l’orientation sexuelle, etc.

« Cette discrimination est un phénomène grave, qui va jusqu’à la maltraitance, et ce, dans des proportions très inquiétantes »

« Cette discrimination est un phénomène grave, qui va jusqu’à la maltraitance, et ce, dans des proportions très inquiétantes. En effet, la moitié des personnes qui ont répondu à notre sondage ont été confrontées à une forme de maltraitance ou connaissent quelqu’un·e qui l’est. Il est également à noter que 60 % des différents types de maltraitance se produisent au moins une fois par an », souligne Philippe Hensmans.

Ces maltraitances sont principalement d’ordre psychologique (agressions verbales, dévalorisation, humiliation, abus d’autorité, harcèlement, isolement, menaces, chantage, etc.), mais aussi physique (coups, soins inappropriés, contention physique, abus sexuel, etc.), à mettre en relation avec de la négligence (refus délibéré de répondre aux besoins, privation de nourriture ou de médicaments, etc.) ou concernent des abus civils et financiers (exploitation, utilisation illégale de ressources, procuration abusive, privation de l’exercice des droits civiques, limitation des contacts sociaux, etc.).

Stéréotypes et préjugés

« Des sentiments de dévalorisation, de déclassement, de ne plus avoir droit à la parole, d’être évité, etc. ont régulièrement été relevés dans les entretiens menés dans le cadre du sondage »

En relation directe avec les maltraitances et la discrimination subies par les aîné·e·s, les stéréotypes et les préjugés en raison de leur âge touchent dans une large proportion les personnes âgées de plus de 55 ans. Ainsi, selon ces stéréotypes et préjugés, les aîné·e·s ne comprendraient pas les générations les plus jeunes (28 %) et, de manière générale, ils·elles ne comprendraient ce qu’on leur dit (22 %). Parallèlement, 37 % des personnes sondées considèrent que leur opinion est devenue moins importante, tandis que 29 % ne se sentent plus respectées comme avant et 17 % estiment ne pas être prises au sérieux en raison de leur âge.

« Des sentiments de dévalorisation, de déclassement, de ne plus avoir droit à la parole, d’être évité, etc. ont régulièrement été relevés dans les entretiens menés dans le cadre du sondage, déplore Philippe Hensmans. Plus d’une personne sur quatre de plus de 75 ans (28 %) ne se sentent pas intégré·e·s dans la société actuelle contre 14 % des 55-64 ans. Parallèlement, une personne sondée sur deux pense que les opinions et les besoins des aîné·e·s ne sont pas reflétés de manière adéquate dans les politiques publiques. »

Une faible maîtrise des nouvelles technologies par les personnes âgées de plus de 55 ans constitue un autre préjugé préoccupant. Un·e répondant·e sur deux (48 %) se sent ainsi victime du regard négatif de la société à cet égard.

« Estimer que tou·te·s les aîné·e·s appréhendent la diminution des capacités physiques de la même manière, c’est faire une généralisation excessive qui peut porter préjudice et exclure à tort de nombreuses personnes »

« Le problème principal est justement ce regard négatif, qui se substitue à la compréhension des difficultés que rencontrent les aîné·e·s et au soutien dans l’apprentissage dont ils·elles devraient bénéficier. Ce type de préjugé a par ailleurs de réelles conséquences. Ainsi, dans le secteur de l’emploi, 23 % des répondant·e·s de plus de 55 ans ont ainsi été traité·e·s différemment depuis qu’ils·elles ont atteint 55 ans et bénéficient de ce fait de moins d’opportunités de démontrer leurs compétences », indique Philippe Hensmans.

La diminution des capacités physiques et la perte plus ou moins importante de mobilité constituent également des préjugés et stéréotypes relevés par les personnes sondées. La société considérerait ainsi qu’elles sont physiquement fragiles et qu’elles éprouvent des difficultés à se déplacer (24 %) ; par ailleurs, elles verraient moins bien (21 %).

« Si les répondant·e·s ont noté des limitations importantes dues à une diminution des capacités physiques et à une perte plus ou moins importante de mobilité, cette baisse de la mobilité concerne 27 % des 55 ans et plus et augmente avec l’âge pour toucher jusqu’à 44 % des aîné·e·s de plus de 75 ans. Cependant, ce que nous disent également ces résultats, c’est que tou·te·s les aîné·e·s ne sont pas concerné·e·s par la perte de mobilité et que la majorité d’entre eux·elles sont en bonne santé physique. Estimer que tou·te·s les aîné·e·s appréhendent la diminution des capacités physiques de la même manière, c’est faire une généralisation excessive qui peut porter préjudice et exclure à tort de nombreuses personnes », explique encore Philippe Hensmans.

« En réalité, c’est le regard de l’autre qui est négatif »

Malgré ces stéréotypes et préjugés dont elles sont victimes, les personnes sondées ont toutefois témoigné d’une vision positive d’elles-mêmes. Ainsi, 89 % d’entre elles se sentent jeunes d’esprit et 87 % se sentent bien dans leur peau.

« En réalité, c’est le regard de l’autre qui est négatif, précise Philippe Hensmans. Trente et un pour cent (31 %) des répondant·e·s ne se sentent pas vieux·vieilles, mais considèrent que c’est le regard de la société qui leur donne ce sentiment. D’ailleurs, près de la moitié des répondant·e·s considèrent qu’ils·elles ne sont pas représenté·e·s de manière positive dans les médias. »

Une réalité hétérogène

Le sondage montre également que l’âgisme prend des formes diverses et se manifeste dans des secteurs différents en fonction de l’âge des personnes interrogées. Ainsi, les répondant·e·s dont l’âge varie entre 55 et 64 ans seront particulièrement touché·e·s par l’âgisme sur le lieu de travail, tandis que ceux·celles qui ont plus de 75 ans vont être davantage victimes de stéréotypes et préjugés relatifs à la perte de mobilité et la fragilité physique (39 % contre 15 % des 55-64 ans), à la mauvaise compréhension de ce qui leur est dit (28 % contre 17 % des 55-64 ans) ou à une déficience de leurs capacités visuelles (28 % contre 18 % des 55-64 ans).

« Les multiples formes de préjugés qui se croisent aggravent les désavantages et rendent les effets de l’âgisme encore plus virulents »

« Loin d’être un phénomène homogène, l’âgisme à l’encontre des aîné·e·s a également une dimension intersectionnelle, c’est-à-dire qu’il recoupe d’autres formes de stéréotypes, de préjugés et de discriminations, avec lesquels il interagit. Il est question notamment de la discrimination fondée sur la capacité physique, de sexisme et de racisme. Les multiples formes de préjugés qui se croisent aggravent les désavantages et rendent les effets de l’âgisme encore plus virulents », remarque Philippe Hensmans.

Ainsi, les femmes sont plus touchées que les hommes par le regard que leur porte la société. Cinquante-trois pour cent (53 %) des répondantes pensent ainsi que les aîné·e·s ne sont pas représenté·e·s de manière positive dans les médias, les messages publicitaires, etc., contre 37 % des hommes sondés. De même que 37 % des femmes interrogées ne se sentent pas « vieilles », mais jugent que c’est le regard que leur porte la société qui leur donne ce sentiment, contre 23 % des répondants masculins.

« Par rapport aux hommes du même âge, les femmes de plus de 55 ans se sentent plus mises à l’écart, sont plus particulièrement touchées par certains stéréotypes et préjugés, et sont plus victimes de dévalorisation, d’infantilisation, de dénigrement et d’humiliation », insiste Philippe Hensmans.

« Pour lutter efficacement contre cette catégorisation dangereuse, il faudra que notre regard et nos comportements changent fondamentalement »

Les aîné·e·s appartenant à une minorité — relative à la couleur de peau, à l’origine ethnique, à l’orientation sexuelle ou au handicap physique/intellectuel — souffrent quant à eux·elles d’un plus grand manque de considération, sont plus victimes de stéréotypes et de préjugés, et sont plus sujet·te·s à la discrimination et aux maltraitances. Quarante-cinq pour cent (45 %) d’entre eux·elles considèrent ainsi que leur opinion est devenue moins importante contre 33 % des aîné·e·s n’appartenant pas à une minorité. Par ailleurs, 31 % des aîné·e·s appartenant à une minorité se sentent souvent seul·e·s contre 22 % des autres personnes sondées.

« Compte tenu des enseignements que nous apporte ce sondage et des témoignages qui nous sont parvenus, il est essentiel qu’une réelle prise de conscience s’opère quant à l’âgisme envers les aîné·e·s. Pour lutter efficacement contre cette catégorisation dangereuse, il faudra que notre regard et nos comportements changent fondamentalement. Pour cette raison, la publication des résultats de notre sondage coïncide avec le lancement d’une nouvelle campagne d’Amnesty International qui connaîtra plusieurs développements au cours des mois à venir, notamment en nous adressant aux autorités régionales et locales », conclut Philippe Hensmans.

Complément d’information

Ce sondage a été réalisé en mai 2021 par l’institut IPSOS à la demande de la section belge francophone d’Amnesty International auprès de 500 personnes âgé·e·s de plus de 55 ans en Wallonie et à Bruxelles (hors maisons de repos et maisons de repos et de soins).

« La publication des résultats de notre sondage coïncide avec le lancement d’une nouvelle campagne d’Amnesty International qui connaîtra plusieurs développements au cours des mois à venir, notamment en nous adressant aux autorités régionales et locales »

Au préalable, une première phase exploratoire basée sur des entretiens approfondis par webcam (ou par téléphone) auprès de 12 personnes de 55 ans ou plus ont permis de déterminer les différents types de discrimination auxquelles les aîné·e·s sont confronté·e·s en Belgique francophone. Ces résultats ont été utilisés pour élaborer le questionnaire de sondage.

Afin d’obtenir des chiffres représentatifs par tranches d’âge (55-64 ans, 65-74 ans et plus de 75 ans), des quotas (de genre, d’âge, d’origine, d’appartenance à une minorité, de classe sociale, de région, de situation familiale et professionnelle, etc.) ont été respectés tant pour la phase exploratoire que pour le sondage afin d’obtenir des chiffres représentatifs pour chacune des catégories.

La marge d’erreur maximale théorique (avec une certitude de 95 %) est de 4,4 % sur l’échantillon total.

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