Communiqué de presse

Viêt-Nam. Des prisonniers d’opinion ont été libérés, mais beaucoup d’autres demeurent détenus

Amnesty International se félicite de la libération anticipée de plusieurs prisonniers d’opinion au Viêt-Nam. Cette nouvelle ne doit pas pour autant occulter le fait qu’au moins 70 autres restent emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions, a déclaré l’organisation ce lundi 14 avril 2014.

Nguyen Tien Trung, Vi Duc Hoi et Cu Huy Ha Vu ont tous les trois été libérés ces jours derniers.

« Nous sommes heureux d’apprendre que ces hommes sont maintenant libres, mais ils n’auraient jamais dû être incarcérés, a dit Rupert Abbott, directeur adjoint du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

« Ces libérations sont un pas dans la bonne direction pour la liberté d’expression, et nous espérons qu’à travers elles le Viêt-Nam s’engage désormais en faveur du respect des droits humains. »

Amnesty International a recueilli des informations sur 75 personnes qui ont été jugées, condamnées et incarcérées pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression. Une délégation de l’organisation a évoqué certains de ces cas lors d’une récente visite au Viêt-Nam.

Ces cas, ainsi que ceux des trois hommes qui viennent d’être libérés, sont le sujet d’un rapport intitulé Des voix réduites au silence. Prisonniers d’opinion au Viêt-Nam. Extraits. Ce document évoque les conditions difficiles auxquelles sont confrontés les prisonniers d’opinion, dont un grand nombre ont été jugés lors de procès inéquitables et soumis à des mauvais traitements et à des situations dégradantes en détention.

Nguyen Tien Trung
La libération la plus récente, survenue samedi 12 avril, est celle de Nguyen Tien Trung qui a passé plus de quatre ans en prison. Ingénieur en informatique âgé de 30 ans, blogueur et militant pour la démocratie, Nguyen Tien Trung avait été condamné en 2010 pour « tentative de renversement du gouvernement du peuple ».

Ce chef d’inculpation avait été prononcé après la création par Nguyen Tien Trung et quelques amis, alors étudiants en France, d’un groupe militant appelé Assemblée des jeunes Vietnamiens pour la démocratie. Ce groupe voulait inciter les jeunes Vietnamiens, dans leur pays et à l’étranger, à appeler à des réformes politiques et à l’instauration de la démocratie.

Lors de son procès, les juges n’avaient délibéré que 15 minutes avant de prononcer le jugement final. Il avait ensuite fallu 45 minutes pour lire le jugement, ce qui laisse supposer qu’il avait été préparé avant l’audience. Nguyen Tien Trung avait été condamné à sept années d’emprisonnement suivies de trois ans de résidence surveillée.

Nguyen Tien Trung aurait fini de purger sa peine en janvier 2017 et sa remise en liberté, le 12 avril, a surpris autant ceux qui menaient campagne en sa faveur que sa famille. Son co-accusé Tran Huynh Duy Thuc, également considéré par Amnesty International comme un prisonnier d’opinion, condamné à une peine de 16 ans, reste emprisonné.

Vi Duc Hoi
Vi Duc Hoi, 56 ans, a été libéré ce vendredi 11 avril, presque un an et demi plus tôt que prévu.

Vi Duc Hoi est écrivain et ancien membre du Parti communiste du Viêt-Nam, au pouvoir. Il avait été exclu du parti en 2007 pour avoir appelé à des réformes démocratiques. Arrêté en 2010, il avait été emprisonné pour une durée de huit ans parce qu’il s’était servi d’Internet pour promouvoir la démocratie. Sa peine avait été ramenée à cinq ans en appel.

Cu Huy Ha Vu
La semaine passée, l’un des opposants les plus connus du Viêt-Nam, l’avocat défenseur des droits humains Cu Huy Ha Vu, également âgé de 56 ans, a été libéré après trois ans d’emprisonnement. Il avait été condamné à sept années. Il s’est immédiatement rendu aux États-Unis, où il a choisi de vivre en exil.

Dinh Dang Dinh
La joie de ces libérations est toutefois endeuillée par la mort d’un autre prisonnier d’opinion, Dinh Dang Dinh, survenue début avril. Ce militant de 50 ans avait été injustement incarcéré en 2011 pour avoir lancé une pétition contre un projet minier. Alors qu’il était en prison il a appris qu’il souffrait d’un cancer de l’estomac. Libéré, il est décédé un mois plus tard.

Amnesty International lance un appel au gouvernement du Viêt-Nam afin qu’il remette en liberté tous ceux qui sont toujours emprisonnés pour avoir élevé leurs voix.

« Les autorités devraient continuer sur leur lancée et libérer immédiatement et sans conditions tous les prisonniers d’opinion qui demeurent incarcérés uniquement parce qu’ils ont exprimé pacifiquement leurs opinions », a ajouté Rupert Abbott.

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