VIÊT-NAM : La vague de répression continue de s’abattre sur les dissidents

Index AI : ASA 41/013/2003

Le nouveau rapport que l’organisation publie ce jour, jeudi 10 avril, illustre l’inquiétude croissante d’Amnesty International concernant la situation des droits humains au Viêt-Nam. Ce document traite de l’affaire d’espionnage impliquant les neveux et une nièce du père Thadeus Nguyen Van Ly, condamné à une peine de quinze années d’emprisonnement en octobre 2001 pour avoir dénoncé publiquement la politique gouvernementale en matière de droits fondamentaux et de liberté religieuse.

« Ces très graves accusations d’espionnage - crime passible de la peine de mort au Viêt-Nam - ont été portées contre les proches du père Ly dans un esprit de vengeance et de punition. Simplement parce qu’ils ont osé divulguer au monde extérieur des informations sur leur oncle emprisonné », a déclaré Amnesty International.

Cette affaire, ainsi que la nouvelle arrestation du docteur Nguyen Dan Que, dissident de longue date et prisonnier d’opinion, s’inscrivent dans une vague de répression persistante, qui vise toutes les formes de dissidence au Viêt-Nam et s’est traduite par la détention et l’emprisonnement de dizaines de détracteurs du gouvernement.

Cependant, le Premier ministre vietnamien, Phan Van Khai, a effectué une démarche inattendue en organisant une rencontre très médiatisée avec Thich Huyen Quang, patriarche de l’Église bouddhique unifiée du Viêt-Nam (EBUV), Église non reconnue. Amnesty International se félicite de cette évolution.

« Le gouvernement vietnamien doit donner suite à cette réunion sans précédent en prenant des mesures concrètes qui permettent de garantir que tous ses citoyens, quelles que soient leurs opinions et leurs croyances, seront autorisés à exercer leurs droits fondamentaux à la liberté de religion et d’expression. Ces droits sont consacrés par la Constitution du Viêt-Nam et les accords internationaux relatifs aux droits humains auxquels ce pays est partie », a précisé l’organisation de défense des droits humains.

En dépit de ces surprenants événements survenus à Hanoï la semaine dernière, Amnesty International croit comprendre que Thich Huyen Quang n’est pas autorisé à retourner dans son temple, situé à Ho Chi Minh-Ville. Il est contraint de regagner de facto une pagode de la province de Quang Ngai, où il vit sous étroite surveillance depuis plus de vingt ans, sans avoir été jugé ni même inculpé.

Le secrétaire général de l’EBUV et successeur désigné de Thich Huyen Quang, Thich Quang Do, est lui aussi actuellement assigné à domicile à Ho Chi Minh-Ville. Selon certaines informations, son assignation à résidence ou « surveillance administrative » doit prendre fin le 1er juin 2003. Amnesty International considère Thich Quang Do comme un prisonnier d’opinion. L’organisation attend sa remise en liberté avec impatience et compte qu’il pourra alors jouir pleinement de ses droits à la liberté de mouvement, d’expression et d’association.

« La libération de Thich Quang Do permettra de déterminer si les autorités vietnamiennes envisagent sérieusement de respecter les droits des dissidents religieux présumés ou si la rencontre entre Phan Van Khai et Thich Huyen Quang se limitait à un geste cynique et dépourvu de sens envers un vieil homme malade et ses disciples », a conclu Amnesty International.

Informations générales

Église bouddhique unifiée du Viêt-Nam (EBUV)

Créée en 1951, l’Église bouddhique unifiée du Viêt-Nam (EBUV) a joué un rôle déterminant dans les années 60 au sein du mouvement opposé à la guerre du Viêt-Nam du Sud. Elle a été interdite par le gouvernement actuel en 1981, mais de nombreux adeptes de cette Église, au Viêt-Nam tout comme à l’étranger, ont continué à suivre les enseignements de ses moines. Les tentatives du gouvernement vietnamien d’exercer un contrôle sur toutes les institutions religieuses du pays n’ont pas dissuadé les disciples de l’EBUV de pratiquer leur religion. Un grand nombre de moines influents ont été ou sont toujours emprisonnés ou placés en résidence surveillée.

Le père Thadeus Nguyen Van Ly

En octobre 2001, le père Thadeus Nguyen Van Ly a été condamné à une peine de quinze ans d’emprisonnement, assortie d’une peine de cinq ans de mise à l’épreuve, au terme d’un procès n’ayant duré qu’une demi-journée. Parmi les chefs d’accusation retenus contre lui figuraient « le non-respect d’une décision administrative d’assignation à résidence » ordonnée par une agence de l’État et « l’atteinte à la politique d’unité » ; et ce au titre de dispositions imprécises de la loi sur la sécurité nationale, qui servent à ériger en crime des protestations pacifiques. Le père Ly a précédemment passé dix années en prison. Il doit de nouveau endurer une lourde peine d’emprisonnement, uniquement pour avoir exprimé, pourtant sans violence, des convictions politiques et religieuses contraires à la ligne du gouvernement vietnamien. Amnesty International le considère comme un prisonnier d’opinion.

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