Yémen, Escalade des attaques menées par la coalition saoudienne

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La coalition menée par l’Arabie saoudite a utilisé une munition à guidage de précision fabriquée aux États-Unis lors de la frappe aérienne, la semaine dernière, contre un centre de détention à Saada, dans le nord-ouest du Yémen. Selon Médecins sans frontières, cette attaque a fait au moins 80 morts et plus de 200 blessés. La bombe à guidage laser en question a été fabriquée par la société de défense américaine Raytheon : c’est une nouvelle pièce du puzzle attestant de l’usage d’armes fabriquées aux États-Unis dans le cadre d’attaques pouvant constituer des crimes de guerre.

La semaine dernière, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a pilonné sans relâche le nord du Yémen à coups de frappes aériennes – y compris la capitale Sanaa – qui ont fait des dizaines de victimes civiles et détruit des infrastructures et des services. L’escalade a fait suite aux frappes houthies le 17 janvier qui visaient une installation pétrolière à Abou Dhabi, et ont tué trois civils.

« Les images horribles qui ont filtré au compte-gouttes du Yémen malgré la coupure d’Internet pendant quatre jours rappellent qui paie le prix fort du lucratif commerce d’armes des États occidentaux vers l’Arabie saoudite et ses alliés de la coalition, a déclaré Lynn Maalouf, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« Les États-Unis et les États fournisseurs d’armes, dont la Belgique (particulièrement la Région wallonne), doivent cesser tout transfert d’armements, d’équipements et d’assistance militaire à toutes les parties impliquées dans le conflit au Yémen. Il incombe à la communauté internationale de fermer les portes à toutes les ventes d’armes qui alimentent les souffrances inutiles infligées aux civils dans le cadre du conflit armé.

« En fournissant sciemment les moyens à la coalition de bafouer à répétition le droit international humanitaire et relatif aux droits humains, les États-Unis, tout comme le Royaume-Uni et la France, partagent la responsabilité de ces violations. »

Les experts en armements d’Amnesty International ont analysé les photos de fragments de l’arme utilisée lors de l’attaque contre le centre de détention et ont identifié la bombe comme étant une GBU-12, une bombe à guidage laser de 225 kilos fabriquée par Raytheon.

Depuis mars 2015, les chercheurs d’Amnesty International ont enquêté sur des dizaines de frappes aériennes et ont retrouvé [1] plusieurs fois des fragments de munitions, qu’ils ont identifiés comme étant de fabrication américaine. Amnesty International avait déjà identifié le 21 janvier l’utilisation des mêmes bombes Raytheon de fabrication américaine lors de la frappe aérienne menée par la coalition saoudienne le 28 juin 2019 contre une habitation dans le gouvernorat de Taizz, au Yémen, qui a tué six civils, dont trois enfants.

En septembre 2021, la Chambre américaine des représentants a adopté [2] une disposition [3] dans son projet de loi annuel sur la défense, mettant fin au soutien apporté par les États-Unis aux opérations offensives et aux frappes aériennes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen, mais celle-ci a été supprimée du texte final [4] promulgué par la suite.

Le président américain Joe Biden a abandonné les promesses faites après son arrivée au pouvoir début 2021 de mettre fin au soutien des États-Unis aux opérations offensives au Yémen, notamment aux ventes d’armes, et de « placer les droits humains au centre de la politique étrangère » [5] et de veiller à ce que ceux qui piétinent les droits humains aient à rendre des comptes [6]. Il est évident que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont des exceptions. Depuis novembre 2021, le gouvernement de Joseph Biden a approuvé les ventes de missiles, d’avions et d’un système de défense antimissile à l’Arabie saoudite, et attribué des contrats à des firmes américaines, notamment un contrat de 25 millions d’euros pour la maintenance de l’aviation saoudienne par les États-Unis mi-janvier.

Parmi ces contrats, citons la vente approuvée de 580 millions d’euros de missiles à l’Arabie saoudite, également de Raytheon, pour laquelle le Congrès a donné son feu vert, en dépit des motions visant à la bloquer [7]. En décembre, le gouvernement a déclaré [8] qu’il « reste attaché » au projet de vente de 20 milliards d’euros d’avions F-35, de drones MQ-9B [9] et de munitions aux Émirats arabes unis – en dépit [10] de vives préoccupations en matière de droits humains [11]. Armer la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ne permet pas aux États-Unis de s’acquitter de leurs obligations découlant du droit international, et bafoue le droit américain. En effet, la loi sur l’assistance étrangère (Foreign Assistance Act) [12] et les lois Leahy [13] interdisent les ventes d’armes et l’aide militaire américaines aux auteurs de violations [14] flagrantes des droits humains [15].

Le 20 janvier, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a lancé des frappes aériennes contre la ville portuaire de Hodeïda, tuant au moins trois enfants, selon Save the Children. Les frappes aériennes ont également ciblé un bâtiment des télécommunications à Hodeïda, provoquant une coupure d’Internet au niveau national. Le Yémen est resté quatre jours sans accès à Internet, empêchant les amis et les familles de communiquer et restreignant la possibilité de consulter ou de partager des informations sur la situation.

Aux termes du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit sont clairement tenues de protéger la vie des civils pris au piège des hostilités, y compris les détenus. Cibler délibérément des biens à caractère civil et infliger des destructions massives et injustifiées constitue des crimes de guerre.

La coalition a nié avoir pris pour cible le centre de détention à Saada touché lors de la frappe aérienne du 21 janvier. Les Nations unies ont qualifié cette attaque de « plus grave incident impliquant des victimes civiles au cours des trois dernières années au Yémen ».

Complément d’information

Le bilan du conflit au Yémen est très lourd en termes de victimes civiles. La population yéménite est victime des pratiques illégales des groupes armés étatiques et non étatiques, tandis que toutes les parties au conflit se livrent à travers le pays à des violations des droits humains et du droit international humanitaire, notamment des crimes de guerre.

La dernière flambée de violence a fait suite aux frappes houthies contre Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, le 17 janvier. Le 23 janvier, un missile a frappé le sud de l’Arabie saoudite, et aurait blesse deux civils.

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