Communiqué de presse

Yémen. La mort de 15 civils dans un raid aérien souligne un manque grave d’obligation de rendre des comptes

Jeudi 12 décembre 2013, au Yémen, 15 hommes ont été tués dans une attaque aérienne alors qu’ils se rendaient à un mariage. La confusion quant à la responsabilité de l’attaque illustre la gravité du manque d’obligation de rendre des comptes qui règne dans ce pays alors que des centaines de civils y ont été tuées, a déclaré Amnesty International.

D’après des représentants locaux des forces de sécurité, qui n’ont pas identifié le type d’avion utilisé dans le raid, le convoi nuptial a été pris à tort pour une opération d’Al Qaïda. Les médias locaux et des responsables tribaux ont rapporté il s’agissait d’un drone, ce qui, si cela se confirme, laisserait supposer une implication des États-Unis.

« Même s’il s’avère que ce massacre a été dû à une erreur d’identification ou à une défaillance du système de renseignement, quiconque en est responsable doit admettre son erreur et dire la vérité sur ce qui s’est passé, a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Lorsque des civils sont tués au Yémen, le manque consternant de transparence fait que les victimes et leurs familles n’ont aucun moyen véritable d’accéder à la justice ou à des réparations. Il faut désormais une réelle obligation de rendre des comptes pour ces tueries.  »

D’après des sources locales, au moins 15 hommes ont été tués et plusieurs autres blessés jeudi 12 décembre lorsque trois missiles ont frappé un convoi de voitures à Rada, dans le gouvernorat d’Al Bayda, à quelque 170 kilomètres au sud-est de la capitale, Sanaa. Trois des corps, déchiquetés, n’ont pas pu être identifiés.

Les 15 hommes étaient âgés de 20 à 70 ans. Les deux chefs tribaux les plus importants de la région figurent parmi les blessés.

Une série de tueries de civils

La frappe aérienne du 12 décembre à Rada est la plus récente d’une série d’événements dans lesquels des civils yéménites ont été tués sans que les responsabilités aient été établies.

Le même jour, à Taizz, une ville située à environ 140 kilomètres de Rada, les médias locaux ont fait état d’une fusillade qui a éclaté autour d’un autre convoi de mariage à un poste de contrôle militaire. Un enfant de cinq ans a été tué et quatre adultes, trois femmes et un homme, ont été blessés.

Depuis septembre, lors de deux frappes aériennes séparées, des missiles apparemment tirés par des drones américains auraient tué 11 personnes à Rada – dont une famille de trois personnes – et au moins trois hommes qui circulaient à bord d’une voiture à Hadramaout, dans l’est du Yémen, et dont les noms n’ont pas été dévoilés. Les autorités des États-Unis ont allégué que ces trois hommes étaient des membres d’Al Qaïda.

Malgré les appels répétés d’Amnesty International, les autorités américaines n’ont ni confirmé ni nié leur rôle dans une frappe de missiles qui a eu lieu en décembre 2009 à al Maajala, dans le gouvernorat septentrional d’Abyan, et au cours de laquelle 55 personnes, dont 14 femmes et 21 enfants, ont été tuées par des bombes à sous-munitions.

Amnesty International et d’autres organisations internationales de défense des droits humains ont dénoncé le secret qui entoure les frappes mortelles américaines au Yémen et ailleurs. Dans un rapport sur les attaques de drones américains dont le lancement a eu lieu en octobre au Pakistan, l’organisation témoignait de la peur constante des drones dans laquelle vivent les civils. Personne n’a eu à rendre compte pour les morts de civils, même celles qui ont été provoquées par des frappes de drones et qui pourraient constituer des crimes de guerre.

Autres bains de sang

Des violences ont eu lieu dans pratiquement chaque coin du Yémen ces dernières semaines.

Al Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) a revendiqué la responsabilité d’une attaque sur le ministère de la Défense à Sanaa, le 5 décembre. Cette attaque a tué au moins 56 personnes, dont des civils, et en a blessé plus de 200.

Des combats entre groupes armés ont fait rage autour de la ville de Dammaj, dans le nord. De ce fait, la population locale a éprouvé des difficultés pour s’approvisionner en nourriture, eau et carburant, entre autres produits de première nécessité. Dans le sud et l’est du pays, des membres présumés d’AQPA ont assassiné des militaires et des agents des forces de sécurité. Ils ont également enlevé des étrangers.

Le 2 décembre, Saad Ahmad bin Hebrish al Aleyi, un dirigeant tribal bien connu de Hadramaout, dans l’est du Yémen, ainsi que deux de ses gardes du corps et plusieurs agents des forces sécurité ont été tués dans une fusillade à un poste de contrôle. Cette tuerie a donné lieu à des mouvements de protestation de grande ampleur, les manifestants demandant à l’armée et aux forces de sécurité de se retirer de la région.

Moins d’une semaine plus tard, Yaseen Numan, ancienne figure de proue de l’opposition et actuellement conseiller du président du Yémen, a échappé à une tentative d’assassinat à Sanaa.

« Indépendamment des responsabilités, la confiance du public dans les institutions du pays a été sérieusement érodée en raison du peu de transparence et de l’absence d’enquêtes indépendantes et impartiales sur les tueries et autres atteintes aux droits humains, a ajouté Philip Luther.

« Cela consolide l’impunité et alimente un cycle de violences et d’exactions. »

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