Zambie, Amnesty demande au président de tenir ses engagements envers les droits humains

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La secrétaire générale d’Amnesty International réclame la mise en œuvre de l’obligation de rendre des comptes pour les homicides illégaux, les violences policières et demande que soit mis fin au recours à la torture et à la peine de mort. Le président Hakainde Hichilema doit agir rapidement en vue d’honorer sa promesse concernant les droits humains pendant son mandat, notamment en abrogeant les lois répressives telles que la Loi relative à l’ordre public, utilisée par les gouvernements successifs pour brider les droits fondamentaux, a déclaré Agnès Callamard, le 21 mars 2022, au terme de sa visite dans le pays.

Agnès Callamard a rencontré le président Hakainde Hichilema à la State House à Lusaka la semaine dernière dans le cadre de sa mission de haut niveau dans trois nations d’Afrique, après s’être rendue au Kenya et avant de poursuivre son périple vers l’Afrique du Sud, où elle présentera le 28 mars le rapport d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde.

« Sous la présidence précédente, nous avons constaté une nette détérioration de la situation des droits humains en Zambie, les autorités s’appuyant principalement sur des méthodes vagues et générales pour museler les voix indépendantes et critiques, a déclaré Agnès Callamard.

« Le président Hakainde Hichilema doit faire preuve de leadership et tenir ses promesses en matière de droits humains en inversant la vague de répression et de violations des droits humains qu’Amnesty International et d’autres constatent depuis plusieurs années. Il faut commencer par appliquer les obligations de la Zambie en termes de droits humains, garantir le respect des droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association, et prendre des mesures décisives et effectives en vue de mettre un terme aux atteintes aux droits humains et à l’impunité dont jouit la police pour les violations passées. »

Abroger les lois répressives utilisées pour réprimer les droits humains

Les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique sont de plus en plus menacés en Zambie, en particulier depuis les cinq dernières années. Des leaders et des militant·e·s de l’opposition ont été incarcérés pour avoir exercé leurs droits à la liberté de réunion pacifique et d’association.

La police a régulièrement invoqué des dispositions vagues et très générales de la Loi relative à l’ordre public et du Code pénal pour brider les droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association, notamment les manifestations contre les allégations de corruption du gouvernement et les attaques contre l’état de droit.
Sous le régime de l’ancien président Edgar Lungu, les autorités se sont servies de la législation comme d’une arme pour criminaliser la dissidence pacifique, inculper les détracteurs de tout un éventail d’infractions, dont la diffamation, l’incitation au désordre public et la sédition.

« Les autorités se sont servies de la législation comme d’une arme pour criminaliser la dissidence pacifique »

Ainsi, le 9 mars 2020, des policiers ont arrêté un adolescent de 15 ans à Kapiri Mposhi. Il a été inculpé de trois chefs d’accusation de diffamation passible de poursuites pénales pour avoir, selon les autorités, critiqué le président Edgar Lungu sur Facebook.

Il faut abroger les lois répressives, notamment la Loi relative à l’ordre public et la Loi relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité, utilisées pour réprimer les droits humains, notamment la liberté de réunion pacifique, d’association et d’expression.

« Il n’y a pas de temps à perdre. Le président Hakainde Hichilema doit agir rapidement et faire en sorte que le nouveau pouvoir endigue la dérive des droits humains à laquelle nous assistons depuis 10 ans, a déclaré Agnès Callamard.

« Il doit présenter une feuille de route claire afin de traiter les violations des droits humains commises par le passé et d’offrir un nouveau départ. »

Obligation de rendre des comptes pour les homicides illégaux et les violences policières

Au moins cinq personnes ont été tuées par la police depuis 2016 lors de rassemblements ou manifestations pacifiques. La police a régulièrement fait usage d’une force excessive pour disperser les rassemblements pacifiques. Le 22 décembre 2020, des policiers ont abattu deux personnes non armées lors d’un rassemblement de sympathisants de l’opposition. Plusieurs personnes s’étaient en effet réunies pour témoigner leur solidarité au président Hakainde Hichilema – à l’époque chef du principal parti d’opposition, le Parti uni pour le développement national (UPND) – qui avait été convoqué pour interrogatoire au siège de la police à Lusaka. Le procureur Nsama Nsama, qui ne participait pas à ce rassemblement, a été tué par balle alors qu’il achetait son repas dans un restaurant à proximité, tandis que Joseph Kaunda, partisan de l’UPND, a été abattu par des policiers lorsqu’ils ont dispersé la foule.

En octobre 2018, Vesper Shimuzhila, étudiante à l’Université de Zambie, est morte après que la police a lancé une grenade lacrymogène dans sa chambre alors qu’elle dispersait violemment une manifestation étudiante.
Le gouvernement doit mener dans les meilleurs délais des investigations approfondies, impartiales, indépendantes, efficaces et transparentes sur tous les cas d’homicides illégaux, y compris imputables aux forces de sécurité. Les auteurs présumés doivent être traduits en justice dans le cadre de procès équitables. Les victimes doivent avoir accès à la justice et disposer de recours utiles.

En outre, les autorités doivent abolir la peine de mort, qui constitue une violation du droit à la vie, et faire en sorte que la police cesse de recourir à la torture.

Droits économiques et sociaux

Par ailleurs, le président Hakainde Hichilema doit prendre des mesures solides en vue d’inscrire les droits économiques et sociaux en tête de son ordre du jour, notamment la lutte contre les inégalités, la pauvreté et le chômage. Il doit aussi consolider les systèmes de santé en vue d’aider le pays à se remettre de l’épidémie de COVID-19.

Amnesty International salue l’abolition des frais de scolarité dans les établissements publics à partir de début 2022, ce qui contribuera à garantir qu’aucun enfant ne soit exclu de l’enseignement par manque d’argent.
« S’attaquer à l’impunité de la police pour les atteintes aux droits humains commises par le passé, mais aussi aux inégalités et à la pauvreté actuelles, sont des mesures cruciales que le gouvernement doit prendre afin de reconstruire le pays et d’offrir un avenir plus juste et équitable, a déclaré Agnès Callamard.

« Hakainde Hichilema vient de commencer à écrire son propre chapitre en tant que président de Zambie. Le monde a les yeux tournés vers lui. Il sera jugé, en particulier, sur sa capacité à tenir sa promesse en matière de droits humains. »

Complément d’information

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, effectue une mission de haut niveau, dans trois pays : elle se rendra au Kenya, en Zambie et en Afrique du Sud pour dialoguer avec des leaders gouvernementaux, des partenaires, des membres de la société civile et autres parties prenantes, en vue de renforcer la culture des droits humains.

Elle a débuté sa mission au Kenya le 8 mars et terminera son voyage en Afrique du Sud, où elle présentera, le 28 mars, le rapport d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde en 2021 et 2022. Les journalistes qui souhaitent couvrir l’événement, à distance ou à Johannesburg, peuvent contacter le service de presse d’Amnesty International.

Lors de son investiture le 24 août, le président Hakainde Hichilema a promis de construire une Zambie où « les droits fondamentaux seront protégés ».

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