Communiqué de presse

Zimbabwe. Des centaines de personnes vont se retrouver sans abri

Les autorités zimbabwéennes ont détruit au bulldozer les habitations de centaines de personnes parmi les plus pauvres du pays lors d’une vague d’expulsions forcées qui constitue une violation manifeste de la Constitution du Zimbabwe, ainsi que des obligations internationales et régionales de cet État en matière de droits humains, a déclaré Amnesty International jeudi 2 octobre 2014.

L’organisation a suivi la destruction, par des bulldozers et en présence de policiers, de « quartiers illégaux » des villes d’Epworth et de Chitungwiza, situées à proximité de la capitale Harare.

« À cause de ces expulsions, des milliers de personnes vont se retrouver dans une situation extrêmement difficile, en particulier à la veille de la saison des pluies », a déclaré Simeon Mawanza, spécialiste de l’Afrique australe à Amnesty International.

« Plutôt que de contraindre des personnes à abandonner leurs habitations et de les laisser sans abri, les autorités devraient respecter la loi et les droits de ces personnes en leur offrant des solutions de remplacement. Tout le monde a droit à un logement convenable et à être protégé des expulsions forcées, où qu’il vive.  »

Vendredi 26 septembre, des habitants d’Epworth ont été réveillés par le bruit de bulldozers et n’ont eu que peu de temps pour sauver leurs biens. Ils n’ont pas reçu de préavis suffisant et n’ont aucunement été consultés. De plus, les autorités n’ont pas veillé à ce qu’aucune des mesures qu’ils ont prises ne prive quiconque de logement. Ces trois conditions pourtant sont inscrites dans le droit international relatif aux droits humains.

La municipalité d’Epworth, aidée de la police nationale, a démoli des habitations dont la construction était jugée illégale. Au cours de ce processus, une dizaine de personnes ont été arrêtées et incarcérées au poste de police de Domboramwari. Elles ont été libérées et placées sous la responsabilité de leurs avocats dimanche 28 septembre.

Une femme, Tarisai Marikopo, aurait été agressée par des policiers alors qu’elle tentait de dénoncer l’agression et l’arrestation de son fils de 17 ans. Grièvement blessée à l’œil droit, elle n’a bénéficié de soins que le samedi 27 septembre, à la suite de l’intervention des Avocats du Zimbabwe pour les droits humains.

Dans la nuit du 29 septembre, la police a effectué une nouvelle descente à Epworth, a répandu du gaz lacrymogène et a arrêté 23 habitants chez eux. Toutes ces personnes ont été remises en liberté sans inculpation lundi 29 septembre. Au moins 12 personnes ont été soignées pour des blessures infligées par la police à coups de matraque. Aux termes du droit international, si les autorités ont recours à la force lors d’une expulsion, elles doivent le faire de manière raisonnable et proportionnée, en respectant le droit des personnes à la sécurité.

Des expulsions ont aussi eu lieu à Chitungwiza, où les autorités locales ont démoli des dizaines de logements en l’absence de toute décision de justice. Elles ont avancé que les structures concernées avaient été construites illégalement. Pourtant, même si cela était avéré, leur action n’en demeurerait pas moins une violation de la Constitution du Zimbabwe comme des engagements internationaux de ce pays en matière de droits humains. Les expulsions de Chitungwiza allaient à l’encontre d’une décision de justice rendue par un tribunal de police et correctionnel en avril, qui interdisait aux autorités d’expulser les personnes concernées.

À Harare, les autorités ont aussi détruit des structures commerciales informelles en septembre 2014 et le conseil municipal de Marondera a menacé de procéder à des démolitions du même type.

En 2005, le gouvernement zimbabwéen a expulsé de force quelque 700 000 personnes dans le cadre de ce que l’on a appelé l’opération Murambatsvina.

« Les récentes expulsions rappellent les horreurs de l’opération Murambatsvina. Le gouvernement n’a pas compris que les expulsions forcées enfonçaient les pauvres encore plus profondément dans la pauvreté. Il faut empêcher toute nouvelle expulsion et accorder une réparation adéquate aux victimes. Dans le même temps, il faut diligenter une enquête approfondie sur les actions policières et amener les responsables présumés de ces agissements à rendre des comptes  », a déclaré Simeon Mawanza.

L’article 74 de la Constitution zimbabwéenne dispose que : « Personne ne doit être expulsé de son domicile ni voir son logement démoli en l’absence d’une décision de justice prise en fonction de toutes les circonstances pertinentes. »

Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels [ONU], auquel le Zimbabwe est partie, interdit les expulsions forcées. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples – mécanisme instauré par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiée par le Zimbabwe – a également condamné les expulsions forcées.

Le conseil municipal de Harare a menacé de procéder à des expulsions à Glen Norah, une banlieue de la capitale. Jeudi 25 septembre, il a remis à 324 « résidents illégaux » des avis d’expulsion dans un délai de 48 heures, ce qui est totalement insuffisant. Selon le conseil, certains des terrains sont destinés à devenir un espace public de plein air et de loisir et les autres seraient « marécageux ».

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