ZIMBABWE : La nourriture ne doit pas être utilisée comme instrument politique

Index AI : AFR 46/014/2004
ÉFAI

Vendredi 14 mai 2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a exprimé ce vendredi 14 mai ses graves préoccupations
face à la volonté du gouvernement zimbabwéen de mettre fin à la distribution
d’aide alimentaire internationale, malgré des évaluations indépendantes
estimant que des millions de Zimbabwéens auront besoin de cette aide au
cours des douze mois à venir.

« Si ces estimations indépendantes sont exactes, il existe un risque que la
nourriture soit utilisée à des fins politiques, et que l’aide alimentaire
aille d’abord et uniquement aux partisans du parti au pouvoir », a déclaré
Amnesty International.

Le gouvernement a déclaré aux bailleurs de fonds internationaux qu’il n’aura
pas besoin d’aide alimentaire cette année. Le 7 mai, le gouvernement a
empêché une mission d’évaluation de la nourriture et des récoltes des
Nations unies d’estimer la récolte actuelle. Par la suite, le ministre de
l’Agriculture aurait déclaré dans le journal Herald, contrôlé par l’État,
que le Zimbabwe avait produit plus de céréales qu’il ne lui en fallait pour
cette année.

Cependant, des projections effectuées précédemment indiquent toutes que la
récolte de 2004 ne suffira pas aux besoins de 2004-2005. Ces estimations
proviennent d’observateurs de la sécurité alimentaire, des Nations unies,
ainsi que d’une étude menée en mars dernier par des consultants indépendants
pour la fondation Friedrich Ebert, située en Allemagne.

Amnesty International s’est rendue au Zimbabwe en février 2004, période à
laquelle de nombreuses sources du secteur agricole confirmaient que la
production alimentaire serait insuffisante pour couvrir les besoins de
2004-2005.

Ces carences affecteront les villes comme les campagnes. Actuellement, avec
un chômage d’environ 70 p. cent et une inflation frisant les 600 p. cent, de
nombreux Zimbabwéens éprouvent des difficultés croissantes à trouver de la
nourriture en quantité suffisante sur le marché.

Amnesty International s’inquiète à l’idée que les mesures actuelles du
gouvernement constituent une tentative pour contrôler les réserves
alimentaires, en prévision des élections parlementaires prévues pour mars
2005.

Si les véritables chiffres des récoltes pour 2004 sont aussi bas que de
nombreuses sources fiables le pensent, en l’absence d’aide alimentaire
internationale, une partie importante de la population zimbabwéenne pourrait
devenir dépendante, plus tard dans l’année 2004 et en 2005, des céréales
contrôlées par le Grain Marketing Board (GMB), un organisme d’État.

« Ces deux dernières années, de nombreuses informations ont fait état de la
manipulation politique de la nourriture, en particulier des céréales du GMB,
par des responsables et des partisans de l’Union nationale africaine du
Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), le parti au pouvoir. Le ZANU-PF s’est
servi à plusieurs reprises de la nourriture comme instrument électoral. Dans
ce contexte de manipulation de la nourriture à des fins politiques, les
mesures actuelles du gouvernement sont très préoccupantes », a déclaré
Amnesty International.

Les réserves du GMB ne sont pas précisées, car il n’existe aucune évaluation
indépendante de ses stocks. Cependant, ceux-ci ont peu de chances de combler
le manque de 500 à 800 000 tonnes prévu par les observateurs indépendants
pour l’année prochaine.

Amnesty International rappelle au gouvernement zimbabwéen qu’en tant que
partie au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et
culturels (PIDESC), il a l’obligation de respecter le droit de tous les
Zimbabwéens à se nourrir. Le comité des Nations unies pour l’évaluation de
la mise en œuvre de la Convention a déclaré que les gouvernements doivent
utiliser toutes les ressources à leur disposition, y compris celles de
l’aide internationale. La discrimination dans l’accès à la nourriture pour
quelque raison que ce soit, notamment l’affiliation politique, constitue une
violation du Pacte. Le comité a également déclaré que la nourriture ne doit
pas servir d’instrument politique.

Amnesty International rappelle en outre au gouvernement du Zimbabwe que tous
les droits humains sont indivisibles et liés entre eux. Des violations du
droit à la nourriture peuvent remettre en cause de nombreux autres droits,
notamment le droit à la vie même.

Amnesty International demande aux autorités zimbabwéennes de respecter le
droit de tous les Zimbabwéens à la nourriture, et de permettre immédiatement
aux Nations unies de mener une mission d’évaluation des récoltes, pour
répondre correctement à tous les besoins éventuels d’aide alimentaire.
Amnesty International demande aussi au gouvernement du Zimbabwe de prendre
des mesures immédiates pour assurer la transparence des opérations du GMB,
et son ouverture à des observateurs indépendants.

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