Zimbabwe : La violence est telle qu’une crise se profile ; des jeunes gens sont recrutés de force

Amnesty International s’est inquiétée ce jeudi 15 mai de ce que la violence atteignait un niveau tel au Zimbabwe qu’une crise était à craindre, et elle a révélé que les « vétérans » recrutaient de force des jeunes gens pour qu’ils attaquent les personnes soupçonnées de soutenir le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), principale formation de l’opposition.

«  Ceux qui refusent de se livrer à ces actes violents sont agressés par les « vétérans » qui les accusent d’être des sympathisants du MDC, a déclaré Simeon Mawanza, responsable des recherches sur le Zimbabwe à Amnesty International.

Des témoins ont dit à Amnesty International que de nombreux sympathisants de la ZANU-PF et des « vétérans » avaient attaqué les personnes soupçonnées de soutenir le MDC dans les districts de Mberengwa (province du Midlands) et de Mazowe (province du Mashonaland-Centre).

Dans le district de Mberengwa, un groupe de sympathisants de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), composé pour la plupart de jeunes recrutés de force par des «  vétérans », attaquent les maisons des personnes soupçonnées d’avoir voté pour le MDC aux élections du 29 mars. Un groupe du même type a été signalé par un témoin dans la région de Chiweshe, dans le district de Mazowe.

La police semble réticente à mettre fin à la violence, se contentant d’arrêter les sympathisants du MDC soupçonnés d’attaques contre des militants présumés de la ZANU-PF.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par la sécurité des personnes qui vivent dans les campagnes isolées, où la violence fait rage loin des caméras, a indiqué Simeon Mawanza. Les victimes de ces violences vivent un calvaire. Les organisations humanitaires et les organisations non gouvernementales (ONG) locales sont prises pour cibles lorsqu’elles veulent venir en aide à ces personnes, qui se retrouvent privées de toute aide médicale. »

Les victimes d’agressions dans les zones rurales doivent parcourir de très longues distances à pied pour échapper à la violence et cherchent de plus en plus à se réfugier dans les villes.

Certaines écoles de campagne ont dû fermer parce que les enseignants soupçonnés de sympathies pour le MDC avaient fui cette violence cautionnée par l’État.

Amnesty International est préoccupée par la sécurité de Tonderai Ndira, sympathisant du MDC qui aurait été enlevé à son domicile à Mabvuku, banlieue populaire de Harare, le 14 mai à l’aube. Des informations indiquent que neuf hommes armés en civil l’auraient agressé et l’auraient emmené, nu, dans une camionnette Toyota blanche. On ne l’a pas revu depuis.

Tonderai Ndira faisait partie des 32 membres du MDC torturés en détention par des agents de l’État en 2007. Il avait été détenu pendant plus de deux mois à la prison centrale d’Harare avant que les charges prononcées contre lui ne soient finalement abandonnées.

Amnesty International a également reçu des informations selon lesquelles Sinoia Pfebve, âgé de 79 ans, et son épouse Serena Pfebve, âgée de 76 ans, auraient été enlevés le 13 mai par des personnes soupçonnées d’être des « vétérans », dans le district de Mt. Darwin (province du Mashonaland-Centre). Ils auraient été emmenés dans l’école primaire de Nyakatondo où les ravisseurs ont leur base. La famille Pfebve a des liens politiques avec le MDC : le fils du couple s’est présenté comme candidat du MDC aux élections législatives de 2000 et lors d’une élection partielle en 2001.

Depuis les élections, 22 personnes ont été tuées dans les violences et 900 autres ont été blessées. Plusieurs centaines d’entre elles ont dû être hospitalisées. Des centaines de familles ont dû fuir leur habitation incendiée par des groupes de « vétérans » et de jeunes de la ZANU-PF.

Le Réseau de soutien aux élections au Zimbabwe (ZESN) a signalé que ses observateurs avaient été attaqués à Mt. Darwin, dans la province du Mashonaland-Centre. Leur domicile a été saccagé et pillé. Six d’entre eux, grièvement blessés, ont dû être hospitalisés. Plusieurs familles ont dû chercher refuge dans les collines et les forêts avoisinantes.

Amnesty International a demandé ce jeudi 15 mai au gouvernement du Zimbabwe de :

• dénoncer publiquement tous les actes de violence des sympathisants de la ZANU-PF, des « vétérans » et des soldats, ainsi que les violences commises par tout autre parti, et de collaborer avec les autres partis politiques pour mettre fin immédiatement au climat de violence politique ;

• veiller à ce que la police arrête tous les auteurs présumés d’atteintes aux droits humains, ainsi que les personnes à l’origine de ces violences, tout en faisant le nécessaire pour que les policiers agissent de manière non partisane dans l’exercice de leurs fonctions ;

• veiller à ce que l’accès à l’aide humanitaire, y compris l’assistance médicale, les abris et les denrées alimentaires, ne soit pas restreint ;

• inviter immédiatement les observateurs internationaux spécialisés dans les droits humains à enquêter sur les violations commises actuellement ;

• mettre en place dans les meilleurs délais un organe indépendant et impartial chargé d’enquêter sur tous les actes de violence politique. Les résultats de ces enquêtes devront être rendus publics ; les personnes soupçonnées d’être coupables de violations des droits humains devront être jugées dans le cadre d’une procédure conforme aux normes internationales d’équité, et les victimes devront être indemnisées en conformité avec les normes internationales en vigueur.

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