ZIMBABWE : La violence politique s’intensifie à l’approche des élections municipales de septembre

Index AI : AFR 46/039/02

À l’approche des élections municipales de septembre, Amnesty International est vivement préoccupée à l’idée que des milices soutenues par le gouvernement et l’État pourraient pratiquer de nouveau une politique de violence envers les opposants, bafouant ainsi la neutralité de la police.

Les 28 et 29 juillet, sept membres du Movement for Democratic Change (MDC, Mouvement pour le changement démocratique) ont été arrêtés, apparemment pour avoir mis le feu à trois tracteurs dans un complexe du gouvernement, dans le district de Chipinge-Nord. Les sept accusés, dont Prosper Mutseyami, vice-président du MDC pour la province du Manicaland, et Michael Shane Kidd, candidat du MDC pour Chimanimani, ont été maintenus en garde à vue jusqu’au 5 août avant de bénéficier d’une mise en liberté sous caution – estimée à 20 000 dollars du Zimbabwe par personne, soit 390 euros environ. Au cours de leur détention, des hauts fonctionnaires de la police les auraient menacés verbalement et soumis à des manœuvres d’intimidation psychologique. En prononçant leur libération sous caution, le juge T. Khumalo a déclaré qu’il n’y avait aucun lien entre les sept accusés et l’incendie des tracteurs. Au cours des deux dernières années, Prosper Mutseyami et Michael Shane Kidd ont été à plusieurs reprises arrêtés et harcelés par la police et des sympathisants du parti au pouvoir, le Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (ZANU-PF, Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique), souvent organisés en milices soutenues par l’État.

Le climat de répression qui pèse de plus en plus sur la préparation du scrutin à Chimanimani a déjà été égalé lors de la récente élection pour la fonction de maire à Kadoma, dans la province du Mashonaland-Ouest : dans la nuit du 27 au 28 juillet, des personnes soupçonnées d’être des militants de la ZANU-PF ont lancé des bombes incendiaires sur la maison de Daniel Mugomba, candidat initial du MDC. Selon certaines informations, la période pré-électorale a été marquée par l’intimidation et l’arrestation arbitraire de responsables du MDC ; en outre, des centaines d’électeurs ont été acheminés en car jusqu’à Kadoma. Le candidat de la ZANU-PF a été déclaré vainqueur de l’élection, mais le Zimbabwe Electoral Supervisory Network (ZESN, Réseau de soutien aux élections au Zimbabwe) a signalé que de graves épisodes de violence et d’intimidation avaient eu lieu avant le jour du scrutin.

Par ailleurs, Amnesty International s’inquiète de l’état de santé de Fletcher Dulini-Ncube, député MDC de la circonscription de Lobengula/Magwegwe à Bulawayo, arrêté le 3 août 2002. Il avait été arrêté et inculpé une première fois le 15 novembre 2001, en relation avec l’enlèvement et le meurtre de Cain Nkala et Limukani Luphahla, membres de la ZANU-PF retrouvés morts les 12 et 17 novembre de la même année. Dulini-Ncube avait été libéré sous caution à la fin du mois de décembre. Avant sa nouvelle arrestation le 3 août 2002, qui avait apparemment pour motif que sa libération conditionnelle était arrivée à terme et qu’il devait de nouveau être inculpé cette semaine, il était en train de se rétablir après l’ablation de l’œil gauche et s’apprêtait à retourner à la clinique pour y recevoir des soins complémentaires. Le député est diabétique et souffre d’hypertension, mais la police l’a maintenu en garde à vue sans surveillance médicale ni nourriture pendant toute une journée. Son médecin ayant fourni un certificat médical attestant que les conditions dans lesquelles Fletcher Dulini-Ncube était détenu mettaient sa vie en danger, les responsables de la police ont accepté de le renvoyer à l’hôpital, en le plaçant sous surveillance policière.

Peu après l’annonce faite par la Haute Cour de son arrêt visant à l’inculpation de Dulini-Ncube, le 8 août, des agents de l’administration pénitentiaire se sont rendus à l’hôpital. Ils ont remplacé les vêtements du député par un uniforme de prisonnier et lui ont mis des entraves aux jambes. L’article 33 de l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus interdit l’utilisation d’entraves dans des cas comme celui-ci. Amnesty International déplore que le traitement de Dulini-Ncube ne respecte pas les obligations internationales auxquelles le Zimbabwe est tenu en vertu de l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de l’article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui disposent que toute personne a le droit d’être présumée innocente et traitée comme telle tant que sa culpabilité n’a pas été établie dans le respect de la loi, au cours d’une procédure qui respecte un minimum de principes d’équité.

Tout en étant inculpé d’infractions pénales, Fletcher Dulini-Ncube conserve le droit de jouir des libertés fondamentales et de tous les droits inhérents à l’être humain, y compris le droit d’être présumé innocent tant qu’il n’a pas été jugé par une juridiction compétente et le droit d’être traité avec humanité. Selon Amnesty International, les poursuites dont il fait actuellement l’objet, ainsi que sa nouvelle arrestation, sa détention et le refus de soins médicaux, sont uniquement motivés par ses opinions politiques et son affiliation au MDC. Le traitement dont il fait l’objet s’inscrit dans le cadre de la politique gouvernementale qui consiste à trahir la neutralité de la police et à réprimer l’opposition politique.

« La situation des droits humains au Zimbabwe ne pourra s’améliorer que si l’on brise le lien entre débat politique et usage de la violence », a souligné Amnesty International, avant d’ajouter : « Plutôt que de combattre l’opposition politique pacifique, le gouvernement du Zimbabwe ferait mieux de respecter les normes internationales relatives aux droits humains qui protègent les droits à la liberté d’expression et d’association.

« Les autorités du Zimbabwe doivent faire en sorte que les élections locales de septembre puissent se dérouler dans un climat exempt de harcèlement et de violence, et que les forces de police remplissent leur devoir avec professionnalisme et de manière politiquement neutre », a conclu l’organisation.

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