Communiqué de presse

Zimbabwe. Mainmise sur les radios en vue de bâillonner la liberté d’expression

La mainmise durable du gouvernement zimbabwéen sur les radios communautaires et son refus de délivrer des licences, excepté aux opérateurs commerciaux entretenant des liens avec des entreprises d’État ou le gouvernement, sont un stratagème visant à bâillonner la liberté d’expression, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport publié mercredi 20 mai 2015.

Intitulé [‘Beyond Tokenism : The need to license community radio stations in Zimbabwe’-> http://www.amnesty.be/doc/IMG/pdf/final_zimbabweradio_report_pdf.pdf ], ce rapport présente en détail la répression que subissent ceux qui se mobilisent en faveur de l’octroi de licences aux stations de radio communautaires, conformément à la Constitution zimbabwéenne. Ils sont en effet arrêtés par la police, et surveillés, harcelés et intimidés par les services de la sécurité d’État.

« Malgré les promesses faites et les lois promulguées il y a plus de 14 ans en vue de libéraliser les ondes et de les ouvrir aux radios communautaires, qui ont un grand rôle à jouer, le gouvernement du Zimbabwe n’a pas tenu ses promesses ni ses engagements », a déclaré Deprose Muchena, directeur pour l’Afrique australe à Amnesty International.

« Les partisans du gouvernement sont les seuls à obtenir des licences, et ceux qui tentent de mettre en place des services indépendants sont arrêtés et pris pour cibles, simplement parce qu’ils veulent éduquer, informer et offrir un espace de débat. C’est une violation de la liberté d’expression. »

Depuis 14 ans, le gouvernement zimbabwéen est engagé dans une attaque insidieuse visant à bloquer les radios communautaires indépendantes. Il agit sur deux fronts : d’une part, il refuse de délivrer des licences et d’autre part, il prend pour cible, harcèle et intimide ceux qui veulent fournir ces services.

Un octroi partial des licences de radio

En 2001, la Loi relative aux services de radiotélédiffusion, mesure positive, a mis fin au monopole du diffuseur d’État, le Zimbabwe Broadcasting Holdings (ZBH). Elle a ouvert la voie à un système de diffusion à trois niveaux mettant en place des critères et une procédure pour l’octroi des licences. Aux termes de cette loi, l’Autorité zimbabwéenne de radiodiffusion (BAZ) est chargée d’octroyer les licences de radiotélédiffusion.

Cependant, son indépendance et son impartialité sont mises en cause, en raison de la pratique qui consiste à n’octroyer des licences de diffusion commerciale qu’à des sociétés qui appartiennent ou sont très liées au parti au pouvoir.

À ce jour, ces licences ont été attribuées à 10 stations de radio – deux au niveau national et huit au niveau local. Toutefois, elles ont été octroyées à cinq entreprises détenues ou contrôlées par Zimbabwe Newspapers Private Limited, dont le gouvernement est le principal actionnaire, et à l’entreprise publique Kingstons Limited, ainsi qu’à d’autres sociétés liées au parti au pouvoir.

Au moins 28 initiatives de radios communautaires indépendantes attendent l’autorisation d’émettre. Aucune n’a obtenu de licence depuis 14 ans. En outre, des militants communautaires à travers le pays ont déclaré à Amnesty International que les droits de licence sont prohibitifs pour les communautés disposant de peu de moyens.

« Il est clair que la demande existe au Zimbabwe pour des services de radiodiffusion communautaire. Les radios communautaires sont les forces vives d’un débat éclairé pour les communautés rurales et urbaines sur des questions d’intérêt public et des sujets qui les affectent directement dans leur vie quotidienne, qu’ils soient d’ordre social, économique ou culturel », a déclaré Deprose Muchena.

« Le refus d’octroyer des licences aux stations de radio communautaires viole le droit à la liberté d’expression. Le gouvernement zimbabwéen doit ouvrir l’offre pour l’octroi de ces licences, en veillant à écarter toute ingérence politique, et à les rendre abordables pour les groupes les plus marginalisés de la société. »

Les initiatives de radios communautaires sont menacées

Les autorités mènent une offensive soutenue contre les nombreuses initiatives de radios communautaires.

Afin de contourner leur incapacité à émettre, beaucoup utilisent actuellement des CD pour diffuser l’information au sein de leurs communautés sur des questions d’actualité en évolution comme le VIH/sida, l’accès aux services, le planning familial et l’amélioration des moyens de subsistance.

Le 17 juin 2014, des agents de la sécurité d’État, dont des militaires, ont effectué une descente dans les locaux de Radio Kwelaz, dans la ville de Kwekwe. Dans le mandat de perquisition présenté, l’association était accusée d’exercer sans licence, en violation de la Loi relative aux services de radiotélédiffusion ou « d’autres lois en vigueur au Zimbabwe ».

Des ordinateurs portables ont été saisis, ainsi que 1 223 CD, qui couvraient des sujets affectant la communauté locale, comme le cancer, les violences sexuelles, l’éducation. Des militants communautaires ont déclaré à Amnesty International que durant le raid, les membres des services de sécurité ne savaient pas trop quel crime avait été commis. Les charges retenues contre les militants ont plus tard été abandonnées.

Le 1er mars 2013, la police à Bulawayo a effectué une descente dans les locaux de Radio Dialogue et saisi 180 postes de radio. La police a également arrêté et interrogé le responsable de production Zenzele Ndebele avant de le remettre en liberté aux mains de ses avocats.

« Ces attaques soutenues ont clairement pour objectif de réduire au silence ceux qui tentent de mettre sur pied des radios communautaires indépendantes. Ils font l’objet d’un harcèlement délibéré parce qu’ils s’efforcent d’influencer positivement la vie des gens, particulièrement des groupes à faibles revenus dans les zones urbaines et rurales, traditionnellement marginalisés par les médias majoritaires », a déclaré Deprose Muchena.

« Au lieu de s’en prendre à ces fournisseurs de service potentiels, le gouvernement zimbabwéen doit s’appuyer sur eux pour faciliter le développement et le libre échange d’informations et d’idées sur des questions d’intérêt public. »

Recommandations

L’Union internationale des télécommunications (UIT) a fixé au 17 juin 2015 la date butoir pour que le Zimbabwe bascule de l’analogique au numérique. Amnesty International demande au gouvernement de mettre à profit cette transition pour favoriser le pluralisme dans le secteur de la communication radiodiffusée, en octroyant des licences aux stations de radio communautaires dans les zones rurales et urbaines. Entre autres recommandations, Amnesty International demande au gouvernement du Zimbabwe de :

 ? garantir le droit à la liberté d’expression et le droit à l’information pour tous les Zimbabwéens ;
 ? permettre un accès suffisant aux licences de radiodiffusion, particulièrement au niveau local, afin de garantir le pluralisme des voix dans le débat ;
 ? respecter pleinement l’indépendance au niveau de la ligne éditoriale et de la programmation des stations de radio communautaires.
L’organisation demande à l’Autorité zimbabwéenne de radiodiffusion de :

 ? adopter un mécanisme d’octroi des licences pour les services de diffusion communautaires qui accepte les demandes à tout moment de l’année ;

 ? diminuer les prix des licences afin d’alléger le poids financier pour les demandeurs.
La communauté internationale doit engager le gouvernement du Zimbabwe à s’acquitter pleinement et efficacement de ses obligations concernant le droit à la liberté d’expression et le droit à l’information.

Complément d’information

Ce rapport est une étude qualitative, réalisée entre août 2014 et mai 2015, mettant l’accent sur l’incapacité et le refus du Zimbabwe d’octroyer des licences à des stations de radio communautaires depuis 2001, bien que les cadres juridiques existants le prévoient. Il analyse la Constitution du Zimbabwe et la Loi relative aux services de radiotélédiffusion, les deux principaux textes de loi qui fournissent le cadre juridique à l’octroi des licences pour les services de radiotélédiffusion.

Ce rapport examine également les obligations du pays au titre du droit international relatif aux droits humains, raconte le parcours de ceux qui tentent d’obtenir des licences de radios communautaires et met le doigt sur les écarts entre la politique et la pratique.

Il est rendu public avant le 17 juin 2015, date butoir fixée par l’Union internationale des télécommunications (UIT) pour que le Zimbabwe numérise ses services de radiodiffusion. En 2006, les États membres de l’UIT ont en effet accepté par consensus d’opérer la transition de l’analogique vers le numérique, et cette date limite du 17 juin 2015 a été fixée pour plusieurs pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient.

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