Zimbabwe : Pas de livraison d’armes tant que la violence soutenue par l’État n’aura pas cessé

Toutes les livraisons d’armes de petit calibre, d’armes légères et de munitions commandées à la Chine par le gouvernement du Zimbabwe doivent être suspendues, le risque étant bien réel que cela ne conduise à une augmentation des violations des droits humains au Zimbabwe, a déclaré Amnesty International.

« La communauté internationale ne doit pas fournir d’armes de petit calibre au Zimbabwe tant que les violences soutenues par l’État n’auront pas cessé et que la primauté du droit n’aura pas été rétablie. »

Amnesty International a élargi son appel pour y inclure une demande de suspension des ventes d’équipements de sécurité au Zimbabwe, notamment des gaz lacrymogènes, canons à eau et autres équipements anti-émeutes qui ont été utilisés dans le passé par la police de la République du Zimbabwe pour réprimer des manifestations pacifiques. Depuis 2000, les policiers ont eu recours à une force excessive contre des défenseurs des droits humains.

L’organisation a recueilli des témoignages concernant de graves atteintes aux droits humains commises par des soldats et des policiers au Zimbabwe contre des partisans de l’opposition après les élections du 29 mars 2008. Des abus, agressions et actes de torture auraient été perpétrés par des soldats, des policiers, ceux que l’on appelle des « vétérans de guerre » et des partisans du parti au pouvoir, la ZANU-PF Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique) contre des personnes accusées de n’avoir pas voté « correctement ». Bien que certaines des victimes aient signalé les faits à la police, aucune arrestation n’a été enregistrée et les auteurs de ces violences continuent, semble-t-il, en toute impunité, de perpétrer les mêmes abus.

Amnesty International a salué la mobilisation de la société civile en Afrique du Sud et dans d’autres pays d’Afrique australe pour empêcher la livraison d’armes au Zimbabwe à travers une action civile et légale, décidée en solidarité avec les victimes de la violence soutenue par l’État au Zimbabwe. L’organisation a salué la mobilisation du mouvement syndical qui a appelé ses membres à ne pas décharger la cargaison si le bateau venait à accoster dans un port africain.

« La mobilisation de la société civile s’est révélée cruciale au vu de l’inaction des gouvernements pour mettre un terme à la vente d’armes à des pays où se produisent de graves violations des droits humains
, a déclaré Amnesty International.

« Les dirigeants politiques d’Afrique australe doivent de toute urgence soutenir les efforts de la société civile et exiger la fin de la violence soutenue par l’État au Zimbabwe et le retour de la primauté du droit. »

L’affaire du cargo chinois An Yue Jiang transportant des armes au Zimbabwe met en lumière l’absence d’un traité global visant à réguler les commerce des armes conventionnelles. Après le vote de 153 États en faveur d’un tel traité et une seule voix contre, les États membres des Nations unies envisagent la faisabilité, le champ d’action et les paramètres pour un traité global sur le commerce des armes qui empêcherait le commerce irresponsable en matière d’armes conventionnelles ; Amnesty International et ses partenaires lancent un appel pour que ce traité contienne des dispositions visant à assurer le plein respect du droit international humanitaire et relatif aux droits humains.

Amnesty International a appelé tous les États à soutenir la mise en place au plus tôt d’un traité global sur le commerce des armes contenant des dispositions solides reflétant les obligations États en droit international et faisant en sorte que ces dispositions soient intégrées au droit national


Complément d’information

Le 10 avril 2008, la cargaison d’armes est arrivée à bord d’un cargo chinois – le MV An Yue Jiang – à Durban, en Afrique du Sud. Le propriétaire du navire était une entreprise publique, la Chinese Ocean Shipping Company. Le navire transportait six containers de caisses d’armes et de munitions. Les armes avaient été expédiées par la Poly Technologies Inc. de Pékin, en Chine et, selon les documents du navire, elles étaient destinées aux Forces de défense du Zimbabwe à Harare ; le point d’origine de la cargaison inscrit sur le manifeste est Pékin, en Chine. La cargaison en question consistait en 3080 caisses d’armes dans six containers. La copie de l’inventaire du navire décrivait ainsi son contenu :

  balles 7,62x54 mm – 1000 caisses contenant 1 million de cartouches

  balles de 7,62x39 mm – 1331 caisses contenant 2 millions de
cartouches

  RPG7, roquettes de 40 mm – 250 caisses contenant 1500 roquettes

  obus de mortier de 60 mm – 227 caisses contenant 2703 obus de mortier légers

  obus de mortier de 31 mm – 176 caisses contenant 581 obus de mortier légers

  tubes de mortier de 31 mm – 93 caisses contenant 31 pièces

Des Africains du Sud inquiets de la situation ont entrepris le 18 avril, avec le soutien d’organisations légales de défense des droits humains, une action en justice pour empêcher le déchargement de ces armes chinoises, dans l’espoir d’obliger les autorités à ne pas autoriser le transbordement des armes vers le Zimbabwe via l’Afrique du Sud. La requête a été présentée devant la chambre de la Cour suprême à Durban, en s’appuyant sur le droit national d’Afrique du sud, qui interdit le transfert d’armes pouvant contribuer « à une répression interne ou à la privation des droits humains et des libertés fondamentales » ou destinées « à des gouvernements qui bafouent ou répriment systématiquement les droits humains et les libertés fondamentales ». Une décision provisoire a été prise le 18 avril visant à confiner les armes dans le port de Durban en attendant l’audience finale mais le navire a repris la mer. Actuellement de nombreux gouvernements, y compris dans la région de la SADC, et des organisations travers le monde appellent à empêcher tout transfert d’armes vers le Zimbabwe ; il est à craindre cependant que les armes ne soient livrées au Zimbabwe par une autre voie.

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