Zimbabwe. Selon Amnesty International, le manque d’autorité des dirigeants africains prolonge la crise des droits humains

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a fortement critiqué la passivité de l’Union africaine (UA) face au Zimbabwe alors même que la défenseure des droits humains zimbabwéenne Jestina Mukoko comparaissait ce mercredi 14 janvier 2009, toujours détenue, devant un tribunal de Harare et qu’elle a été torturée.

« Les interpellations de militants politiques et de défenseurs des droits humains qui ont lieu actuellement semblent faire partie d’une stratégie plus vaste visant à faire taire les opposants au gouvernement. Il faut que l’Union africaine déclare avec fermeté que cela est inacceptable aux yeux des dirigeants de l’Afrique », a déclaré Véronique Aubert, directrice adjointe du Programme Afrique d’Amnesty International.

L’organisation a lancé un appel aux autorités zimbabwéennes afin qu’elles remettent immédiatement en liberté, sans conditions, les prisonniers d’opinion Jestina Mukoko, Broderick Takawira et Pascal Gonzo. Elle demande également qu’une enquête indépendante et effective soit ouverte sans délai sur l’arrestation arbitraire et la détention illégale dont ils ont fait l’objet et affirme que Broderick Takawira et Pascal Gonzo ont eux aussi été torturés par des agents des forces de sécurité.

Enlevés début décembre 2008, les trois membres du Projet de paix pour le Zimbabwe (ZPP) ont déjà passé plus d’un mois en détention.

« Nous sommes préoccupés par le fait que différentes instances, y compris le ministère public, s’efforcent d’éviter que les ravisseurs ne soient identifiés et tenus de rendre des comptes pour les enlèvements et pour les actes de torture qui auraient été infligés aux détenus », a déclaré Véronique Aubert.

Amnesty International a également demandé que les militants du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), au nombre de plusieurs dizaines, qui sont détenus depuis la fin octobre 2008, soient inculpés et jugés sans délai au cours d’un procès équitable ou, à défaut, immédiatement remis en liberté. Les avocats des détenus se sont à maintes reprises vu refuser la possibilité de rendre visite à leurs clients.

« Les dirigeants d’Afrique ont laissé passé plusieurs occasions de faire cesser la persécution des personnes critiques à l’égard du gouvernement au Zimbabwe, a ajouté Véronique Aubert.

« Ils restent sourds aux appels à l’aide et ont choisi de ne pas se laisser toucher par les preuves évidentes de la souffrance qu’endurent des hommes et des femmes dans le pays, et notamment par la comparution devant un tribunal, aujourd’hui, de l’une des plus ferventes défenseures des droits humains du pays.

« Le silence de nombreux dirigeants africains et le fait qu’ils n’aient pas condamné le mépris flagrant du gouvernement zimbabwéen à l’égard des droits humains a fortement contribué à prolonger la crise dans le pays.

À l’approche du sommet de l’UA, qui doit débuter à la fin du mois à Addis Abeba, Amnesty International prie l’UA et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) de dénoncer publiquement la persécution d’opposants au gouvernement par les forces de sécurité zimbabwéennes.

L’organisation prie aussi l’UA d’envoyer au Zimbabwe des observateurs chargés d’enquêter sur toutes les informations selon lesquelles des violations des droits fondamentaux y auraient été commises.

« Il n’y a aucun doute que les autorités zimbabwéennes se rendent actuellement coupables de violations graves des droits humains en tentant de réduire au silence les personnes critiques à l’égard du gouvernement et les opposants politiques. Il appartient à l’UA de demander immédiatement que les forces de sécurité mettent un terme à ces violences et de décider de déployer des observateurs des droits humains, a déclaré Véronique Aubert. « Une telle mesure contribuerait grandement à empêcher que d’autres violations ne soient commises et à faire en sorte que des enquêtes soient menées sur les violations passées. »

Note

D’après les informations parvenues à Amnesty International, au moins 27 personnes seraient détenues à la suite d’une série d’enlèvements qui a commencé fin octobre 2008. Pendant de longues périodes, la plupart de ces personnes n’ont pas été autorisées à contacter leurs avocats et leur famille, ni à recevoir des soins médicaux. Les autorités zimbabwéennes ont refusé à plusieurs reprises d’appliquer les décisions des tribunaux ordonnant leur libération. À l’origine elles niaient les détenir.

Jestina Mukoko est la directrice de Projet de paix pour le Zimbabwe (ZPP), une des principales organisations de défense des droits humains qui observe la situation dans le pays et rassemble des informations sur les violations qui y sont commises. Elle a été enlevée à son domicile le 3 décembre 2008 vers 5 heures du matin par des agents des forces de sécurité. Jusqu’au 23 décembre, on ignorait où elle était détenue.

Après son enlèvement, Jestina Mukoko a été détenue et interrogée dans plusieurs lieux différents qui n’ont pas été identifiés. Chaque fois qu’elle était transférée d’un lieu de détention à un autre elle avait les yeux bandés. Pendant toute sa détention elle était maintenue à l’isolement.

Au cours des interrogatoires, on la forçait de mettre ses pieds sur une table et on lui frappait la plante des pieds avec un objet en caoutchouc. Une fois, ses interrogateurs ont répandu du gravier sur le sol et l’ont obligée à rester à genoux sur le gravier pendant que les questions se poursuivaient. Pendant tout le temps qu’ont duré ces tortures, Jestina Mukoko a protesté haut et fort contre les allégations de ses interrogateurs, selon lesquels elle et d’autres personnes étaient impliquées dans le recrutement de jeunes qui devaient ensuite recevoir un entraînement militaire pour prendre les armes contre l’État.

Ses interrogateurs lui ont aussi demandé des renseignements sur sa rencontre avec des membres du groupe The Elders (les Aînés) – l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, la militante des droits humains Graça Machel et l’ancien président des États-Unis Jimmy Carter. Ils l’ont accusée d’être « trop influente ».

Broderick Takawira et Pascal Gonzo ont été enlevés le 8 décembre 2008, alors qu’ils se trouvaient dans les bureaux du ZPP à Mt Pleasant, une banlieue de Harare, par six hommes qui ont pénétré de force dans les locaux de l’organisation.

Parmi les autres personnes toujours détenues par les autorités du Zimbabwe figurent :
• des militants du MDC, dont 14 adultes et un enfant de deux ans enlevés fin octobre et début novembre 2008 dans le Mashonaland-Ouest et à Chitungwiza ;
• Gandhi Mudzingwa, ancien assistant personnel de Morgan Tsvangirai, enlevé à Harare le 8 décembre,
• Andrison Shadreck Manyere, enlevé le 13 décembre à Norton, journaliste free-lance et ancien militant de la branche du MDC dirigée par Morgan Tsvangirai, le MDC-T.
• Il se peut que d’autres personnes soient détenues dans différents lieux à Harare, y compris dans des postes de police.

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