Chypre, dernier espoir pour Ahmed H

• « Ma fille m’a demandé quand je rentrerai à la maison et ça m’a brisé le cœur »
Amnesty International lance une action mondiale pour qu’Ahmed H puisse rentrer chez lui à Chypre #BringAhmedHome

Le gouvernement chypriote représente le dernier espoir d’un Syrien souhaitant rentrer à Chypre pour y retrouver sa famille, a déclaré Amnesty International lors du lancement d’une nouvelle action visant à aider cet homme, #BringAhmedHome.

Plus de cinq mois après qu’Ahmed H a été libéré de la prison hongroise où il a été incarcéré à tort pendant plus de trois ans, il continue à languir dans un centre de détention des services hongrois de l’immigration, où il attend qu’on l’autorise à retourner auprès de sa femme et de ses enfants.

« Alors que je parlais avec ma fille sur Skype, elle m’a demandé "Baba, quand est-ce que tu rentres à la maison ?", et ça m’a brisé le coeur. Après avoir passé près de quatre ans loin de ma femme et de mes deux petites filles, je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas rentrer chez moi. J’ai un casier vierge à Chypre, une entreprise et une famille », a déclaré Ahmed H.

En août 2015, Ahmed H a quitté son foyer à Chypre pour aller aider ses parents âgés et d’autres membres de sa famille à fuir le conflit en Syrie afin de trouver refuge en Europe. À la suite d’affrontements avec des membres de la police hongroise des frontières en 2015, il a été arrêté et accusé de « complicité d’acte de terreur », en vertu de la loi hongroise relative à la lutte contre le terrorisme, qui est formulée en termes vagues et dont la portée est trop générale. Onze personnes ont été poursuivies, mais Ahmed H est le seul à avoir été accusé d’une infraction en relation avec le terrorisme.

Il a alors déposé un recours, et un nouveau procès a été ordonné, à l’issue duquel il a une nouvelle fois été déclaré coupable, puis condamné à cinq ans de prison, malgré l’absence criante de preuves venant étayer cette grave accusation de terrorisme. Son emprisonnement a été suivi d’une action internationale, dans le cadre de laquelle plus de 100 000 personnes ont signé une pétition en faveur de sa libération.

Ahmed H a bénéficié d’une libération conditionnelle en janvier et attend actuellement de savoir si le gouvernement chypriote va l’autoriser à retourner auprès de sa famille. Des représentants de l’État ont indiqué à Amnesty International que le cas d’Ahmed H est en cours d’examen, mais n’ont pas précisé quand une décision sera prise.

« Ahmed n’aurait jamais dû être poursuivi, et encore moins condamné pour une infraction en relation avec le terrorisme. Le traitement qu’il a subi relève de la stigmatisation systématique des réfugié·e·s et des migrant·e·s par la Hongrie », a déclaré Julia Hall, spécialiste de la question de la lutte contre le terrorisme et des droits humains à Amnesty International.

« Le sort d’Ahmed H dépend désormais du gouvernement chypriote, tout comme le bonheur futur de sa femme et de ses fillettes. Les autorités représentent l’espoir que l’injustice que cet homme a déjà subie ne soit pas prolongée, ce qui serait cruel, et qu’il lui sera enfin permis de rentrer chez lui afin de retrouver sa famille. »

Complément d’information

En août 2015, Ahmed H a quitté son foyer à Chypre, où il vivait depuis 2005, pour aller aider ses parents âgés et six autres membres de sa famille à fuir la Syrie et à trouver refuge en Europe. Lors d’affrontements avec la police à la frontière hongroise, certaines personnes ont jeté des pierres, notamment Ahmed.

Un tribunal hongrois l’a déclaré coupable de « complicité dans un acte de terreur » au titre de la législation hongroise relative à la lutte contre le terrorisme, aux termes extrêmement vagues. S’il a dans un premier temps été condamné à 10 ans d’emprisonnement, sa peine a plus tard été ramenée à sept ans de prison, puis à cinq ans assortis de la possibilité de demander une libération anticipée, après son second procès.

Le 19 janvier 2019, Ahmed H a été relâché, puis envoyé dans un centre de détention des services hongrois de l’immigration.

Ahmed H est un ressortissant syrien. Il n’est actuellement en possession d’aucun document de voyage valide, et son permis de résident pour Chypre (acquis par le biais de son mariage à une citoyenne chypriote) a expiré tandis qu’il était en détention en Hongrie. Les autorités hongroises ont demandé à Chypre de reprendre Ahmed H, et les services concernés à Nicosie examinent actuellement cette requête. Des fonctionnaires hongrois de l’immigration ont évoqué avec Ahmed H la possibilité qu’il soit renvoyé vers la Syrie. Il serait exposé à un risque de graves violations des droits humains s’il était renvoyé de force vers ce pays.

La décision de laisser Ahmed H retourner à Chypre dépend entièrement de la bonne volonté du gouvernement chypriote. Ces dernières semaines, Amnesty International a mené une action de plaidoyer auprès du gouvernement chypriote afin de l’informer des procédures iniques auxquels Ahmed H a été soumis en Hongrie, et de l’encourager à réunir cet homme et sa famille. L’organisation demande désormais à ses membres ainsi qu’au grand public d’agir afin d’aider Ahmed H à rentrer chez lui, auprès des siens.

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Ahmed H. doit être autorisé à rentrer chez lui

Ahmed H., incarcéré à tort pour « complicité d’acte terroriste », n’a plus vu sa femme et ses filles depuis 4ans. Chypre doit l’autoriser à rentrer chez lui, auprès de sa famille. Il risque d’être renvoyé en Syrie.