Ouganda, coup dur pour la liberté d’expression

L’universitaire ougandaise Stella Nyanzi, accusée d’avoir harcelé en ligne le chef de l’État Yoweri Museveni, a été déclaré coupable.

Réagissant à l’annonce de cette déclaration de culpabilité, la directrice du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands Lacs à Amnesty International, Joan Nyanyuki, a déclaré :

« Stella Nyanzi n’a été poursuivie en justice qu’en raison de ses métaphores créatives et de propos susceptibles d’être jugés offensants qu’elle a tenus pour critiquer l’exercice du pouvoir par le président Museveni. Le simple fait que des formes d’expression soient considérées comme insultantes pour une personnalité publique n’est pas un motif suffisant de sanction. Les personnalités publiques, y compris celles qui exercent des fonctions au plus haut niveau du pouvoir politique, sont légitimement exposées à la critique et à l’opposition politique.

« Ce jugement est inadmissible : il contrevient aux obligations qu’à l’Ouganda de respecter le droit à la liberté d’expression pour l’ensemble de la population, et témoigne de l’extrême intolérance des autorités envers les critiques. Il doit être annulé et Stella Nyanzi, qui a déjà beaucoup souffert pour avoir exprimé ses opinions, doit pouvoir tourner la page.

« Il faut que les autorités ougandaises abrogent la Loi de 2011 relative à l’utilisation abusive de l’informatique, dont les dispositions sont systématiquement invoquées pour harceler, intimider et réduire au silence les détracteurs du gouvernement, à l’image de Stella Nyanzi. »

Complément d’information

Ancienne chercheuse associée à l’Institut de recherche sociale de l’université de Makerere, Stella Nyanzi a publié sur Facebook un poème à l’occasion de l’anniversaire du président Yoweri Museveni, le 16 septembre 2018.

Elle a notamment écrit : « Si seulement les sécrétions purulentes du vagin d’Esiteri (la mère du président) avaient consumé ton fœtus avant la naissance. Si seulement elles t’avaient consumées, comme tu as rongé les valeurs morales et le professionnalisme de nos institutions publiques en Ouganda. »

Arrêtée le 2 novembre 2018, elle a été présentée à la justice en mai 2019 pour répondre d’accusations de cyberharcèlement et de communication injurieuse. Elle a par la suite été relaxée du deuxième chef d’accusation.

Stella Nyanzi a été à maintes reprises harcelée, arrêtée et détenue, simplement parce qu’elle a critiqué le gouvernement. En janvier 2019, elle a indiqué à un juge de la Haute Cour avoir fait une fausse couche alors qu’elle était détenue à la prison de Luzira. Le mois suivant, l’université de Makerere a mis fin au contrat de la chercheuse, qui était suspendue de son poste depuis 2016

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