Philippines, la peine de mort ajouterait au climat d’impunité

L’appel au rétablissement de la peine de mort lancé par le président Rodrigo Duterte lors de son discours sur l’état de la nation ne fera qu’ajouter au climat d’impunité alors que le gouvernement mène une campagne meurtrière contre la drogue, a déclaré Amnesty International le 22 juillet 2019.

« Les exécutions extrajudiciaires demeurent répandues aux Philippines. L’idée de rétablir la peine de mort pour les infractions liées aux stupéfiants est abjecte et risque d’ajouter au climat d’impunité actuel », a déclaré Butch Olano, directeur de la section philippine d’Amnesty International.

Dans le discours qu’il a prononcé le 22 juillet 2019, Rodrigo Duterte a appelé le Congrès à rétablir la peine de mort pour les infractions liées aux stupéfiants. Le recours à la peine de mort pour des infractions à la législation sur les stupéfiants bafoue le droit international et les normes internationales.

Le discours de Rodrigo Duterte en faveur de la peine de mort intervient quelques semaines après l’homicide d’une fillette de trois ans au cours d’une opération de police.

« Notre nation est en deuil. Nous ne devrions pas enterrer nos enfants à la suite d’opérations de police meurtrières et mal pensées, a déclaré Butch Olano. Ce discours aurait pu être l’occasion de faire le point sur l’homicide tragique de Myca Ulpina, trois ans, et de milliers d’autres personnes. Le président a abordé la question de la drogue sans pour autant faire face à la réalité. Le pays doit adopter une approche qui permette aux familles des milliers de personnes tuées illégalement d’obtenir justice et aux personnes qui en ont besoin de bénéficier de services médicaux et sociaux efficaces. »

Rapport d’Amnesty International

Dans un rapport publié en juillet et intitulé ‘They just kill’ : Ongoing extrajudicial executions and other violations in the Philippines’ ‘war on drugs’, Amnesty International a montré que la prétendue « lutte contre la drogue » menée par le gouvernement philippin était en réalité une guerre meurtrière dont les principales victimes étaient les personnes les plus pauvres et les plus marginalisées et que les homicides se poursuivaient à un rythme effréné sans faire l’objet d’enquêtes crédibles, impartiales et efficaces. À ce jour, seul un policier a été reconnu coupable. Il était accusé de l’homicide par balle de Kian delos Santos (17 ans), perpétré en août 2017.

« L’homicide de Kian est devenu emblématique des horreurs de la prétendue “lutte contre la drogue” et les déclarations de culpabilité prononcées à l’encontre de policiers était un petit pas sur la voie de la justice que les Philippin·e·s méritent, a déclaré Butch Olano. Le pays est aujourd’hui sous le choc de l’homicide tragique de Myca Ulpina. Elle n’avait que trois ans. Si ce drame n’incite pas le gouvernement à changer de cap, cela constituera une preuve supplémentaire de son mépris total à l’égard de la vie humaine. »

Myca Ulpina est morte fin juin dans la province de Rizal, pendant une opération de police dans laquelle un policier a également été tué. Le gouvernement affirme que son père l’a utilisée comme bouclier humain lors d’un flagrant délit. La mère de la fillette avance, quant à elle, que la police a fait irruption au domicile familial sans autorisation alors que les occupants dormaient.

Crimes contre l’humanité

L’État philippin a reconnu au moins 6 600 homicides imputables à la police mais des éléments indiquent que de nombreuses autres personnes ont été tuées par des inconnus armés ayant probablement des liens avec la police. Amnesty International a établi que cette vague d’homicides illégaux, dont beaucoup sont des exécutions extrajudiciaires, pouvait s’apparenter à des crimes contre l’humanité.

« Le gouvernement ne cesse de déclarer que les familles endeuillées doivent saisir les tribunaux si elles pensent que la police a agi illégalement pendant des opérations anti-drogue, a déclaré Butch Olano. Cependant, Amnesty International a constaté que les familles se taisaient de crainte d’être la cible de représailles policières. Par ailleurs, elles ne sont pas en mesure d’obtenir les rapports de police, qui constituent une pièce cruciale à l’appui de leurs allégations, et le coût des procédures est prohibitif pour les familles pauvres.

« La guerre du gouvernement contre les pauvres ne s’arrête pas aux homicides. Elle fait vivre un enfer aux familles et à la collectivité, dans le seul but de défendre une politique cruelle et répressive qui ne fait rien pour protéger les personnes de la drogue », a déclaré Butch Olano.

Par ailleurs, dans son discours sur l’état de la nation, le président Rodrigo Duterte n’a pas engagé son gouvernement à coopérer avec le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, qui publiera un rapport en juin 2020 sur la situation des droits humains aux Philippines, y compris les homicides illégaux perpétrés dans le contexte de la « lutte contre la drogue », tel qu’il en a été chargé dans une résolution adoptée par le Conseil des droits de l’homme en juillet 2019.

« L’enquête des Nations unies donne de l’espoir aux milliers de familles qui ont perdu des proches dans le cadre de la prétendue “lutte contre la drogue”, a déclaré Butch Olano. Tant que les autorités priveront ces familles de leur droit à la justice, la pression internationale sur les architectes de cette campagne meurtrière ira croissante. »

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