Les droits humains dans le monde en 2016-2017

En publiant son rapport annuel, Amnesty International lance un appel aux peuples du monde entier : ne laissons pas les discours de peur, de division et de haine miner nos espoirs de construire une société ouverte et équitable. Si chacun d’entre nous prend position et agi pour protéger les droits humains, nous pouvons inverser la tendance.

L’année 2016 a été marquée par les discours clivants et le comportement de plusieurs dirigeants qui ont pointé du doigt certains groupes de personnes, les assimilant à une menace pour les intérêts nationaux. Si davantage de pays remettent en question nos droits fondamentaux au nom de la sécurité nationale, nous pourrions bien assister à l’effondrement total des fondations sur lesquelles reposent les droits humains universels.

Découvrez l’entièreté du rapport 2016-2017, pays par pays

Les mouvements pacifiques comme la Marche mondiale des femmes, les manifestations en faveur de la démocratie en Gambie et celles des étudiants d’Ayotzinapa au Mexique doivent être une source d’inspiration pour nous tous, et nous inciter à défendre nos libertés.

Téléchargez le rapport 2016/17 d’Amnesty International

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« Nous ne pouvons pas compter sur les gouvernements pour défendre les droits humains, alors agissons nous-mêmes. » Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International

En Belgique

Les gouvernements régionaux continuaient d’accorder des autorisations de vente d’armes aux parties impliquées dans le conflit au Yémen, et en particulier à l’Arabie Saoudite. En 2014 et 2015, ce pays aurait été de loin le plus gros destinataire des armes autorisées à l’exportation par la Région wallonne. Les autorités ont adopté un nouvel arsenal de lois et politiques après les attentats commis dans la capitale, Bruxelles, en mars. Malgré l’engagement pris par le gouvernement en mai, dans le cadre de l’Examen périodique universel [ONU], de veiller à ce que les mesures de lutte contre le terrorisme respectent les droits humains, peu d’initiatives ont été prises pour évaluer l’incidence des nouvelles mesures sur les droits de la personne. Les organisations de la société civile ont continué à recevoir des informations faisant état de la pratique du profilage ethnique par la police. Les conditions de détention demeuraient mauvaises ; la Cour européenne des droits de l’homme a critiqué la Belgique pour son traitement des délinquants souffrant de troubles mentaux. En savoir plus

Crise des réfugiés

De nombreux gouvernements ont tourné le dos aux réfugiés et aux migrants, utilisant souvent ceux-ci comme des boucs émissaires tout trouvés. En 2016, 36 pays ont bafoué le droit international en renvoyant illégalement des réfugiés vers des pays où ils risquaient d’être victimes de torture, de violences, d’être condamnés à mort et où leurs droits étaient menacés. Ainsi, pendant que l’Australie infligeait des souffrances terribles à des demandeurs d’asile sur les îles de Nauru et Manus, l’Union européenne (UE) concluait un accord illégal et dangereux avec la Turquie pour renvoyer des réfugiés dans ce pays alors que celui-ci n’était pas en mesure de protéger leurs droits fondamentaux. En savoir plus

États-Unis

Si les propos pernicieux tenus par Donald Trump durant sa campagne sont particulièrement emblématiques de la tendance mondiale à défendre des politiques toujours plus clivantes, d’autres dirigeants à travers le monde ont comme lui parié sur des discours reposant sur la peur, la stigmatisation et la division pour arriver au pouvoir. En savoir plus

Syrie

Le conflit en Syrie s’est poursuivi tout au long de l’année avec une participation internationale constante. Le gouvernement syrien et ses alliés ont mené des attaques de grande ampleur dans tout le pays, tuant, blessant et déplaçant des milliers de civils, tandis que des dizaines de milliers d’autres civils étaient toujours disparus ou détenus et risquaient d’être torturés. En décembre, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution instaurant un mécanisme pour faciliter les enquêtes sur les crimes graves commis en Syrie depuis 2011 et faire en sorte que les responsables présumés de tels crimes soient traduits en justice. En savoir plus

Philippines

Le gouvernement des Philippines a lancé une campagne antidrogue dans le cadre de laquelle plus de 6 000 personnes ont été tuées. Ces homicides ont été commis après l’élection à la tête du pays de Rodrigo Roa Duterte, qui a cautionné, publiquement et à de nombreuses reprises, le fait d’arrêter et de tuer les personnes soupçonnées de consommer ou de vendre de la drogue. En savoir plus

Yémen

Toutes les parties au conflit armé qui s’est poursuivi ont commis des crimes de guerre et d’autres violations graves du droit international, en toute impunité. La coalition emmenée par l’Arabie saoudite a bombardé des hôpitaux et d’autres infrastructures civiles, et mené des attaques aveugles qui ont fait des morts et des blessés parmi les civils. Les Houthis et leurs alliés ont quant à eux bombardé de manière aveugle des zones d’habitation civiles. En savoir plus

Turquie

À la suite d’une tentative de coup d’État en juillet, le gouvernement s’est engagé dans une campagne de répression massive visant les fonctionnaires et la société civile. Quelque 40 000 personnes ont été placées en détention provisoire en l’espace de six mois d’état d’urgence. Des éléments ont mis en évidence que de nombreux détenus avaient été torturés après la tentative de coup d’État. Environ 90 000 fonctionnaires ont été limogés ; plusieurs centaines de médias et d’ONG ont été fermés ; des journalistes, des militants et des parlementaires ont été arrêtés. En savoir plus

Myanmar

Les Rohingyas, minorité persécutée, étaient en butte à des violences et des discriminations accrues. L’intolérance religieuse, notamment à l’encontre des musulmans, a augmenté. Les affrontements entre l’armée et les groupes armés de différentes minorités ethniques se sont intensifiés dans le nord du pays. Le gouvernement a durci les restrictions d’accès des organes de l’ONU et d’autres organisations humanitaires aux populations déplacées. En savoir plus

Soudan du Sud

Le conflit entre les forces gouvernementales et celles de l’opposition s’est poursuivi malgré la signature de l’accord de paix. Les parties ont bafoué le droit international humanitaire et relatif aux droits humains lors des combats. Un gouvernement de transition a été formé, mais il s’est effondré peu de temps après des combats acharnés entre les forces gouvernementales et celles de l’opposition. La poursuite des combats a eu de graves conséquences humanitaires pour les civils. En savoir plus

Irak

Dans le cadre du conflit en Irak, les forces gouvernementales, les milices paramilitaires et le groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) ont commis des crimes de guerre ainsi que des atteintes flagrantes aux droits humains. Les combattants de l’EI ont perpétré des homicides s’apparentant à des exécutions contre leurs opposants et des civils. Ils ont violé et soumis à d’autres actes de torture des femmes qu’ils avaient capturées, se sont servis de civils comme boucliers humains et ont utilisé des enfants soldats. Des membres de milices ont exécuté, soumis à des disparitions forcées et torturé des civils qui fuyaient des zones contrôlées par l’EI. En réaction, des milliers de personnes soupçonnées d’avoir des liens avec l’EI ont été maintenues en détention sans jugement, et le recours à la torture restait très courant en détention. En savoir plus

Soudan

La situation sécuritaire et humanitaire demeurait dramatique au Darfour, où le conflit armé est entré en 2016 dans sa 13e année. Les forces gouvernementales ont lancé une offensive militaire de grande ampleur dans la région du Djebel Marra, au Darfour. Des éléments laissaient à penser que les forces gouvernementales soudanaises ont utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques dans des zones civiles. De nombreux autres crimes au regard du droit international imputables aux forces gouvernementales ont été recensés. Celles-ci ont notamment bombardé des civils, commis des homicides illégaux, enlevé et violé des femmes et détruit des villages entiers. En savoir plus

Les droits humains en recul dans le monde

En 2016, plusieurs bouleversements politiques ont révélé la capacité des discours de haine à libérer la face la plus sombre de la nature humaine. Donald Trump (États-Unis), Viktor Orbán (Hongrie), Narendra Modi (Inde), Recep Tayyip Erdoğan (Turquie) ou encore Rodrigo Duterte (Philippines)… de plus en plus de responsables politiques se déclarent antisystème et promeuvent des politiques de diabolisation. Ils visent des groupes entiers de la population, les désignent comme boucs émissaires et les déshumanisent dans le but d’obtenir le soutien des électeurs.

Les effets néfastes de ces discours se font de plus en plus ressentir sur les politiques menées dans certains pays. En 2016, des gouvernements ont fermé les yeux sur des crimes de guerre, conclu des accords qui affaiblissent le droit d’asile, adopté des lois qui bafouent la liberté d’expression, incité au meurtre de personnes simplement parce qu’elles consomment des stupéfiants, justifié la surveillance de masse, et élargi des pouvoirs de police déjà draconiens.

Plus il y a de pays qui reviennent sur leurs engagements en matière de droits fondamentaux sur leur territoire, moins il y a de dirigeants pour défendre ces droits sur la scène internationale, et de nombreux gouvernements sont tentés de suivre la tendance au recul des droits humains dans le monde.
Les conséquences d’un tel recul pourraient être désastreuses au vu de la réaction déjà pitoyable de la communauté internationale face aux atrocités de masse qui ont eu lieu en 2016, notamment à Alep, au Darfour et au Yémen.

Ailleurs dans le monde, certains gouvernements ont mené de vastes opérations de répression, par exemple à Bahreïn, en Égypte, en Éthiopie, aux Philippines ou en Turquie. D’autres pays ont mis en œuvre des mesures de sécurité intrusives, telles que l’état d’urgence prolongé en France et les lois sans précédent sur la surveillance adoptées au Royaume-Uni. La politique de l’« homme fort » s’est aussi traduite par une montée des discours antiféministes et défavorables aux lesbiennes, gays et personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI). En Pologne, par exemple, des tentatives de recul sur les droits des femmes ont déclenché des manifestations massives.

Il est temps de nous mobiliser pour défendre nos droits

Nous ne pouvons pas compter sur les gouvernements pour protéger nos libertés, donc nous devons agir nous-mêmes. Nous devons nous mobiliser et résister aux initiatives visant à faire reculer des droits humains garantis de longue date. Nous devons nous battre contre les discours mensongers selon lesquels nous devrions abandonner nos droits en échange de la sécurité et la prospérité.

Chaque lettre, chaque visite, chaque mot nous a rendus plus forts et a renforcé notre détermination à mener cette longue mais juste bataille pour la liberté et la démocratie. Yves Makwambala, militant de RDC libéré de prison en août 2016

Nous pouvons pour cela nous inspirer des actions passées de certains militants courageux. En d’autres périodes sombres de l’histoire, des personnes ont fait la différence en se mobilisant, qu’il s’agisse des défenseurs des droits civils aux États-Unis, des militants anti-apartheid en Afrique du Sud, ou des membres des mouvements de défense des droits des femmes et des personnes LGBTI partout dans le monde.

Chaque geste peut faire une véritable différence dans la lutte en faveur des droits humains. Toutefois, la solidarité internationale est essentielle si nous voulons nous protéger mutuellement des gouvernements prompts à désigner les dissidents comme une menace pour la sécurité nationale et le développement économique.

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