Israël-Gaza : l’insupportable inertie du gouvernement belge

Ce lundi 2 mars, six mois après la conclusion d’un accord par le gouvernement belge concernant des mesures à prendre face aux graves violations des droits humains commises par Israël dans le territoire palestinien occupé, des militant·es d’Amnesty International ont mené une action de mobilisation devant le cabinet du Premier ministre, Bart De Wever. L’objectif de cette action est de dénoncer le fait que des éléments essentiels de cet accord restent lettre morte, alors même que le génocide à Gaza est toujours en cours.

Afin de faire entendre leur message, les militant·es ont tracé à la craie sur le trottoir des contours de silhouettes symbolisant les dizaines de milliers de civils morts à Gaza, tandis que d’autres ont déployé deux larges bannières, l’une indiquant : INACTION KILLS. KEEP YOUR PROMISE : BAN ISRAELI SETTLEMENT GOODS et l’autre : STOP GENOCIDE. Par ailleurs, plus de 80 000 signatures d’une pétition demandant à la Belgique de tout faire pour mettre un terme au génocide des Palestiniens et Palestiniennes à Gaza ont été envoyées par voies postale et électronique au Premier ministre le matin même.

« Six mois après ce pas en avant qui était attendu depuis plus d’un an par des dizaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées en Belgique, le gouvernement est retombé dans une insupportable inertie, alors même que le génocide à Gaza se poursuit, et ce, malgré l’illusion d’une accalmie entretenue par un cessez-le-feu imparfaitement respecté, explique Carine Thibaut, directrice de la section belge francophone d’Amnesty International.

« Nous appelons le gouvernement belge à cesser de détourner le regard et à tenir ses engagements. Si certaines mesures ont effectivement été appliquées, d’autres, pourtant essentielles, semblent avoir pris le chemin du frigo, comme l’interdiction de l’importation des produits des colonies israéliennes. »

En septembre 2025, parmi les mesures annoncées par le Conseil ministériel restreint, avait été affirmée l’intention d’élaborer un « arrêté royal prévoyant une interdiction nationale d’importation des marchandises produites, exploitées ou transformées dans les territoires occupés illégalement par Israël ». En outre, il était prévu que des « contrôles nécessaires pour garantir le respect de l’interdiction d’importation » soient mis en place.

« Nous appelons le gouvernement belge à cesser de détourner le regard et à tenir ses engagements. »

Cette décision répond à un avis de la Cour internationale de justice daté du 19 juillet 2024 indiquant sans ambigüité que les États ont l’obligation de « prendre des mesures pour empêcher les échanges commerciaux ou les investissements qui aident au maintien de la situation illicite créée par Israël dans le territoire palestinien occupé ».

« Il s’agit donc d’une question de droit engageant la responsabilité, la crédibilité et la fiabilité de la Belgique. Nous rappelons au gouvernement et particulièrement au Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, David Clarinval, qu’importer et commercialiser des produits issus des colonies, c’est contribuer économiquement à leur viabilité. C’est participer, même indirectement, à un système qui provoque notamment le déplacement forcé de milliers de Palestiniens et de Palestiniennes ; la destruction à un rythme effréné de maisons, d’écoles et d’autres infrastructures essentielles ; un déchaînement de violence imputable aux colons et soutenu par l’armée israélienne, qui terrorise la population partout en Cisjordanie », précise Carine Thibaut.

Le 8 février dernier, le gouvernement israélien a annoncé de nouvelles mesures destinées à faciliter encore davantage l’annexion du territoire palestinien, notamment en autorisant l’achat direct de terres en Cisjordanie par des colons. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a condamné ces mesures, les qualifiant de « contraires au droit international, à la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies et à l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice ».

« Quelle cohérence y a-t-il dans le fait de condamner la colonisation tout en maintenant des relations économiques qui l’alimentent ? Ce faisant, le gouvernement belge affaiblit le droit international qu’il prétend défendre et encourage de facto les autorités israéliennes à continuer à commettre des crimes de droit international vis-à-vis de la population palestinienne.

« L’escalade de la violence dans la région, qui a débuté ce week-end avec les attaques israéliennes et américaines contre l’Iran, le montre clairement une fois de plus : il est essentiel que des pays comme la Belgique défendent avec conviction le droit international et respectent leurs engagements en la matière.

Il est essentiel que des pays comme la Belgique défendent avec conviction le droit international et respectent leurs engagements en la matière.

« Nous ne pouvons qu’insister sur l’urgence de voir ce gouvernement et le Premier ministre veiller à ce que soient appliquées les différentes mesures de l’accord conclu il y a six mois et respectent leurs engagements », conclut Carine Thibaut.

Complément d’information

En décembre 2024, Amnesty International a conclu qu’Israël était en train de commettre un génocide à Gaza, après avoir établi que cet État avait perpétré des actes interdits par la Convention sur le génocide avec l’intention spécifique de détruire la population palestinienne de Gaza, en perpétrant des homicides et des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale ainsi qu’en soumettant délibérément cette population à des conditions de vie destinées à entraîner sa destruction physique.

Malgré une réduction de l’ampleur des bombardements depuis l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025, aucun changement significatif n’a été constaté en ce qui concerne les conditions infligées par Israël aux Palestinien·nes à Gaza et rien n’indique que l’intention israélienne de commettre un génocide ait changé.

En outre, Israël maintient son occupation illégale de l’ensemble du territoire palestinien occupé et impose un système d’apartheid contre tous les Palestiniens et Palestiniennes, dont il contrôle les droits.

Depuis la mise en place de l’actuel gouvernement israélien, la colonisation du territoire palestinien occupé se développe de façon dramatique. Selon l’organisation non gouvernementale israélienne Peace Now, cinquante-quatre nouvelles colonies ont été approuvées en 2025, ce qui représente six fois plus que le précédent record annuel atteint en 2023. Le nombre de plans de nouveaux logements approuvés dans les colonies a quant à lui plus que doublé par rapport à 2023.

Amnesty International rappelle que les États qui maintiennent des relations normales avec Israël risquent de se rendre complices de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

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