Soudan du Sud : Massacres, homicides, viols et pillages

Près d’un million de personnes déplacées de force dans la région d’Équatoria ; c’est la crise des réfugiés qui s’aggrave le plus vite dans le monde.
Des civils abattus, tués à coups de machettes et brûlés vifs chez eux.
Des femmes et des jeunes filles enlevées et victimes de viols collectifs.

La nouvelle ligne de front dans le conflit au Soudan du Sud a contraint des centaines de milliers de personnes à fuir la fertile région d’Équatoria au cours de l’année écoulée, et génère des atrocités, la famine et la peur, écrit Amnesty International dans une nouvelle synthèse publiée le 4 juillet 2017.

Les chercheurs de l’organisation se sont rendus dans la région en juin, et ont recensé des crimes de droit international et d’autres violations graves des droits humains – y compris des crimes de guerre – commis dans cette région du sud du pays principalement par les forces du gouvernement, mais aussi de l’opposition, contre la population civile.

Les atrocités se sont traduites par le déplacement massif de près d’un million de personnes, notamment des réfugiés qui ont fui vers l’Ouganda voisin.

« L’intensification des combats en Équatoria est synonyme de violences accrues contre la population civile. Des hommes, des femmes et des enfants sont abattus, tués à coups de machettes et brûlés vifs chez eux. Des femmes et des jeunes filles sont victimes de viols collectifs et enlevées, a déclaré Donatella Rovera, conseillère spéciale sur les crises au sein d’Amnesty International, qui vient juste de rentrer de la région.

« Des maisons, des écoles, des centres médicaux et des locaux d’organisations humanitaires sont pillés, saccagés et entièrement brûlés. La nourriture est devenue une arme de guerre.

«  Ces atrocités se poursuivent ; des centaines de milliers de personnes qui, il y a encore un an, étaient relativement épargnées par le conflit, sont aujourd’hui contraintes de partir.  »

La région d’Équatoria, au Soudan du Sud, avait globalement échappé aux violences politiques et intercommunautaires qui ravagent le pays depuis 2013, lorsque des combats ont éclaté entre les membres de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS), fidèles au président Salva Kiir, et les forces fidèles au vice-président de l’époque, Riek Machar.

Tout cela a changé mi-2016 lorsque, pour différentes raisons, les forces du gouvernement et de l’opposition ont déferlé sur Yei, une ville stratégique d’environ 300 000 habitants située à 150 kilomètres au sud-ouest de la capitale Djouba, sur une grande route du commerce vers l’Ouganda et la République démocratique du Congo (RDC).

Les forces du gouvernement, soutenues par des milices alliées, dont les milices Mathian Anyoor, qui restent notoirement impunies et sont composées principalement de jeunes combattants Dinkas, ont commis toute une série de violations en toute impunité. Les groupes armés d’opposition ont aussi perpétré de graves exactions, mais de moindre ampleur.

Massacres et homicides délibérés

Selon de nombreux témoins dans les villages autour de Yei, les forces du gouvernement et les milices alliées ont délibérément tué des civils sans retenue. Ceux qui ont réchappé aux massacres ont décrit des modes opératoires similaires.

Lors d’une attaque dans la soirée du 16 mai 2017, les soldats gouvernementaux ont arrêté de manière arbitraire 11 hommes dans le village de Kudupi, dans le comté de Kajo Keji, près de la frontière ougandaise. Ils ont contraint huit d’entre eux à entrer dans une hutte, ont fermé la porte, y ont mis le feu et ont tiré plusieurs coups de feu dans la hutte en flammes. Six villageois sont morts, deux brûlés vifs et quatre tués par balles alors qu’ils tentaient de fuir, ont déclaré à Amnesty International quatre survivants.

Joyce, mère de six enfants, originaire du village de Payawa, au sud de Yei, a raconté que son époux et cinq hommes du secteur ont été tués lors d’une attaque analogue le 18 mai 2017. Elle a déclaré que les soldats avaient régulièrement agressé les villageois avant le massacre :

«  C’était la cinquième fois que le village était attaqué par l’armée. Lors des quatre premières attaques, ils avaient pillé des biens, sans faire de victimes. Ils venaient, arrêtaient des villageois, les torturaient et les dépouillaient. Ils emmenaient des personnes dans des coins secrets pour les torturer. Ils prenaient des jeunes filles et les violaient, avant de les relâcher. [Ils ont violé] Susie, 18 ans, la nièce de mon époux, [dans le village] le 18 décembre 2016. »

Dans un autre cas, neuf villageois ont disparu après avoir été capturés par des soldats dans une caserne près de Gimunu, à 13 kilomètres de la ville de Yei, le 21 mai 2017. Leurs cadavres ont été retrouvés à l’issue d’une enquête de police mi-juin. Les victimes auraient été tuées à coups de machettes. Personne n’a été amené à rendre des comptes, ce qui n’est pas rare lorsque la police tente d’enquêter sur des cas de civils tués par des soldats.

Il semble que, bien souvent, les forces gouvernementales lancent des attaques contre les villages à titre de représailles pour les activités des forces de l’opposition dans la région.

Par ailleurs, des combattants de l’opposition armée ont tué délibérément des civils considérés comme des partisans du gouvernement, souvent au simple motif que ce sont des Dinkas ou des réfugiés de la région des monts Nouba, au Soudan, accusés d’être des sympathisants du gouvernement.

Viols et autres violences sexuelles et liées au genre

Amnesty International a constaté que l’intensification des combats en 2016 dans la région d’Équatoria s’est accompagnée d’une multiplication des enlèvements et des viols de femmes et de jeunes filles.

« Le seul moyen pour les femmes et les filles d’être en sécurité, c’est d’être mortes – tant que nous sommes en vie, pas moyen d’être à l’abri ; c’est la terrible situation que nous vivons  », a déclaré Mary, 23 ans, mère de cinq enfants.

En avril 2017, trois soldats ont fait irruption chez elle au milieu de la nuit et deux d’entre eux l’ont violée. Elle s’est ensuite enfuie avec ses enfants vers une autre maison abandonnée. Une nuit, un assaillant non identifié a mis le feu à cette maison alors que la famille dormait, les contraignant à fuir de nouveau.

Les femmes sont particulièrement exposées aux agressions sexuelles lorsqu’elles s’aventurent hors de la ville en quête de nourriture dans les campagnes alentour – elles n’ont pas d’autre choix en raison des réserves de nourriture qui s’amenuisent et des pillages incessants.

Sofia, 29 ans, a déclaré que des membres des forces de l’opposition l’ont enlevée deux fois. Ils l’ont retenue captive avec d’autres femmes pendant environ un mois la première fois et une semaine la deuxième, et elle a été violée à maintes reprises. Elle a essayé de leur faire entendre qu’elle avait trois enfants et que son mari avait été abattu par les forces gouvernementales – en vain.

Elle s’est par la suite enfuie à Yei, où elle doit faire face à la grave pénurie de denrées alimentaires.

La nourriture comme arme de guerre

L’accès des civils aux denrées alimentaires est fortement restreint. Les forces du gouvernement et de l’opposition bloquent l’approvisionnement en denrées alimentaires vers certains secteurs, pillent systématiquement les marchés et les maisons, et prennent pour cibles les civils qui transportent des quantités de nourriture même infimes de l’autre côté du front. Chaque camp accuse les civils de nourrir ou d’être nourris par l’ennemi.

Dans la ville de Yei, vidée de la majorité de ses habitants l’an dernier, les civils qui restent sont quasiment en état de siège. Ils sont confrontés à une grave pénurie alimentaire, car ils ne peuvent plus s’approvisionner dans les zones rurales alentour.

Le 22 juin, l’ONU a mis en garde contre l’insécurité alimentaire qui atteint des niveaux sans précédent dans certaines zones du Soudan du Sud.

« Cette guerre a cela de tragique que le grenier à blé du Soudan du Sud – une région qui il y a encore un an pouvait nourrir des millions de personnes – est devenu un champ de bataille que près d’un million de personnes ont fui pour se mettre en sécurité, a déclaré Joanne Mariner, conseillère spéciale sur les crises à Amnesty International.

« Toutes les parties au conflit doivent contrôler leurs troupes et cesser de s’en prendre aux civils, protégés par les lois de la guerre. Dans tous les camps, ceux qui se livrent à des atrocités doivent comparaître en justice. Quant aux soldats de la paix de l’ONU, ils doivent s’acquitter de leur mandat qui consiste à protéger les civils contre ces attaques. »

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