Des armes belges aux mains d’une milice au Yémen

Une enquête menée par Amnesty International à partir d’informations disponibles en libre accès met en évidence le fait que les Émirats arabes unis équipent des milices avec du matériel de guerre dans le cadre du conflit au Yémen. Parmi les armes incriminées, se trouvent des armes wallonnes probablement vendues aux Émirats arabes unis.

Cette enquête, intitulée When arms go astray : Yemen’s deadly new threat of arms diversion to militias, montre notamment que des mitrailleuses légères Minimi conçues par la FN Herstal sont actuellement utilisées par le groupe armé les « Brigades des Géants », entraîné et financé par les Émirats arabes unis, mais placé sous le contrôle d’aucun gouvernement.

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« Les fournisseurs d’armes, comme la Région wallonne, doivent réfléchir attentivement à la manière dont leurs transferts d’armes continuent d’alimenter directement et indirectement des crimes de guerre et d’autres graves exactions. La prolifération des milices soutenues par les Émirats arabes unis qui ne sont soumises à aucun contrôle aggrave la crise humanitaire et menace de plus en plus la population civile », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

« Les fournisseurs d’armes, comme la Région wallonne, doivent réfléchir attentivement à la manière dont leurs transferts d’armes continuent d’alimenter directement et indirectement des crimes de guerre et d’autres graves exactions. »

Selon les différents rapports du Parlement wallon, en 2016, quinze licences d’un montant de 48 614 295 euros ont été octroyées par la Région wallonne à destination des Émirats arabes unis. En 2017, dix licences d’exportation de différents types à destination des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et des Philippines ont cependant été refusées. Pour l’année 2018, aucune information n’a encore été publiée par les autorités wallonnes concernant les licences d’exportation d’armes octroyées ou refusées.

« Outre la nécessité de rendre plus transparente la procédure d’octroi des licences d’exportation d’armes, il est essentiel que la Wallonie respecte ses engagements internationaux et sa propre législation, et ne procède pas à des ventes d’armes s’il existe un risque qu’elles soient utilisées pour commettre des violations du droit international humanitaire ou du droit international des droits humains, comme c’est le cas au Yémen », insiste Philippe Hensmans.

Les États fournisseurs d’armes aux Émirats arabes unis

Tout comme la Belgique, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et d’autres États européens ont été critiqués parce qu’ils fournissent des armes aux forces de la coalition tandis que l’Iran envoie des armes aux houthis.

Selon les données publiques, depuis le début du conflit au Yémen en mars 2015, les États occidentaux ont vendu pour au moins 3,5 milliards de dollars américains d’armes aux Émirats arabes unis. Il s’agit notamment d’armes classiques lourdes – comme des avions et des navires –, d’armes de petit calibre, d’armes légères, de pièces détachées et de munitions.

« Les forces armées émiriennes reçoivent des milliards de dollars d’armes provenant de pays occidentaux et d’autres sources, qu’elles ne font que détourner vers des milices au Yémen qui ne sont pas contrôlées et sont connues pour commettre des crimes de guerre »

« Les forces armées émiriennes reçoivent des milliards de dollars d’armes provenant de pays occidentaux et d’autres sources, qu’elles ne font que détourner vers des milices au Yémen qui ne sont pas contrôlées et sont connues pour commettre des crimes de guerre, a déclaré Patrick Wilcken, chercheur sur le contrôle des armes et les droits humains à Amnesty International.

« La prolifération de ces parties belligérantes est le meilleur moyen de provoquer une catastrophe pour les civils yéménites, dont plusieurs milliers ont déjà été tués tandis que des millions d’autres sont au bord de la famine en conséquence directe de la guerre. »

Certains des groupes armés qui bénéficient de ces ventes d’armes douteuses sont accusés d’avoir commis des crimes de guerre, notamment pendant la récente offensive contre la ville portuaire d’Hodeida et dans le réseau de prisons secrètes soutenu par les Émirats arabes unis dans le sud du Yémen.

Obligations légales

Beaucoup d’États qui continuent de fournir des armes aux Émirats arabes unis sont parties au Traité sur le commerce des armes. Certains ont d’autres obligations légales, en tant que membres de l’Union européenne ou au regard de leur législation nationale, qui leur interdisent de transférer des armes utilisées pour commettre des crimes de guerre. En persistant à fournir des armes aux Émirats arabes unis, malgré les nombreux éléments prouvant que celles-ci sont utilisées dans des crimes de guerre et d’autres graves exactions au Yémen, ils font fi de ces obligations.

« Amnesty International appelle tous les États à cesser de fournir des armes aux parties au conflit yéménite, sans exception, tant qu’il subsistera un risque non négligeable que ce matériel serve à commettre ou à faciliter de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains. »

Amnesty International appelle tous les États à cesser de fournir des armes aux parties au conflit yéménite, sans exception, tant qu’il subsistera un risque non négligeable que ce matériel serve à commettre ou à faciliter de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains. Le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Norvège ont récemment annoncé la suspension de leurs transferts d’armes vers les Émirats arabes unis.

« Seuls quelques rares pays ont pris la bonne décision en cessant de convoyer des armes vers le conflit dévastateur que traverse le Yémen. Les autres doivent suivre leur exemple, ou bien ils partageront la responsabilité des ravages que ces milliards de dollars de transferts d’armes causent pour les civils au Yémen. »

Complément d’information

Malgré les graves atteintes aux droits humains attribuées aux Émirats arabes unis et aux milices qu’ils soutiennent, les pays suivants ont récemment fourni des armes aux Émiriens : l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, le Brésil, la Bulgarie, la Corée du Sud, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Tchéquie et la Turquie, entre autres.

Amnesty International a analysé les éléments disponibles en libre accès au sujet de la bataille d’Hodeida et constaté que les véhicules militaires et les armes vendus aux Émirats arabes unis sont aujourd’hui largement utilisés par les milices sur le terrain.

Par ailleurs, Amnesty International et d’autres organisations ont rassemblé des informations sur le rôle de certains groupes directement entraînés et financés par les Émirats arabes unis et qui gèrent un réseau nébuleux de prisons secrètes appelées « sites noirs ». Ces groupes sont impliqués dans des disparitions forcées et d’autres atteintes aux droits humains commises dans ces structures, où des détenus ont notamment été torturés, et soumis à une détention prolongée à l’isolement, à des conditions sordides et à des quantités insuffisantes de nourriture et d’eau.

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