Gambie : Un an après les exécutions arbitraires de neuf prisonniers, toujours pas de justice

Declaration conjointe

Dakar 23.08.2013

Ce jour marque le premier anniversaire des exécutions brutales de neuf prisonniers (Dawda Bojang ; Malang Sonko ; Ex-Lieutenant Lamin Jarjou ; Ex-Lieutenant Alieu Bah ; Ex-Sergent Lamin F. Jammeh ; Buba Yarboe ; Lamin B.S Darboe ; Gebe Bah et Tabara Samba) en Gambie après l’annonce du président gambien Yahya Jammeh d’appliquer la peine de mort après presque trente ans.

Ce jour fatidique du 23 Août 2012, lorsque les neuf condamnés à mort ont été traînés hors de leurs cellules et passés aux armes par un peloton d’exécution, rappelle vivement le non respect pour droits humains en Gambie. Après une année, les familles ne savent toujours pas où leurs proches ont été enterrés : les corps des personnes exécutées n’ont pas été rendus à leurs familles ni les lieux d’inhumation divulgués. Ce jour marque aussi une année de tourment psychologique cruel pour les autres détenus condamnés à mort qui vivent dans la peur des exécutions arbitraires comme ce fut le cas pour neuf détenus le 23 août 2012.

Nous soussignés, réaffirmons notre condamnation de cet acte ainsi que la détérioration continue de la situation des droits humains en Gambie.

Nous demandons aux Président Jammeh d’instaurer un moratoire permanent sur la peine de mort étant donné que le moratoire qu’il a annoncé suite aux exécutions de l’année dernière est lié à la montée et de la baisse de la criminalité. L’Assemblée nationale doit procéder comme le prévoit la Section 18(3) de la constitution à l’examen, attendu depuis longtemps, de l’opportunité ou non, et ce dans l’optique d’une abolition.

Nous rappelons que ces exécutions font partie d’une série des graves violations et abus en matière de droits humains en Gambie depuis des années.

Particulièrement, la liberté d’expression et d’opinion a été systématiquement restreinte depuis des années, comme le montrent les cas de disparitions et meurtres. Les arrestations et détentions illégales de journalistes, la fermeture arbitraire des organes de presse sont devenus un phénomène récurrent au cours des dernières années.

L’année dernière, trois organes de presse indépendants de premier plan (Taranga FM, Daily News, The Standard) ont été fermés sans aucune explication. Plusieurs journalistes ont été illégalement arrêtés. Pas moins de 15 journalistes ont été arrêtés de manière arbitraire, et à plusieurs reprises, pour certains d’entre eux. Des défenseurs des droits humains ont été victimes du harcèlement par les agents de l’Etat. La disparition forcée de cinq mois du leader religieux, Imam Baba Leigh, après qu’il ait exprimé son opposition aux exécutions illustre la répression impitoyable qui s’abat sur les défenseurs des droits humains.

Des sites internet ont été abusivement bloqués et plusieurs amendements de lois ont été adoptés ces dernières années pour réprimer davantage les critiques. Une nouvelle loi sur l’internet adoptée en Juillet 2013 précise qu’aussi bien les utilisateurs d’Internet que les journalistes et les blogueurs, coupables de diffusion de fausses nouvelles sont passibles de 15 ans de prison et d’amendes allant jusqu’à 3 millions de Dalasi. Nous considérons cette loi sur l’internet comme une tentative de réduire au silence les voix critiques et dissidentes et exhortons le gouvernement gambien à l’abroger immédiatement.

En raison de la répression des voix dissidentes, il règne en Gambie un climat de peur qui incite les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme et des citoyens ordinaires à l’auto censure et à fuir le pays.

Nous sommes, en outre, préoccupés que les violations systématiques par le gouvernement gambien de ses obligations internationales relatives aux droits humains requiert, plus d’attention de la part de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) basée à Banjul.

Par conséquent, nous exhortons

• le gouvernement gambien à

 Mettre immédiatement un terme aux violations constantes de ses obligations en matière de droits humains contenus dans sa propre constitution et dans le droit international librement ratifié ;

 Instaurer un moratoire permanent sur la peine de mort, et transformer toute les condamnations à la peine de mort à des peines à perpétuité ; et fournir des informations sur les exécutions d’aout 2012, notamment divulguer l’information sur les lieux d’inhumation aux familles des victimes ;

 Permettre aux professionnels des médias et les défenseurs des droits humains de travailler librement dans le pays ;

 Créer les conditions de sécurité pour le retour de tous ceux qui ont été forcés de quitter le pays en raison de la répression de la liberté d’expression ;

 Enquêter et punir tous les auteurs de violations des droits humains et se conformer aux décisions des organes internationaux des droits humains, y compris la Cour de la CEDEAO qui a jugé qu’il y avait eu violations par la Gambie de ses obligations en matière de droits humains ;

 Coopérer pleinement avec les organismes internationaux des droits humains dans le but d’améliorer la situation des droits humains dans le pays et permettre aux rapporteurs spéciaux de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) et de l’ONU de visiter le pays.

• L’Union africaine / la CADHP à - Entreprendre des missions en Gambie pour évaluer la situation et enquêter sur des violations graves des droits humains comme le meurtre brutal du journaliste Deyda Hydara, la disparition du journaliste Ebrima Manneh, l’exécution de neuf condamnés à mort, et la situation actuelle des prisonniers restant condamnés à mort entre autres

 Demander à la Gambie de respecter ses engagements internationaux en matière de droits humains en tant que pays hôte de l’organe continentale des droits humain : la CADHP.

• Les organisations de la société civile

 Poursuivre la mobilisation contre les violations des droits humains en Gambie et briser la culture du silence et de la peur qui entrave la protection des victimes.

Ont signé :

 Africa Freedom of Information Centre (AFIC)

 Amnesty international

 ARTICLE 19

 Association Gambienne pour la Restauration de la Démocratie et les Droits Humain (MRDG)

 Association de la Société Civile Gambienne (CSAG)

 Association de la Presse en Ligne du Sénégal (APPEL)

 Center for Media Studies and Peace Building (CEMESP)

 CICODEV Africa - L’Institut panafricain pour la Citoyenneté, les Consommateurs et le Développement

 Club Union Africaine Côte d’Ivoire

 Coalition pour le Changement en Gambie (CCG)

 Fasozine

 Forum des Editeurs Africains (TAEF)

 Forum des Editeurs Sud Africains (Sanef)

 Initiative pour les Media d’Afrique (AMI)

 Institut Panos Afrique de l’Ouest (IPAO)

 International Press Centre (IPC)

 Ligue Sénégalaise des Droits de l’Homme (LSDH)

Media Foundation for West Africa (MFWA)

Media Institute for Southern Africa (MISA)

 Mouvement pour la Restauration de la Démocratie en Gambie (MRDG)

 Rencontre Africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO)

 Société des Editeurs de la Presse Privée du Burkina

 Union des journalistes de l’Afrique de l’Ouest (UJAO)

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