Le gouvernement allemand a décidé le 24 novembre de reprendre pleinement les livraisons d’armes à Israël. Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté le 18 novembre une résolution sur l’avenir de Gaza, sans aucun engagement en matière de respect des droits humains ou de justice pour les crimes commis. Au sein de l’Union européenne, le débat sur la possible suspension de l’accord d’association avec Israël s’est éteint. Et quelqu’un a-t-il encore entendu parler de la mise en œuvre du soi-disant « accord sur Gaza » conclu début septembre au sein du gouvernement fédéral belge ?
Qu’on ne s’y trompe pas : avant le cessez-le-feu, Israël commettait un génocide contre la population palestinienne de Gaza, et aujourd’hui, presque deux mois plus tard, c’est toujours le cas. Israël continue d’imposer sciemment des conditions de vie amenant à la destruction du peuple palestinien à Gaza, sans aucun signe que cette pratique ou l’intention sous-jacente ait changé. C’est cela, un génocide.
L’ampleur des attaques armées d’Israël contre Gaza a diminué et de faibles quantités d’aide humanitaire sont autorisées. Mais ces mesures limitées risquent de servir d’écran de fumée masquant la poursuite du génocide.
Depuis l’annonce du cessez-le-feu le 9 octobre, au moins 327 personnes, dont 136 enfants, ont été tuées lors d’attaques israéliennes. Dans le même temps, Israël impose des restrictions extrêmes à l’accès à une aide vitale comme la nourriture, les médicaments et les matériaux nécessaires à la réparation d’infrastructures cruciales telles que les hôpitaux ou le système d’égouts.
Ainsi, les conditions de vie des Palestiniennes et Palestiniens à Gaza restent si inhumaines que la population est lentement écrasée. Après des mois de famine provoquée par le siège total imposé par Israël, la population est devenue particulièrement vulnérable aux maladies. L’armée israélienne contrôle toujours plus de la moitié de la bande de Gaza, tandis que la population gazaouie s’entasse sur des parcelles de terre infertiles où il leur est impossible de subvenir à ses besoins.
Israël continue d’imposer sciemment des conditions de vie amenant à la destruction du peuple palestinien à Gaza, sans aucun signe que cette pratique ou l’intention sous-jacente ait changé. C’est cela, un génocide.
En plus des attaques qui se poursuivent, les Palestiniennes et Palestiniens sont donc poussés lentement vers la mort par le manque de nourriture, d’eau potable, d’abri, de vêtements et d’infrastructures sanitaires.
L’impunité règne. Israël continue d’ignorer toutes les obligations imposées par les instances internationales telles que la Cour internationale de justice. Tant que le génocide peut être commis sans conséquences, il se poursuit. La normalisation qui gagne la communauté internationale est donc incompréhensible et irresponsable.
Pour les pays qui n’exercent pas une pression majeure sur Israël et ne s’engagent pas à mettre fin à ce génocide en cours, le risque de complicité est réel. Ils manquent à leur devoir de stopper un génocide en cours et de mettre fin à l’impunité qui alimente depuis des décennies les crimes israéliens contre les Palestiniens en Israël et dans les territoires palestiniens occupés illégalement.
Si Israël était réellement sincère dans sa volonté de mettre fin au génocide, cela impliquerait l’arrêt de toutes les attaques contre les civils, la levée du blocus inhumain de Gaza, la restauration des infrastructures essentielles, la fourniture d’un abri suffisant pour les personnes déplacées et la garantie qu’elles puissent rentrer chez elles.
Si les autres pays étaient réellement sincères dans leur volonté de ne pas être complices d’un génocide, ils devraient au minimum imposer ces mesures à Israël. Ils doivent stopper les transferts d’armes vers Israël tant que celui-ci viole le droit international. Ils doivent exercer une pression sur le gouvernement israélien pour qu’il autorise l’accès aux enquêteurs indépendants en droits humains et aux journalistes. Ils doivent interdire toute coopération économique qui contribue aux violations du droit international. Ce ne serait qu’un début vers la justice pour les crimes commis et vers la fin des violations du droit international : la fin de l’occupation illégale du territoire palestinien et le démantèlement du système d’apartheid imposé par Israël aux Palestiniens. C’est la seule voie vers une perspective à long terme.
Il est donc important de rappeler au gouvernement belge qu’un compromis politique comme « l’accord sur Gaza » peut certes permettre d’éviter une crise gouvernementale interne, mais qu’il ne contribue en rien à mettre fin à un génocide si cet accord n’est pas rapidement appliqué. Où sont les lois ou arrêtés royaux interdisant l’importation de produits provenant des colonies illégales ? Où est le leadership au niveau européen pour suspendre partiellement l’accord d’association ou mettre fin à l’accès sans visa pour les colons israéliens ?
Pour les pays qui n’exercent pas une pression majeure sur Israël et ne s’engagent pas à mettre fin à ce génocide en cours, le risque de complicité est réel.
La Belgique et la communauté internationale ne peuvent pas rester les bras croisés comme si cela était le nouveau normal. Le génocide contre les Palestiniens de Gaza n’est pas terminé. L’obligation juridique et morale de l’arrêter ne l’est pas non plus.
Cette carte blanche a initialement été publiée sur le site du Soir [1].
