Turquie : Le combat des défenseur.e.s des droits humains Par Jenny Vanderlinden, coordinatrice Turquie pour Amnesty International Belgique francophone

Nous avons eu le plaisir d’accueillir en nos bureaux le 25 mars 2019 Sami Kılınç, membre du conseil d’administration de la section turque d’Amnesty International. Sami Kılınç fait partie de ces défenseurs de droits humains en Turquie qui dénoncent courageusement la répression exercée par le gouvernement turc et les violations de droits humains qui en découlent.

Depuis la tentative de coup d’Etat en juillet 2016 en Turquie, la justice et les droits humains ont régressé considérablement et les arrestations arbitraires, les inculpations abusives et la fermeture d’organes de presse et d’ONG font désormais partie du quotidien de la population turque. Nous avions tous espéré que la levée de l’Etat d’urgence aurait eu pour conséquence un retour à la normale. Malheureusement une nouvelle loi antiterroriste passée en juillet 2018 permet de poursuivre la répression et l’arrestation de suspects, le limogeage de fonctionnaires et l’interdiction de manifestations sous prétexte de sécurité et liens avec le terrorisme. En un peu plus de 2 ans, le gouvernement turc a arrêté plus de 70.000 personnes, a fermé plus de 170 organes de presse, a arrêté plus de 150 journalistes et limogé plus de 130.000 fonctionnaires. Le pays vit dans un climat de peur. Le rôle des défenseurs de droits humains est primordial.

Nous avons eu le plaisir d’accueillir en nos bureaux le 25 mars 2019 Sami Kılınç, membre du conseil d’administration de la section turque d’Amnesty International. Sami Kılınç fait partie de ces défenseurs de droits humains en Turquie qui dénoncent courageusement la répression exercée par le gouvernement turc et les violations de droits humains qui en découlent.
Sami Kılınç a rejoint un groupe d’activistes d’Amnesty Turquie à Ankara en 2016 où il a travaillé comme coordinateur pendant une année. Il a organisé de nombreux événements pour défendre les droits des personnes LGBTI, des réfugiés et la liberté d’expression. Il a été élu Secrétaire du Conseil d’Administration d’Amnesty Turquie à l’assemblée générale de 2018. Il est également bénévole dans une association de solidarité avec les demandeurs d’asile et les migrants. Sami Kılınç poursuit des études à la Faculté de Droit de l’Université d’Ankara. Il a pour vocation de devenir avocat spécialisé en droits humains.

Nous lui avons posé les questions suivantes :

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les avocats et les défenseurs de droits humains en Turquie ?

Actuellement en Turquie les violations de droits humains perpétrées par l’Etat sont multiples mais selon lui le manque de liberté d’expression est de loin le problème majeur et les défenseurs de droits humains ainsi que les avocats en souffrent tout particulièrement. De nombreux avocats ont été arrêtés pour liens présumés avec une organisation terroriste uniquement parce que leurs clients sont accusés d’être membre d’une organisation terroriste telle que le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), le DKHP-C (parti politique d’extrême gauche), le mouvement Gülen ou d’autres (voir le cas récent de 18 avocats condamnés à de lourdes peines de prison dans un procès inique.

Aujourd’hui 40.000 personnes sont en prison en Turquie pour liens présumés avec des organisations terroristes sans aucune preuve crédible qu’elles aient commis un crime quelconque reconnu en droit international. Les défenseurs de droits humains sont particulièrement visés par la répression. C’est le cas de Taner Kılıç, président honoraire d’Amnesty Turquie, et des 10 d’Istanbul dont la directrice d’Amnesty Turquie Idil Eser. Après avoir passé plusieurs mois en prison sous l’inculpation de liens avec le terrorisme, ils sont libérés sous caution mais ne sont toujours pas acquittés.

La société civile est également attaquée. Osman Kavala, un mécène et une éminente figure de la société turque, ainsi que d’autres personnes accusées dans la même affaire, risquent la prison à vie sous l’inculpation de tentative de renverser le gouvernement et l’ordre constitutionnel en lien avec le coup d’Etat manqué dans un procès inique où aucun élément de preuve sérieux n’a pu être avancé.

Pour plus d’informations sur notre action urgente cliquez ici.

Quelle est la situation des personnes LGBTI en Turquie ?

La situation des personnes LGBTI a toujours été précaire, la discrimination est forte et la loi ne les protège pas. En 2014 suite à la pression des ONG et de la communauté LGBTI, une proposition d’amendement de la loi sur les crimes haineux a vu le jour afin d’y inclure l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Le Ministre de la Justice s’est opposé à cette proposition et a décidé de ne pas l’inclure dans la loi sous prétexte que c’était incompatible avec l’idéal politique du gouvernement.

La situation s’est considérablement dégradée depuis l’année 2015. En juin 2015, la marche des fiertés coïncidait avec le mois du Ramadan et elle a été interdite par les autorités sous prétexte de moralité. Les personnes LGBTI ont néanmoins défié l’interdiction et ont marché pacifiquement confinées dans quelques rues. La police a alors usé de force disproportionnée pour disperser les manifestants au moyen de canons à eau et de gaz irritants. Des personnes ont été arrêtées et maltraitées par la police. La même violence policière a été utilisée les années suivantes.

L’impact des campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux est important. Les personnes LGBTI sont ciblées par des groupes religieux sur les réseaux sociaux où elles sont présentées comme étant immorales et les événements qu’elles organisent sont interdits. En novembre 2017 par exemple, un festival de films gay fut annulé suite à une campagne organisée sur Twitter par des homophobes. Ces tweets visaient les Ministres et les Parlementaires. L’AKP a réagi en annulant toutes les manifestations LGBTI à Ankara.

Les autorités turques portent ainsi atteinte à un droit fondamental, celui de manifester pacifiquement et de faire entendre sa voix pour dénoncer l’inégalité et la discrimination.

Que fait Amnesty Turquie pour aider les personnes LGBTI ?

Amnesty fait appel à la solidarité d’organisations LGBTI en Turquie qui sont en général bien organisées.

Les actions urgentes publiées par Amnesty sont un outil efficace auquel l’organisation a eu recours à plusieurs reprises notamment pour réclamer le droit d’organiser des marches de fierté aux administrations locales.

Les campagnes sur les réseaux sociaux permettent également de faire pression et d’informer le public.

Amnesty travaille aussi au niveau des universités afin de convaincre les recteurs d’autoriser les marches de fierté sur les campus.

Que peut-on faire au niveau international ?

Tout d’abord être solidaire, faire entendre sa voix, participer aux actions urgentes et aux campagnes sur les réseaux sociaux.

Le Marathon de lettres est également efficace, par exemple écrire au gouverneur d’Ankara et aux recteurs d’université afin d’autoriser à nouveau les événements sur les campus.

Le plaidoyer auprès de l’Union Européenne et du Conseil de l’Europe sont également un moyen de pression efficace.

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