Angola, Les autorités doivent faire davantage pour protéger le peuple San vulnérable face à la pandémie de COVID-19 par Camile Cortez est chargée de campagne pour l’Afrique australe à Amnesty International

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Le gouvernement angolais doit faire davantage pour protéger les droits des peuples indigènes, notamment à leurs terres ancestrales, à la culture et aux moyens de subsistance.

La malnutrition et l’insécurité alimentaire sont des facteurs majeurs qui contribuent à la vulnérabilité du peuple San face à la pandémie de COVID-19 en Afrique australe.

Peuple incroyablement résilient, les San parviennent à préserver leur culture face aux effets préjudiciables de la mondialisation et aux pressions du monde moderne.

Ils ont survécu à la colonisation européenne violente de l’Afrique australe et à l’épidémie mortelle de variole importée par les colonisateurs. Ils ont survécu aux guerres de libération et aux guerres civiles. Aujourd’hui, ils sont confrontés à une nouvelle difficulté : la marginalisation socio-économique qui les fragilise face au COVID-19.

Le peuple indigène San vit sur ses terres ancestrales en Afrique australe, notamment en Angola, au Botswana, en Namibie et en Afrique du Sud. Selon le recensement démographique national de 2014, les San représentent 0,1 % de la population angolaise. Environ 14 000 San vivent dans les provinces de Cunene, Cuando-Cubango, Huíla et Moxico. D’après une organisation locale de la société civile, 12 000 San vivent dans la province de Cuando-Cubango, répartis dans 36 communautés.

La majorité des San dans le sud de l’Angola n’ont qu’un accès restreint aux services publics, notamment en ce qui concerne l’enregistrement des naissances, et un accès limité à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau potable et à une nourriture suffisante. Le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies a souligné que l’absence d’enseignement en langue San est un autre obstacle à l’apprentissage.

Les San sont des chasseurs-cueilleurs et leur existence dépend de la relation harmonieuse qu’ils entretiennent avec l’environnement. Leurs moyens de subsistance en Angola sont actuellement menacés par l’absence de protection gouvernementale des droits des indigènes, une sécheresse interminable et le détournement par le gouvernement des terres ancestrales pour des projets agro-industriels, sans leur consentement libre, préalable et éclairé.

D’après l’ONG locale Mission de bienfaisance agricole de Kubango, Inclusion, Technologies et Environnement (MBAKITA), la malnutrition et l’insécurité alimentaire sont des facteurs majeurs qui contribuent à la vulnérabilité du peuple San face à la pandémie de COVID-19.

La sécheresse prolongée rend la vie des San beaucoup plus difficile et nombre d’entre eux ne peuvent plus faire face à la famine. La malnutrition a atteint son apogée et le risque que le COVID-19 représente pour les aînés est particulièrement inquiétant.

Dans la culture San, les personnes âgées sont considérées comme des bibliothèques vivantes et les dépositaires des connaissances traditionnelles, des valeurs et des principes. Elles sont chargées de transmettre leur sagesse et les traditions aux jeunes générations, notamment sur la manière de survivre et, sans elles, les San auront bien du mal à préserver leur culture si riche.

Le gouvernement angolais n’a pas mis en œuvre de politique publique visant à protéger les droits des peuples indigènes, notamment leur droit à la délimitation des terres et à l’obtention de titres de propriété, un droit essentiel pour garantir le maintien de leur mode de vie de chasseurs-cueilleurs et la perpétuation de leur savoir autochtone.

D’après les informations fournies par la société civile locale, dans le cadre du mégaprojet gouvernemental agro-industriel Horizonte 2020, qui a conduit à l’expropriation de 76 000 hectares de terres, les ranchs d’élevage commercial ont clôturé des terres appartenant traditionnellement aux San, qui les utilisaient, dans la province de Cuando-Cubango. Dans certains secteurs, comme le district de Cuito Cuanavale, les communautés Mucundi et Mbalachavo ont été expulsées de force de leurs terres pour faire de la place afin d’implanter des exploitations intensives.

Ces populations se retrouvent donc davantage exposées aux vulnérabilités dues au climat, particulièrement à la sécheresse. Le détournement des terres est une menace courante pour les communautés traditionnelles dans les provinces du sud de l’Angola, comme l’a dénoncé Amnesty International dans son rapport publié en 2019, The end of cattle’s paradise : How diversion of land for ranches eroded food security in the Gambos.

Depuis 2018, MBAKITA fait part de ses préoccupations quant au développement de l’agro-industrie commerciale invasive dans les régions rurales du sud de l’Angola et quant aux répercussions négatives sur le mode de vie des San et d’autres minorités ethniques. De ce fait, des membres de MBAKITA sont la cible d’actes d’intimidation, de menaces de mort et d’agressions physiques destinés à les empêcher de faire leur travail. Craignant pour leur vie, 17 militant·e·s ont arrêté de travailler pour MBAKITA en avril 2020.

Depuis l’entrée en vigueur du confinement le 27 mars dans le cadre des initiatives prises par le gouvernement pour endiguer la propagation du COVID-19, MBAKITA n’a pas reçu l’autorisation de poursuivre ses activités, ce qui empêche de fait ses militant·e·s de distribuer au peuple San nourriture, informations et produits d’hygiène essentiels à la prévention du COVID-19.

Le gouvernement provincial de Cuando-Cubango doit mettre en place des mesures alternatives afin de fournir au peuple San et aux communautés traditionnelles des services essentiels et des informations visant à endiguer la propagation du virus et à réduire la vulnérabilité de ces populations face au COVID-19.

Le gouvernement angolais doit faire davantage pour protéger les droits des peuples indigènes, notamment aux terres ancestrales, à la culture et aux moyens de subsistance. Il doit leur garantir l’égalité d’accès aux soins de santé, à une nourriture suffisante, à l’eau potable, à la délimitation des terres et à l’obtention de titres de propriété, et veiller à ce qu’ils bénéficient de mesures de protection spéciale dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
Au lieu de criminaliser le travail des défenseur·e·s des droits humains, le gouvernement doit collaborer avec eux afin de protéger les droits des personnes les plus exposées au COVID-19.

Cet article a initialement été publié dans le Daily Maverick [1].

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