Angola, la disparition des moyens de subsistance des éleveurs pastoraux à Gambos Par Camile Cortez et David Matsinhe

Dans le sud de l’Angola, une importante communauté d’éleveurs pastoraux vit dans la municipalité de Gambos, communément appelée « le paradis du bétail ». Pendant des siècles, les populations de cette région ont été tributaires de pâturages communs pour faire paître leur bétail et produire de quoi se nourrir. Les éleveurs doivent avoir accès à des pâturages suffisants et de bonne qualité pour assurer la santé de leur bétail et une production régulière et suffisante de lait pour la consommation locale.

Ces éleveurs disposaient de 3 928 km2 de pâturages pour faire paître leur bétail, jusqu’à l’arrivée de ranchs d’élevage commercial. En effet, il y a environ vingt ans, le gouvernement angolais a alloué à des ranchs commerciaux 67 % de ces terres, ne laissant que 33 % aux éleveurs pastoraux. La terrible sécheresse qui frappe aujourd’hui la municipalité de Gambos, conjuguée au rétrécissement des pâturages laissés aux éleveurs pastoraux, rend la situation très difficile.

Les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir à travers le monde. C’est ainsi que certaines parties du sud de l’Angola ont vu leurs terres brûlées par la sécheresse avec des effets terribles pour la vie des éleveurs et pour leur bétail depuis au moins quatre ans. Selon les populations locales, la sécheresse s’aggrave d’année en année dans le sud de l’Angola, avec des conséquences catastrophiques pour leurs moyens de subsistance. Au-delà de la municipalité de Gambos située dans la province de Huíla, les familles vivant du pastoralisme dans les provinces de Cunene et de Namibe dépendent également de l’agriculture de subsistance et de l’élevage pour leur survie quotidienne. Dans les zones où l’élevage de bétail et l’agriculture dépendent de la pluie, la sécheresse peut avoir un impact significatif sur les vies et les moyens de subsistance des populations de la région. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a estimé qu’environ 2,3 millions de personnes [1] sont victimes de la sécheresse dans le sud de l’Angola et font face actuellement à une insécurité alimentaire et à une crise nutritionnelle.

Lors de notre récente visite en mars 2019, nous avons vu des personnes dans la municipalité de Gambos (province de Huíla) qui souffraient en raison de la pénurie d’eau et de la crise alimentaire. Pendant ce temps, le président angolais João Lourenço expliquait à la Radiotélévision portugaise (RTP), dans le cadre d’un entretien diffusé au début de l’année 2019, que « [l’]on ne peut pas dire que les gens ont faim en Angola [2] ».

La déclaration du président était contraire aux réalités du terrain. En effet, nous avons vu des personnes ainsi que leur bétail, qui étaient obligées de se contenter de très peu d’eau et de nourriture. Nous avons vu une mère de famille, qui aurait dû normalement travailler dans l’agriculture, devant ramasser du bois pour le vendre afin de se procurer de l’argent pour acheter de la nourriture à ses enfants. Nous avons vu un père de famille qui était désespéré, car il n’était pas capable de nourrir sa famille en raison des effets de la sécheresse sur l’élevage bovin.

Sur la population confrontée à l’insécurité alimentaire dans le sud de l’Angola que l’UNICEF a estimée à plus de 2,3 millions de personnes [3], il faut compter près de 500 000 enfants [4] de moins de 5 ans. Nous avons vu comment les familles désespérées étaient prêtes à tout pour rester en vie, en prenant un seul repas par jour ou en mangeant des feuilles et des fruits sauvages, lesquels, d’après eux, provoquaient aussi de la diarrhée chez les enfants. Les Nations unies ont estimé que 70 et 80 % des populations résidant respectivement dans les provinces de Huíla et de Cunene sont victimes de malnutrition à des niveaux inquiétants.

Cette sécheresse a également eu des répercussions dans d’autres domaines. En effet, de nombreux élèves ont abandonné l’école dans les provinces de Cunene, de Huíla et de Namibe. Selon l’UNICEF, la sécheresse a contraint, dans la seule province de Cunene, 614 écoles primaires sur un total de 887 (près de 70 %) à suspendre provisoirement les cours, laissant ainsi environ 150 000 enfants sans accès à l’éducation.

À Gambos, nous avons rencontré Kakalelo ainsi que d’autres femmes, qui ne permettent plus à leurs enfants d’aller à l’école de peur qu’ils s’évanouissent pendant leur trajet à pied et qu’ils ne reviennent jamais. Kakalelo et les autres femmes de sa famille, tout comme de nombreuses autres dans la région, ont vu leur charge de travail augmenter en raison de leur recherche d’autres sources de nourriture et de revenu, laquelle s’ajoute à leurs tâches domestiques habituelles.

La sécheresse a aussi conduit des familles à quitter leur foyer pour partir à la recherche d’eau et de pâturages plus verts afin d’assurer leur survie ainsi que celle de leur bétail. Le 18 mars, 87 personnes affamées du groupe ethnique Mucubais sont arrivées dans la ville de Chiange, le siège du gouvernement de la municipalité de Gambos dans la province de Huíla. Elles avaient marché 44 kilomètres durant trois jours.

Selon des témoins locaux, parmi ces 87 personnes figuraient 79 femmes et enfants provenant des villages de Fimo et de Tyitongotongo, au sud-ouest de Gambos. Dans leurs témoignages, ces personnes ont raconté qu’elles avaient laissé au village leurs aînés qui n’avaient pas pu les suivre en raison de leur âge, de la faim et de leur santé fragile. Des responsables du gouvernement à Chiange leur ont dit qu’ils n’étaient pas en mesure de leur fournir une quelconque aide. Les populations de Chiange leur ont procuré un peu de nourriture avant qu’elles ne rentrent chez elles.

Mesures prises par le gouvernement

La situation des populations dans ces provinces, surtout dans les zones rurales, est grave ; elle se détériore et ne montre aucun signe d’amélioration. Le 29 mai 2019, l’UNICEF a publié son premier rapport [5] qui dénonçait le nombre inquiétant de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire et à la crise nutritionnelle dans le sud de l’Angola. C’est alors que le gouvernement angolais [6] a changé son discours et a annoncé « l’adoption de mesures d’urgence » en vue d’aider les populations à faire face à la crise de l’eau et à la crise alimentaire. Le gouvernement a également déclaré qu’il considérait comme prioritaire la mise en œuvre de mesures à long terme qui visent à accroître la résistance des populations à la sécheresse. Selon nos sources, ces mesures ne sont pas encore en place dans la province de Huíla.

En mai 2019, les Nations unies [7] ont estimé qu’environ 14,25 millions de dollars des États-Unis sont nécessaires pour faire face à la situation d’urgence qui sévit dans le sud de l’Angola. Les Nations unies ne disposent actuellement que de 6,4 millions de dollars des États-Unis, soit 45 % des besoins estimés.

Le climat du sud de l’Angola est sec avec de faibles précipitations. Cette zone est régulièrement confrontée à des épisodes de sécheresse et celle qui sévit actuellement n’est certainement pas une surprise. Par conséquent, cela rend encore plus choquant le manque de planification et d’action des autorités. Si des mesures drastiques ne sont pas prises en urgence, la situation va continuer à se détériorer jusqu’à l’arrivée des pluies, le cas échéant, à la fin octobre.

Le gouvernement et la communauté internationale doivent faire en sorte de sauver les personnes vivant dans ces régions. Ces populations doivent recevoir de la nourriture et de l’eau. Il faut par la suite que des stratégies soient mises en place pour protéger leur droit à l’alimentation, à l’eau et à la vie. On ne pourra réduire la vulnérabilité de ces populations face à de nouvelles sécheresses et famines qu’en leur fournissant un appui durable et efficace.

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