Choisir les droits humains pour la République dominicaine Par Ana Piquer, directrice pour les Amériques, Amnesty International

Une élection présidentielle se tiendra en mai en République dominicaine. Dans ce contexte, l’examen des projets de gouvernance des neuf candidat·e·s suscite une profonde inquiétude, face à l’absence d’une perspective sérieuse et solide en matière de droits humains, qui devrait faire partie des axes centraux de toute proposition politique de cette envergure.

Bien que tous ces programmes contiennent quelques références génériques aux droits humains, la profondeur et l’ampleur de ces engagements varient considérablement. Certains projets proposent des mesures concrètes pour améliorer l’éducation, la santé et d’autres droits sociaux, économiques et culturels, ce qui est positif. Cependant, rares sont ceux qui ont élaboré des propositions portant directement sur les droits fondamentaux des personnes LGBTIQ+, des travailleuses et travailleurs du sexe, des personnes vivant avec le VIH, des Haïtien·ne·s et des autres personnes racisées, qui constituent une part importante du débat public sur la situation des droits humains dans le pays ces dernières années.

En ce qui concerne la migration, en particulier la situation des Haïtien·ne·s en quête de protection ou d’une vie meilleure en République dominicaine, certains programmes proposent des mesures pour leur intégration à la société, avec des visions axées sur l’économie. Il manque toutefois une démarche et des solutions claires pour la protection de leurs droits fondamentaux et l’éradication des formes de discrimination et de racisme systémique dont ils sont victimes.

« Les projets de gouvernance devraient également inclure des mesures de prévention et des sanctions contre les atteintes aux droits humains »

Il est essentiel que le/la prochain·e président·e établisse des politiques migratoires qui garantissent le respect de la dignité et des droits fondamentaux de toutes les personnes, et qui assurent aux Haïtien·ne·s l’accès à la protection internationale. Aucun·e Haïtien·ne ne devrait être renvoyé en Haïti face à la crise qui menace actuellement sa vie.

Les projets de gouvernance devraient également inclure des mesures de prévention et des sanctions contre les atteintes aux droits humains commises par les autorités dans le cadre d’opérations relevant des politiques migratoires, telles que celles signalées par Amnesty International.

« Nous déplorons par ailleurs vivement qu’aucun·e candidat·e ne se soit clairement engagé à gouverner sans faire preuve de discrimination »

Les programmes des neuf candidat·e·s présentent en outre une importante lacune : la situation et les droits des Dominicain·e·s d’origine haïtienne, qui sont confrontés de longue date au racisme, ainsi qu’à des obstacles institutionnels au rétablissement de leur nationalité et à la jouissance de leurs droits humains. Il est donc essentiel que le ou la chef·fe du prochain gouvernement impulse et conçoive des solutions institutionnelles pour prévenir l’apatridie et garantir l’engagement de l’État à rétablir la nationalité des personnes d’ascendance haïtienne, ainsi qu’à délivrer et renouveler les papiers d’identité des bénéficiaires de la loi n° 169-14.

Nous déplorons par ailleurs vivement qu’aucun·e candidat·e ne se soit clairement engagé à gouverner sans faire preuve de discrimination, en garantissant le droit à l’égalité de toutes les personnes devant la loi, par exemple en jouant un rôle de premier plan dans la promotion d’une loi visant à faire avancer l’égalité et la non-discrimination, ce qui est une revendication du mouvement dominicain de défense des droits humains depuis des années.

Le racisme, qui est un problème systémique dans le pays, exige une réponse globale et institutionnelle de la part de l’État. Malgré cela, un seul programme considère le racisme comme un problème. Non seulement l’absence de ce sujet dans la plupart des propositions est regrettable, mais elle devrait également susciter des inquiétudes, étant donné que celles et ceux qui ont l’intention de diriger le gouvernement du pays devraient faire preuve d’un engagement explicite et décisif à démanteler la violence et la discrimination à caractère raciste dont sont victimes les personnes noires dans le pays. Les candidat·e·s restent silencieux, ce qui n’est pas de bon augure pour les droits humains.

« Il est donc impératif que la personne qui deviendra président·e en août 2024 fasse preuve d’un leadership engagé en faveur d’un développement national global »

La protection des femmes et des jeunes filles continue à représenter un domaine critique et une dette historique, en particulier dans le contexte de la violence liée au genre dans le pays. Bien que plusieurs candidat·e·s se soient engagés à renforcer les institutions et les lois relatives aux droits des femmes, la dépénalisation de l’avortement n’est pas un engagement commun à tous les programmes.

Les plans gouvernementaux examinés présentent des lacunes, mais également des occasions d’agir importantes. Il est donc impératif que la personne qui deviendra président·e en août 2024 fasse preuve d’un leadership engagé en faveur d’un développement national global, qui mette en avant le respect et la garantie des droits humains de tous les habitant·e·s de la République dominicaine.

Le peuple dominicain mérite un gouvernement qui donne la priorité à sa dignité et à ses droits humains.

Le monde entier aura les yeux rivés sur les élections et nous espérons que les droits de tous les habitant·e·s du pays seront les grands gagnants.

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