Belgique : Parcours sur les droits humains dans les collections des MRBAB Par Françoise Tulkens, Ancienne juge et ancienne vice-présidente à la Cour européenne des droits de l’homme

Si je prends ici la parole, c’est au nom de tous ceux qui ont participé à cette initiative magnifique – et unique- du Musée et d’Amnesty international. Le dialogue entre art, culture et droits humains est d’une grande force. La culture nourrit la démocratie et la démocratie nourrit la culture.

D’un coté, les artistes s’emparent souvent des problèmes qui nous assaillent, les migrations, la pauvreté, les violences individuelles et institutionnelles, les luttes sociales, les injustices oules abus de pouvoir. Ils ouvrent aussi la voie à la diversité qui doit être perçue « comme une richesse et non comme une menace », ce que répète inlassablement la Cour européenne des droit de l’homme, et qui refuse aussi bien l’absolutisme de la pensée unique que le relativisme de chacun sa vérité. Beaucoup soutiennent que l’acceptation de la dissonance est au cœur de tout acte artistique véritable. Le vrai sens de la créativité, comme le dit P. Dujardin, est « de se distancer de l’ordre du jour pour penser la réalité autrement » car « tout ce qui est peut aussi être autrement » [1]. En outre, « la culture n’est pas définie par l’identité d’un peuple ou d’un pays. La culture par essence se joue des frontières, sollicite ce qui nous réunit » [2].

De l’autre coté, les droits humains peuvent apporter à la vie artistique les ressources qui sont les leurs. Ainsi les droits culturels sont reconnus par l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ils comprennent le droit de participer et de contribuer à la vie culturelle sans discrimination ainsi que le droit pour tous d’avoir accès à la vie culturelle et au patrimoine culturel. Comme le dit B. Focroulle, « [l]a démocratie reste fondamentalement inaccomplie si elle n’intègre pas (…) les droits culturels » [3]. Par ailleurs, les droits humains impliquent aussi la reconnaissance et la défense, sans relâche, de la liberté d’expression et donc de la liberté artistique sous toutes ses formes, celle du créateur de mots, d’images, de sons, d’espace. Les juristes doivent faire preuve de créativité, d’imagination et de maîtrise des textes non pour s’y asservir mais pour les faire servir.

Comme le dit B. Focroulle, « [l]a démocratie reste fondamentalement inaccomplie si elle n’intègre pas (…) les droits culturels »

Mais les droits humains et la culture ont aussi quelque chose en commun, leur capacité de résistance. Les droits humains, nous le savons, sont des droits de résistance qui aujourd’hui doivent résister au risque de déclin de la démocratie. Mais les arts et la culture doivent également résister plus vigoureusement que jamais à la marchandisation et même à la mondialisation mal comprise. Sans l’audace et l’engagement pour la culture, on ne peut penser le devenir de nos démocraties Pourquoi ? Tout simplement parce que la culture n’est « ni remède ni poison » mais émancipation et liberté. Elle « constitue cette réserve de sens qui nous permet de construire une conception de la vie, d’en changer, de donner du sens aux exigences humaines et sociales et d’exercer ainsi une liberté réelle » [4].

Merci Michel Draguet, merci Philippe Hensmans, merci à toutes vos équipes qui ont pensé, voulu, construit, mené ce parcours de sensibilisation, de vigilance, d’engagement. .

Notes

[1P. Dujardin, Allocution lors de la séance solennelle de remise des insignes de docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles, 19 septembre 2014, pp. 2 et 3 (en ligne : www.ulb.ac.be/ulb/actualite/nouveau-dhc/2014.html).

[2P. de Caluwe, Allocution lors de la séance solennelle de remise des insignes de docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles, 19 septembre 2014, pp. 3-4 (en ligne : www.ulb.ac.be/ulb/actualite/nouveau-dhc/2014.html).

[3B. Foccroulle, « Les artistes face au réel », Le Journal de Culture & Démocratie, n° 31, novembre 2013, p. 4.

[4C. Romainville,. Neuf essentiels pour comprendre les « droits culturels » et le droit de participer à la vie culturelle , Bruxelles, Culture et Démocratie, 2013, p. 139.

Toutes les infos
Toutes les actions

Libérez Hajar Raissouni, emprisonnée pour avortement illégal

La journaliste Hajar Raissouni a été condamnée à un an de prison pour relations sexuelles hors mariage et avortement au Maroc. Cette condamnation est sans doute aussi liée à son activité professionnelle. Aidez-la, signez la pétition.