5 ans d’action en faveur des droits des personnes âgées et de lutte contre l’âgisme : carnet de campagne Par Julie Capoulade, chargée de campagne à Amnesty International Belgique francophone

Les droits des personnes âgées sont des droits humains.

Cela semble tomber sous le sens et pourtant ce n’est pas la réalité dans de nombreux pays du monde, à commencer par la Belgique. Au cours des enquêtes menées par Amnesty International à travers le monde, au Myanmar, en Belgique, en Italie, au Nigéria, au Royaume-Uni, en Espagne, en Ukraine ou encore lors du conflit qui oppose l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans le territoire du Haut-Karabakh, le constat a été fait qu’à mesure que les personnes vieillissent, leurs droits sont violés, leur dignité bafouée et leur humanité oubliée.

Depuis trop longtemps, les personnes âgées ne sont pas considérées comme détentrices de droits, souvent en raison de l’âgisme, c’est-à-dire la discrimination fondée sur l’âge. Abandonné·es, négligé·es, ou maltraité·es, les aîné·es sont largement victimes de stéréotypes, de préjugés, de discrimination et de violence.

Après 5 ans de mobilisation sans relâche en Belgique pour faire avancer et protéger les droits des aîné·es dans notre pays et partout dans le monde, il est temps de faire un bilan : 5 années, 5 étapes de campagne, 5 bonnes raisons de continuer de défendre les droits de toutes et tous tout au long de la vie.

2020-2021, ÉTAPE 1 : FACE À LA COVID-19, LES MAISONS DE REPOS EN BELGIQUE DANS L’ANGLE MORT

Le constat de départ est très sombre. En novembre 2020, Amnesty International publie un rapport édifiant qui révèle toute une série de violations des droits humains — dont les droits à la santé, à la vie et à la non-discrimination — subies par des résident·es de maisons de repos et de maisons de repos et de soins (MR/MRS) en Belgique, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, entre mars et octobre 2020. Suite à ces alertes lancées quant à de graves violations des droits humains qui auraient pu largement être évitées, Amnesty International et de nombreuses associations de défense des droits des personnes âgées en Belgique lancent en mars 2021 une pétition pour demander aux autorités belges de prendre au plus vite les mesures qui s’imposent afin de garantir le respect et la réalisation des droits humains des résident·es dans les MR/MRS. Plus de 15 000 signatures sont collectées et remises aux autorités compétentes à Bruxelles et en Wallonie. Malgré la prise de conscience par ces autorités des drames qui se jouent dans les MR/MRS et dans les autres sphères de vie des personnes âgées, le respect et la réalisation de leurs droits humains sont encore loin d’être acquis.

2021-2022, ÉTAPE 2 : DES DISCRIMINATIONS ET DES VIOLENCES MASSIVES

En septembre 2021, un sondage d’Amnesty International vient objectiver plusieurs réalités violentes et préoccupantes vécues par les personnes âgées en Belgique francophone : 1 aîné·e sur 4 a été confronté·e à au moins un type de maltraitance. La moitié des personnes interrogées ont été confronté·es à de la maltraitance ou connaissent quelqu’un qui a vécu de tels actes. La maltraitance psychologique, qui recouvre les agressions verbales, l’humiliation, le harcèlement, les menaces, etc. est la forme de maltraitance décrite comme la plus courante. Ces chiffres sur la maltraitance révèlent aussi plusieurs cas de maltraitance physique, de négligence et d’abus civils et financiers. Ces cas de maltraitance peuvent à terme être banalisés, car intériorisés par chacun·e d’entre nous. Par exemple, l’infantilisation d’une personne plus âgée reste assez courante, ce qui constitue bien de la maltraitance psychologique. Aussi, bien que dans 37% des cas, l’agresseur·euse soit une personne inconnue, il apparaît que, dans 11% des cas, il s’agit d’un·e ami·e ou d’une connaissance. Dans près d’1 cas sur 4, il s’agit d’un·e membre de la famille.

L’âgisme à l’égard des personnes agées, qui représente les stéréotypes, les préjugés et la discrimination à leur encontre, est par ailleurs massif dans la société belge fracophone. Ce sont 7 aîné·es sur 10 qui déclarent être victimes de préjugés en raison de leur âge. Les personnes âgées sont souvent dépeintes de manière stéréotypée comme n’étant pas au point avec les technologies, ne comprenant pas les générations plus jeunes, comme étant fragiles, malades et dépendantes d’autres personnes, etc. Autant de préjugés auxquels ils·elles font face tous les jours, qui mettent une distance entre eux·elles et le reste de la société et qui empêchent de les considérer comme des personnes détentrices de droits capables de prendre leurs propres décisions. Avec des conséquences absolument délétères pour leur vie, leur santé et leur épanouissement.

2022-2023, ÉTAPE 3 : AGIR ET RÉAGIR FACE À L’ÂGISME

Face à l’ampleur de ces maltraitances et discriminations et pour tenter de pallier à la méconnaissance des solutions existantes pour y faire face, Amnesty International décide de développer en 2022 un dépliant qui liste plusieurs moyens d’action pour trouver de l’aide et les contacts des différents services publics et associations compétentes en Région bruxelloise et en Wallonie. Cet outil a été et est encore distribué massivement aux quatre coins de la Belgique francophone pour informer les aîné·es et leurs proches, dans des administrations et des associations, des Conseils communaux consultatifs des aîné·es, des pharmacies, des salons de coiffure, dans des salles d’attente de médecins, de thérapeutes, dans des maisons médicales, sur des stands Amnesty tenus par des militant·es, et tout autre lieu de passage.

2023-2024, ÉTAPE 4 : DES ÉLECTIONS, DES PROPOSITIONS ET DES MOBILISATIONS

2024 a été une année électorale importante, à tous les niveaux de pouvoir.

En vue des élections régionales, fédérales et européennes de juin 2024, Amnesty International a lancé une campagne pour rappeler à nos responsables politiques de ne pas ignorer les droits humains, notamment les droits des personnes âgées.

En vue des élections communales d’octobre 2024, des dizaines de groupes locaux d’Amnesty International à Bruxelles et en Wallonie ont collectés les doléances et les propositions des citoyen·es de leur commune, rassemblées au sein d’un Mémorandum, reprenant nombre de recommandations et bonnes pratiques visant le développement de politiques publiques locales qui prennent en compte et respectent les droits des aîné·es.

Les partis politiques et les candidat·es aux élections communales ont ensuite été encouragé·es à consulter le Mémorandum et à s’en inspirer pour la constitution de leurs programmes électoraux, ainsi qu’une fois élu·es. À l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées de l’année dernière, une dizaine de groupes locaux ont mené à Bruxelles et en Wallonie des actions publiques afin de pousser les candidat·es aux élections communales à s’engager à mettre les droits des aîné·es au centre de leurs préoccupations et de leurs actions futures. Des engagements pris par des dizaines d’élu·es, qui doivent maintenant convertir les promesses en actes.

2024-2025, ÉTAPE 5 : 21 592 PERSONNES QUI DEMANDENT UNE CONVENTION DES NATIONS UNIES EN FAVEUR DES DROITS DES AÎNÉ·ES

21 592 signatures de la pétition proposée par les sections flamande et francophone d’Amnesty Belgique en faveur d’un traité international sur les droits des personnes âgées ont été collectées, remises au Premier ministre belge, en partie en avril 2024 et définitivement ces prochaines semaines. Notre pétition et de nombreuses initiatives citoyennes ont porté leurs fruits : le gouvernement fédéral s’est engagé en février 2025 dans l’accord de coalition fédérale à œuvrer en faveur d’un traité international.

Bonne nouvelle ! Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a par ailleurs adopté en avril dernier une résolution qui lance enfin le processus de rédaction d’une nouvelle convention sur les droits des personnes âgées. Les travaux débuteront en 2026. Il s’agit d’une étape majeure, attendue de longue date par Amnesty International et toutes les autres organisations qui plaident en faveur d’un instrument juridiquement contraignant destiné à renforcer et promouvoir les droits des personnes âgées.

Nous devons maintenant persévérer. Il est temps que les autorités belges transforment les promesses formulées dans l’accord de coalition en actes et agissent concrètement en faveur de la rédaction et de l’adoption d’une convention des Nations unies, qui améliorera la compréhension des droits des personnes âgées et mettra en place un ensemble d’obligations claires pour leur protection à l’échelle nationale.

En cette Journée internationale des personnes âgées, nous réitérons notre appel en faveur d’un traité international en faveur des droits des aîné·es et continuons à faire pression jusqu’à ce qu’elle soit adoptée.

Quel que soit notre âge, nos droits ne devraient jamais être bafoués. Les droits humains sont pour toute la vie !

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