Le parcours de ces 27 étudiant-es a abouti l’année dernière à un avis historique de la Cour internationale de justice qui qualifie la crise climatique de « danger existentiel ». Selon elle, éclairée par le droit international dont l’Accord de Paris, les États ont l’obligation légale de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les populations et prévenir les conséquences du dérèglement climatique. Et s’ils enfreignent cette obligation, de réparer les dégâts causés. Agir n’est donc pas une option facultative que l’on peut repousser à plus tard mais une obligation qui doit avoir lieu maintenant.
L’heure de passer à l’étape suivante est venue. L’Assemblée générale des Nations unies doit se réunir le 20 mai pour adopter une résolution qui traduit l’obligation juridique en action collective. Portée par le Vanuatu, le texte appelle les États à reconnaître leur responsabilité d’agir, de souscrire sans ambiguïté à l’avis de la Cour et de s’atteler à sa mise en œuvre. Concrètement, il ne s’agit pas d’accepter de nouvelles obligations mais de reconnaître que oui, les États, dont la Belgique, ont le devoir de diminuer drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre, pour les Belges mais aussi pour les populations du monde entier. Parce qu’aujourd’hui que l’on habite à Bruxelles, à Kingston ou Hanoï, on peut être témoin du climat qui s’emballe, depuis les vagues de chaleur aux cyclones. Cette résolution doit aussi permettre de reconnaître la souffrance des victimes du dérèglement climatique, et offrir des leviers pour réparer les préjudices subis.
La Coalition Climat appelle la Belgique à soutenir cette résolution. Alors que les négociations autour du texte entrent dans leur phase finale, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, du même parti que le ministre du Climat, Jean-Luc Crucke, n’a pas encore affiché publiquement son soutien à cette résolution en faveur de la justice climatique.
Quiconque attache de l’importance au droit international, se doit de le respecter, entièrement et pas en fonction de ses intérêts. Quiconque souhaite allier justice climatique et justice sociale, se doit de joindre les actes à la parole pour accélérer la sortie hors des énergies fossiles. Et quiconque attache de l’importance à une politique prévisible et à la sécurité de ses citoyens, de ses entreprises et des pouvoirs publics a tout intérêt à disposer d’un cadre juridique clair.
Derrière les obligations juridiques se cachent des vies bien réelles : à Tuvalu, les jeunes générations prendront le chemin de l’exil car la mer engloutit petit à petit leur archipel. En Belgique le thermomètre explose et met en péril la survie de notre agriculture et les vies de nos aînés. En Amazonie, les feux de forêts rayent de la carte, lieux de vie et biodiversité. Dans les mers et océans, les coraux abritant les poissons disparaissent, laissant les pêcheurs qui en dépendent pour gagner leur vie, tomber dans la pauvreté.
Respecter les obligations juridiques ne consiste pas à se conformer à des normes apparemment abstraites, mais à protéger ceux qui subissent des dommages climatiques irréversibles et à reconnaître que la réparation fait partie intégrante de cette responsabilité. La science est claire. Le droit est clair. Il ne reste plus qu’à agir.
La Coalition Climat est un réseau belge rassemblant plus de 100 organisations (ONG, syndicats, mutuelles et mouvements citoyens) engagées depuis 2008 dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Elle agit à la fois en faisant pression sur les responsables politiques pour des mesures ambitieuses et en mobilisant la société pour une transition juste et respectueuse du climat.
Cette carte blanche a initialement été publiée sur le site du Soir [1].
