63 MIGRANTS ABANDONNES A LA MORT EN MEDITERRANEE : TROIS SURVIVANTS PORTENT PLAINTE CONTRE L’ARMEE BELGE

27 novembre 2013

Le 26 mars 2011, 72 migrants quittent la Libye en guerre à bord d’un zodiac à destination de l’île de Lampedusa. Leur périple tourne très vite au cauchemar. Ils manquent de carburant, de nourriture et d’eau potable. Ils contactent alors par téléphone le père Mussie Zerai, un prêtre italien d’origine érythréenne qui avertit immédiatement les garde-côtes italiens. Les garde-côtes adressent alors des messages de détresse aux bâtiments présents en Méditerranée, en indiquant leur localisation. Ces appels seront renouvelés toutes les quatre heures pendant dix jours. Personne ne leur viendra en aide, malgré des contacts directs avec un avion, des hélicoptères et des navires militaires. Après 15 jours de dérive , le zodiac est rejeté sur les côtes libyennes. A son bord, 11 survivants seulement, deux mourront peu de temps après. Trois d’entre eux portent plainte contre l’armée belge pour crime de guerre et non-assistance à personne en danger. D’autres plaintes ont également été déposées en Italie, en France et en Espagne.

Rappelez-vous : à cette époque, le conflit syrien bat son plein. Le 26 février 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une série de sanctions sévères contre le régime du Colonel Kadafhi et décrète notamment un embargo total sur les armes. Le 17 mars, il autorise la mise en oeuvre de toutes les mesures nécessaires pour la protection des civils. Le 23 mars, l’OTAN répond à l’appel des Nations Unies et lance une opération à laquelle de nombreux pays participent, dont la Belgique qui met à sa disposition six F-16 et un chasseur de mines, le Narcis.

Les survivants racontent qu’un navire les a frôlés avant de reprendre le large. S’agit-il du Narcis ? Plusieurs indices semblent l’indiquer, sans certitude, mais «  même si ce n’est pas lui, il a dû entendre les signaux de détresse  », explique Véronique van der Plancke, une des avocats des trois survivants. D’où la plainte pour crime de guerre et non-assistance à personne en danger déposée hier devant le Tribunal de première instance de Bruxelles. « On demande au juge d’instruction d’instruire le dossier et de procéder à l’audition des plaignants, du commandant du navire, de ses supérieurs et pourquoi pas du ministre de la défense, Peter De Crem. » Interrogé par l’agence Belga, le cabinet du ministre a déclaré qu’il ne voulait faire aucun commentaire pour l’instant.

Les survivants, trois jeunes hommes de nationalité éthiopienne, sont âgés aujourd’hui de 15 , 21 et 25 ans. « Ils ne veulent pas être indemnisées mais ils réclament justice », explique le père Mussie Zerai. Leur plainte est soutenue par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, la Ligue des droits de l’homme en Belgique, l’Association européenne pour la défense des droits de l’homme, le Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s et Migreurop. Des associations qui remettent en cause les politiques d’immigration de l’Union européenne. «  Elles se focalisent presque exclusivement sur la sécurité et la fermeture des frontières », explique Katie Booth, responsable du bureau droits des migrants de la FIDH. Et de rappeler le sort tragique des migrants qui traversent la Méditerranée. Les associations estiment qu’en 20 ans, 20.000 personnes ont perdu la vie en essayant de rejoindre les frontières sud de l’Europe, des personnes en quête de protection et d’une vie meilleure. 

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