A PROPOS D’UN TRAIN CLIMATIQUE

17 novembre 2013

Vendredi 15 novembre à 18 heures 18, l’express climatique quitte la gare de Bruxelles Midi. A son bord, plus de 700 militants écologistes déterminés à faire entendre leur voix à Varsovie où se tient en ce moment la Conférence de l’ONU sur le climat. « On veut dire aux négociateurs qu’il faut agir dès maintenant  », explique Sarah. «  Les citoyens sont indignés parce que les politiques ne prennent pas leurs responsabilités », ajoute Brigitte Gloire, spécialiste du climat pour Oxfam. Sur les tee-shirts de beaucoup de participants, un slogan « Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé ».

Sauver le climat, un vaste programme qui tarde à être mis en oeuvre. Les préoccupations de la communauté internationale ne sont pourtant pas neuves. En 1992, la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est signée. Elle vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre. En 1997, elle débouche sur le protocole de Kyoto, adopté après d’âpres négociations. Un protocole contraignant qui oblige les pays industrialisés à réduire de 5,5% en moyenne leurs émissions de carbone sur la période 2008-2012 par rapport au niveau atteint en 1990. En 2001, coup de théâtre : les Etats-Unis qui étaient à l’époque les plus gros pollueurs de la planète refusent de le ratifier. En 2009, le sommet de Copenhague se solde par un échec. Les états ne parviennent pas à se mettre d’accord sur l’après Kyoto. Faute de mieux, on prolonge le protocole jusqu’en 2020.

Depuis 1997, la donne a changé. Crise économique oblige, le climat a été relégué à l’arrière-plan. «  En Belgique, par exemple, la question n’a jamais été abordée pendant les discussions sur le budget », remarque Brigitte Gloire. Quant aux pays émergents, ils sont en plein essor et ils ne veulent pas d’un accord qui entraverait leur développement. Certes, la Chine qui émet aujourd’hui plus de gaz à effet de serre que les Etats-Unis s’est fixé un objectif de réduction, mais elle estime que les pays développés sont responsables du réchauffement planétaire et que ce sont donc eux qui doivent faire le plus d’efforts. En attendant, le GIEC tire la sonnette d’alarme : si rien n’est fait, dit-il, la température pourrait encore augmenter de près de 5° d’ici la fin du siècle et les événements extrèmes devraient se multiplier.

Poser des balises pour préparer la signature d’un nouvel accord contraignant qui devrait concerner également les Etats-Unis et les grands pays émergents, c’est ce que devrait faire la conférence de Varsovie. Objectif : diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, histoire de limiter le réchauffement de 2° par rapport à l’époque pré-industrielle, et progresser sur le dossier de l’aide financière pour aider les pays du sud à s’adapter et pour apporter une assistance aux victimes des changements climatiques. « Je mènerai un jeûne volontaire jusqu’à ce que des résultats significatifs soient constatés », a déclaré les larmes aux yeux le délégué philippin Naderev Sano lors de la séance d’ouverture. Pour Brigitte Gloire, « l’injustice climatique ne pouvait pas être mieux illustrée que par le typhon Haiyan.  » Pourtant, les pays du nord sont jusqu’ici radicalement opposés à la création d’un mécanisme international d’assistance aux victimes et le fonds vert destiné à l’adaptation des pays du sud risque de devenir une coquille vide, faute de financement.

Difficile de dire aujourd’hui sur quoi débouchera la conférence de Varsovie. Certes, l’Union européenne défend le principe d’un accord « unique, ambitieux et juridiquement contraignant applicable à tous  », mais elle devra compter avec la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne qui défendent des positions proches de celles des pays émergents. La Pologne a d’ailleurs autorisé la tenue d’un Sommet du charbon en marge de la conférence. Il faut dire qu’elle utilise le charbon pour produire la majeure partie de son électricité et qu’elle n’envisage pas de changer de source d’énergie.

Hier, quelque 2.000 défenseurs de l’environnement ont défilé dans les rues de Varsovie, sous l’oeil interloqué des passants. Une jeune femme lance à ma consoeur de Libération « Une manifestation pour le climat ? Vous êtes fous de venir ici, on adore le charbon ! » Les responsables politiques entrent en scène demain. Nul doute que les négociations seront difficiles !

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