CHANGER LA FINANCE ?

 

Le 7 octobre 2012

Les états généraux de la finance responsable et solidaire se sont tenus hier à Bruxelles, le clou de la quinzaine Financité organisée par le Réseau Financement Alternatif. Au programme, des expositions, un débat sur la crise financière et les modèles bancaires, des stands et quatre ateliers :

Les monnaies complémentaires, comment ça marche ?

Les coopératives : exemple de finance citoyenne ?

Faire émerger des alternatives : quelles banques pour demain ?

Coopérative et commerce équitable : un couple durable.

Une journée de réflexion centrée sur un même thème : « Ensemble, changeons la finance ». J’y ai rencontré le directeur du Réseau Financement Alternatif, Bernard Bayot.

Pourquoi faut-il changer la finance ?

Bernard Bayot :

Aujourd’hui, il y a des dysfonctionnements importants et fondamentaux dans la finance et la situation est devenue tout à fait incontrôlable. Le secteur a été fortement dérégulé durant ces 20 ou 30 dernières années, on essaie de faire marche arrière notamment au niveau européen, mais on est encore très loin du compte. Il est évident qu’on n’a pas suffisamment tiré la leçon du passé. Résultat : nous sommes encore dans l’oeil du cyclone et il faut trouver une porte de sortie. Nous croyons quant à nous qu’il faut remettre la finance au service de l’intérêt général plutôt qu’au service d’intérêts particuliers. Il est légitime que, comme n’importe quelle économie, la finance permette de générer des profits pour les actionnaires, pour les réinvestir dans la société, etc. mais il faut aussi qu’elle soit soumise à un certain nombre de règles extrêmement strictes, afin qu’elle joue son vrai rôle : mettre en relation des personnes qui ont de l’épargne avec des personnes ou des entreprises qui en ont besoin et, qui plus est, en satisfaisant à des critères de développement local et de développement durable.

C’est le but que poursuit le réseau depuis 25 ans déjà ?

Oui, c’est notre objectif et on voit effectivement qu’en 25 ans, pas mal d’initiatives, les coopératives de crédit à l’économie sociale, par exemple, ont été souvent couronnées de succès. On a pu prouver qu’elles pouvaient fonctionner, aussi bien sur le plan sociétal qu’économique, mais elles sont malheureusement de taille beaucoup trop modeste pour modifier le secteur financier dans son ensemble. Aujourd’hui, le véritable enjeu, c’est de faire en sorte qu’elles passent à une échelle supérieure pour qu’elles puissent avoir un réel impact sur la finance générale.

N’est-ce pas utopique ?

C’est vrai que cela paraît utopique, mais, en même temps, qui aurait pu imaginer l’état de la finance aujourd’hui. Je vous rappelle qu’il y a une dizaine d’années, tout le monde trouvait normal le rôle que jouait, petit à petit, la finance dans notre vie. On disait qu’elle créait de la richesse, alors qu’elle se contente d’économiser de la richesse. On disait qu’elle était innovatrice, alors qu’en réalité, il ne s’agit pas de véritables innovations. La finance était mise sur un piédestal et on imaginait que rien ne pouvait lui arriver. On demandait une rémunération de plus en plus importante du capital, parfois de plus de 20%, et tout cela semblait normal, l’argent tombait du ciel. C’était la nouvelle pierre philosophale, on ne se posait pas trop de questions, et puis, patatras, on a vu qu’en réalité, tout cela était sans fondement. La bulle spéculative a éclaté, la finance ne fonctionne plus du tout, avec des conséquences économiques et sociales qui placent certains pays européens dans une situation extrêmement grave. Donc, c’est vrai que quelque part, ça semble irréaliste de vouloir mettre la finance au service de l’intérêt général , mais j’aurais tendance à dire que c’est juste une question culturelle et qu’aujourd’hui, il est temps de se rendre compte que la finance doit changer.

Prenons un exemple, la banque Triodos, en quoi est-elle différente d’une banque traditionnelle ?

D’une part, cette banque se soumet volontairement à une série de critères sociaux et environnementaux très précis avant d’accorder un crédit. Lorsqu’elle est confrontée à une demande, elle vérifie bien sûr si le crédit tient la route sur le plan économique, mais elle vérifie aussi l’impact social et environnemental de la demande et elle n’accorde le crédit que si ces trois aspects sont jugés satisfaisants. Un deuxième élément, c’est qu’elle fait preuve d’une transparence totale. L’épargnant sait exactement à quoi a servi son argent. La liste des crédits accordés figure sur le site internet de la banque.

Mais Triodos n’offre pas la totalité des services proposés par d’autres banques.

Triodos est une banque hollandaise qui a une filiale en Belgique et cette filiale est contrôlée par les pouvoirs publics comme n’importe quelle autre banque , mais c’est vrai qu’elle n’offre pas de compte courant pour les particuliers. A côté de cela, il y a également d’autres acteurs, les coopératives de crédit, par exemple, mais elles n’ont pas le statut bancaire. Il y a donc sur le marché belge un créneau pour des banques responsables et solidaires qui puissent proposer un large éventail de produits financiers aux particuliers comme aux entreprises. 

Il faut aussi convaincre le grand public. Je ne suis pas sûre que votre réseau soit largement connu en Belgique !

Non, vous avez raison, mais je pense aussi qu’il faut rassembler les forces. Le Réseau Financement Alternatif regroupe une nonantaine d’organisations, mais il y a d’autres acteurs comme les syndicats par exemple, qui planchent également sur la création de ce genre d’outils bancaires. Par ailleurs, des études de marché réalisées ces dernières années en Belgique et à l’étranger montrent qu’il y a un intérêt de plus en plus important du public pour ce type de démarche.

Que faites-vous concrètement pour toucher un plus large public ?

Le Réseau Financement Alternatif fait des analyses et des études, mais il effectue également un travail de terrain. Nous avons développé des activités locales un petit peu partout en Wallonie et à Bruxelles. Il y a aujourd’hui une trentaine de groupes de citoyens qui s’attachent à mieux comprendre la finance et ses enjeux et qui développent également des alternatives : des monnaies locales, par exemple. Il y a aussi des groupes d’épargne de proximité, des groupes de micro-épargne ou d’autres qui sont très importants et qui permettent aux gens de mieux comprendre les enjeux et de s’engager dans le domaine des finances alternatives.

Sites à visiter : www.financite.be

 ww.triodos.be

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